Comment le dossier Vodafone pourrait rebattre les cartes en Europe >
Depuis trois semaines, le groupe Vodafone est dirigé par une « intérimaire », Margherita Della Valle, la directrice financière, après le départ de Nick Read, le 31 décembre dernier, poussé dehors par le conseil d'administration. Mais l'ex-directeur général restera tout de même conseiller de Vodafone jusqu'à la fin du mois de mars. Alors que, pendant ses quatre années de mandat, l'action a vu sa valeur chuter de 44 %. Pour l'heure, le cabinet de chasseur de têtes Egon Zehnder a été mandaté par le conseil d'administration afin de trouver un nouveau directeur général. Une mission d'autant plus complexe que Vodafone est dans une impasse stratégique et que de nombreux actionnaires militent pour une « vente par appartements » du groupe.
L'état des lieuxSi le titre Vodafone a regagné un peu de terrain depuis le début de l'année, il avait atteint en décembre dernier son plus bas niveau depuis un quart de siècle. La capitalisation boursière de ce leader de la téléphonie mobile ne représente plus aujourd'hui que 28,5 milliards d'euros. Soit à peine plus que celle d'Orange. Mais le groupe affichait à fin septembre une dette de 67,5 milliards d'euros. Si bien que sa valeur d'entreprise atteint 96 milliards. Le groupe détient une position importante en Europe, grâce à sa présence historique en Allemagne (Mannesmann), en Italie, en Espagne, au Portugal, en Irlande, en Roumanie ou en Grèce. À côté de cela, il détient deux actifs cotés très importants. D'une part, 85,8 % de Vantage Towers AG en Allemagne (pour une valeur actuelle de 14 milliards d'euros) et 65 % de sa filiale africaine Vodacom (valeur de 8,6 milliards d'euros). Vodafone devrait afficher pour l'exercice qui se termine, en mars prochain, un chiffre d'affaires consolidé de 44,5 milliards d'euros et un Ebitda de 15,2 milliards d'euros.
Un périmètre à faire évoluerDevant l'incapacité du groupe à délivrer de la croissance, tant sur son marché domestique que sur ses principaux marchés européens, l'ensemble des analystes financiers en sont arrivés à la conclusion que le groupe n'avait que deux stratégies possibles : soit participer à une nécessaire consolidation du secteur au niveau européen, soit faire évoluer de manière importante son portefeuille d'actifs. Le problème c'est qu'entre ces deux solutions, ni le management ni le board n'ont jamais fait de choix et se sont condamnés à voir les positions commerciales de Vodafone attaquées dans certains bastions historiques, comme l'Italie et l'Espagne. Par ailleurs, dans ce dernier pays, Vodafone est resté un simple spectateur des manœuvres. D'abord, lorsque MasMovil, quatrième opérateur mobile, a lancé une offre publique d'achat amicale sur Euskatel, le numéro cinq du marché, qui lui a permis d'atteindre une taille critique. Puis, lorsque Orange Espagne et MasMovil ont annoncé en mars 2022 la création d'une coentreprise détenue à parité, donnant naissance au nouveau numéro un du marché du mobile espagnol.
Les positions commerciales de Vodafone sont attaquées dans certains bastions historiques.
Les actionnaires activistesCompte tenu des transactions intervenues en Espagne et de la proposition du groupe Iliad (appartenant à Xavier Niel) de racheter Vodafone Italie pour un montant de 11,25 milliards d'euros, rejetée par le groupe britannique sans autre forme de procès, un certain nombre d'activistes ont commencé à monter il y a un an au capital de Vodafone. C'est le cas de Cevian Capital qui a annoncé, en janvier 2022, avoir acquis une participation significative avant de monter jusqu'à 6,5 % du capital. C'est le cas également de Coast Capital. Tous les deux ont souhaité d'emblée une amélioration de la stratégie opérationnelle sur les marchés-clés, une profonde restructuration du portefeuille d'actifs et des changements au sein du conseil d'administration. Au mois d'octobre dernier, Cevian, qui est pourtant un fonds endurant et « accrocheur », a indiqué qu'il avait fini par céder sa participation. Après cette annonce, le titre Vodafone a perdu près de 20 % de sa valeur en l'espace de deux mois. Il y a deux semaines, c'était au tour de Coast Capital Management LP de solder sa position.