Luc Rémont met EDF en ordre de marche et prépare son plan stratégique >
Cela fait dix semaines que Luc Rémont a été nommé PDG d'EDF et a pris la suite de Jean-Bernard Lévy, qui avait décidé d'abréger son mandat. Il a été aussitôt reçu, le 2 décembre, par Élisabeth Borne. La Première ministre lui a ensuite fait parvenir le 9 décembre une lettre de mission. Dans ce courrier, la locataire de Matignon demande au nouveau patron de l'électricien public de préparer un plan stratégique avant la fin juin 2023. Ce plan devra contribuer à remplir trois objectifs principaux. Primo : rétablir la production d'EDF en France à un niveau cohérent avec les meilleurs comparables internationaux. Secundo : maîtriser les délais et budgets des projets nucléaires en cours. Tertio : redresser dans la durée la trajectoire financière de l'entreprise. Par ailleurs, Luc Rémont devra préciser comment EDF pourrait développer le nucléaire « de manière ciblée » à l'export et renouer avec une génération de cash-flow positif « dans les meilleurs délais », en veillant à adapter et à prioriser ses investissements tout en poursuivant ses efforts de maîtrise de ses charges et de ses risques.
La situation d'EDF à fin janvier 2023Luc Rémont arrive à la tête d'EDF dans un contexte qu'il qualifie lui-même de « tempête parfaite », avec une production nucléaire insuffisante du fait des problèmes de corrosion sous contrainte et du retard de la mise en route de Flamanville, dont l'ouverture devait initialement correspondre à la fermeture de Fessenheim. À cela s'ajoute un prix de l'électricité qui s'est envolé depuis l'entrée en guerre de la Russie contre l'Ukraine, le 24 février 2022. Et, conformément à la célèbre loi de Murphy – surnommée à juste titre « la loi de l'emmerdement maximum »–, EDF doit faire face, pour ses centrales hydrauliques, à un taux de remplissage de ses réservoirs très insuffisant, dû à la sécheresse de l'été dernier. Par ailleurs, les mesures prises par les pouvoirs publics en début d'année 2022, visant à augmenter le volume d'électricité vendu aux différents distributeurs sur la base du tarif ARENH – c'est-à-dire le plus bas – ont entraîné une perte sèche de 8,3 milliards d'euros pour l'électricien. Ce qui, ajouté à l'insuffisance de sa production nucléaire, l'amène à tabler sur un impact total de tous ces facteurs négatifs de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Un chiffre qui sera révisé à la hausse du fait de l'augmentation de 500 millions d'euros annoncée en fin d'année concernant le coût de construction et de mise en route de Flamanville.
Luc Rémont arrive à la tête d'EDF dans un contexte de « tempête parfaite ».
La philosophie du plan stratégiqueSelon les premières communications faites par Luc Rémont aux 300 dirigeants et cadres les plus importants d'EDF, le maître mot de son plan stratégique repose sur l'excellence opérationnelle. « Pour faire réussir EDF nous engageons dès à présent quatre chantiers d'excellence opérationnelle », est-il écrit en introduction d'un document de travail que nous avons pu consulter. Depuis deux mois, Luc Rémont a fait de très nombreux déplacements partout en France sur des sites d'EDF, mais aussi d'Enedis ou de Framatome en répétant : « J'apprends l'entreprise par les pieds. » Et partout, il a vu cette demande d'excellence de la part des collaborateurs. Excellence qui est aujourd'hui « bridée » par un empilement de normes, par une insuffisance de compétences, par un pilotage insuffisant de la performance et par une intégration digitale qui reste à mener. D'où les quatre chantiers suivants.
Accroître « le temps métal »Le « temps métal » c'est une expression couramment utilisée dans le nucléaire pour définir le temps consacré aux gestes techniques et donc à l'efficacité opérationnelle. Accroître le temps métal consiste donc à augmenter le temps où les soudeurs, les ingénieurs, les commerciaux, les techniciens qui opèrent sur les lignes sont réellement efficaces. Cela passe par un vaste effort de simplification à tous les étages sans sacrifier à la sécurité. L'accroissement de ce temps métal devrait avoir un effet de levier sur la productivité d'EDF et donc sur ses performances.
Accélérer et industrialiser le numériqueQui mieux que Luc Rémont, qui a passé neuf ans chez Schneider à la tête des opérations France, puis internationales, est mieux placé pour expliquer aux collaborateurs d'EDF que le numérique est un levier de transformation, de différenciation et d'attractivité au service de la stratégie. Lors de ses déplacements, il a pu mesurer les attentes très fortes de nombreux salariés d'EDF à ce que le groupe entre dans une phase d'industrialisation de l'approche du numérique. Cela va jusqu'à la maîtrise des datas et au partage de ces données à l'intérieur du groupe.
Développer les compétencesLe défi de Luc Rémont est de disposer des compétences nécessaires pour améliorer l'efficacité du groupe, mais aussi pour accompagner la transition énergétique. Vaste chantier qui passe par la formation interne d'un nombre accru d'apprentis, par la nécessité de mieux faire connaître EDF dans les écoles. Voire de créer des écoles des métiers, des internats d'excellence ou des écoles de production.
Mesurer et piloter la performanceLe quatrième pilier de ce futur plan stratégique passe par un meilleur pilotage de la performance de manière à générer davantage de cash. La direction financière devra donc s'attaquer à quelques travaux. Par exemple, le pilotage plus économique et moins budgétaire avec des incitations à dépasser les objectifs. L'amélioration des outils de pilotage pour chaque activité. Le pilotage du cash. De meilleurs critères d'investissement en gardant un équilibre entre création de valeur et compétitivité. In fine, la démarche de Luc Rémont vise à faire que davantage de dirigeants soient responsabilisés par la gestion d'un compte de résultat, mais aussi par l'optimisation du cash.