Les actionnaires activistes seront à la fois plus présents et plus remuants cette année >
Comme chaque année, depuis huit ans, le cabinet d'avocats Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom LLP a publié il y a quelques jours, avec l'aide d'Activistmonitor, son rapport annuel sur l'activisme actionnarial en Europe. C'est Armand W. Grumberg, à la tête de la pratique européenne des fusions et acquisitions de Skadden, qui a supervisé ce rapport. Il s'agit d'une documentation très précise, qui complète celle que Lazard établit au niveau mondial et qui permet de décrypter les tendances de fond de ce mouvement.
Les entreprises sont de plus en plus familières avec l'activisme et se préparent en amont.
État des lieux pour 2022 et prévisions pour 2023 L'année 2022 a marqué une nette reprise de l'activisme actionnarial en Europe, avec 52 nouvelles campagnes publiques (portant le nombre de campagnes publiques actives à 341, soit + 18 % par rapport à 2021) et 125 demandes publiques effectuées en 2022 (soit + 24 % par rapport à 2021). Le nombre d'initiatives privées d'activistes a aussi augmenté : presque la moitié (46 %) des dirigeants interrogés a été approchée par des activistes au moins trois fois en 2022 (contre moins d'un tiers (30 %) en 2021). Tout cela est intervenu dans un contexte de marché qui n'était pas propice à des agressions trop véhémentes, à cause de la guerre en Ukraine, de la crise énergétique et de la hausse des taux d'in-térêt. Mais on a pu observer un phénomène nouveau : les entreprises sont de plus en plus familières avec l'activisme, et se préparent en amont. Plus des deux-tiers (71%) des dirigeants d'entreprise interrogés prévoient une hausse de l'activisme actionnarial en 2023. Par ailleurs, deux tiers des activistes interrogés (67%) prévoient être impliqués dans au moins 3 ou 4 campagnes en 2023.
Quelle cible pour les activistes ?
Les sociétés ayant une capitalisation boursière supérieure à un milliard de dollars ont été les plus ciblées par les activistes en 2022 (35 sociétés sur les 52). Les secteurs des technologies, médias et télécoms (26% des activistes interrogés estiment cibler les entreprises de ce secteur en priorité) et ceux de l'industrie de l'énergie ou des mines (22% des activistes) sont les plus concernés pour les mois à venir. Si la France semble avoir été relativement épargnée par des nouvelles campagnes publiques en 2022, elle sera le terrain de jeu d'un grand nombre de batailles cette année, dans la mesure où la plus grande transparence permet aux activistes d'identifier plus facilement des angles d'attaques. Plus d'un quart (27%) des activistes interrogés estime que la France leur offre de « bonnes opportunités ».
Qui sont les nouveaux activistes ?
Contrairement aux années précédentes, aucun activiste ne semble avoir tiré son épingle du jeu l'an passé, chacun ayant mené une ou deux campagnes (comme Elliott Management ou Bluebell Capital, alors qu'ils avaient mené cinq nouvelles campagnes publiques en 2021). Les fonds anglo-saxons sont demeurés les plus actifs en Europe en 2022. Les dirigeants sont unanimes : plus des deux-tiers indiquent avoir été approchés par des activistes étrangers. En revanche, la typologie des activistes se diversifie : des hedge-funds traditionnels, des fonds de pri-vate equity ou des tout nouveaux activistes ont fait leur entrée dans le jeu en 2022. Le rôle croissant du private equity dans l'activisme est une question d'opportunité pour des fonds qui cherchent à obtenir le meilleur rendement pour leurs mandants, et une tendance de long terme.
Sur quoi portent les demandes des activistes ?
En 2022, les 125 nouvelles demandes publiques des activistes ont essentiellement porté sur : des questions relatives au changement de gouvernance et à la composition des conseils d'administration (26 demandes contre 17 en 2021) ; des oppositions à des propositions d'acquisitions ou de fusions (26 demandes, soit une augmentation de presque 300 % par rapport à 2021) ; des questions relatives à la réduction des coûts et à une meilleure performance opérationnelle des entreprises dans le cadre des opérations de fusions et acquisitions (soit un peu plus de 2,5 fois du nombre de demandes par rapport à 2021).
Selon les prévisions du rapport Skadden, en 2023, les demandes des activistes devraient concerner en priorité et en premier lieu les changements de gouvernance et de la modification des conseils d'administration (46% des activistes interrogés l'indiquent comme leur priorité), et les demandes liées aux aspects ESG ou anti-ESG. Ces dernières sont une nouveauté. Alors que les activistes se faisaient les champions de la cause ESG, certains craignent désormais que l'ESG ait un impact négatif sur leur retour sur investissement. Cela va de pair avec la motivation des activistes qui demandent des modifications dans la gouvernance et la composition des conseils d'administration. 28 % de ces demandes étant motivées par un rendement jugé insuffisant. À noter également qu'en 2023 les activistes se concentreront sur des demandes de programme de rachat d'actions ou des distributions de dividendes (67% des activistes interrogés et 60 % des dirigeants).