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Story de la semaine / Médias / 27/02/2023

Pourquoi M6 a conservé sa fréquence

L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) vient de rendre son verdict très attendu pour l'attribution des fréquences des première et sixième chaînes de la TNT. Une semaine seulement après avoir auditionné les représentants des trois projets en lice, l'Autorité a finalement choisi la stabilité en décidant de discuter avec TF1 et M6, et en excluant SIX, porté par Xavier Niel.

Si le choix de TF1 pour la première chaîne semblait évident, beaucoup ont, en revanche, commencé à s'interroger pour le sixième canal après la candidature de Xavier Niel, tant M6 a semblé sur la défensive ces dernières semaines. Et les deux tentatives en deux ans du géant allemand Bertelsmann – dont la filiale RTL Group détient environ 48 % de M6 – de se séparer du groupe dirigé par Nicolas de Tavernost ont alimenté les spéculations quant à son engagement sur le long terme aux côtés de M6.

SIX a également reçu plusieurs soutiens qui ont nourri les doutes. La société des auteurs (SACD) a salué le niveau « très élevé » des investissements promis par Xavier Niel dans la création d'œuvres patrimoniales (fictions, documentaires de création, animation, spectacles vivants) à 14 % du chiffre d'affaires, contre 11,5 % pour M6. De son côté, le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), qui défend les intérêts de la musique enregistrée en France, était ravi du souhait de SIX d'offrir une meilleure exposition à la musique.

Pourquoi un tel choix de l'Arcom ?

Ces soutiens, les capacités saluées en matière d'innovations technologiques et marketing de Xavier Niel, ainsi que sa volonté d'attirer les jeunes générations n'auront cependant pas suffi à convaincre l'Arcom. Car l'Autorité était en quête d'assurances pour deux fréquences importantes et devant structurer le paysage télévisuel des dix prochaines années.

L'« expérience acquise » – l'un des critères retenus pour l'attribution des fréquences – a fait en partie la différence. Nicolas de Tavernost, 72 ans, dont plus de trente-cinq années à plusieurs postes de la direc-tion de M6, une chaîne lancée en 1987, a pu paraître plus rassurant. D'autant qu'il a su, juste avant son grand oral devant l'Arcom, rajeunir le directoire de son groupe pour insuffler du dynamisme et gommer l'image d'acteur du passé que certains critiquaient.

Nicolas de Tavernost a su, juste avant son grand oral devant l'Arcom, rajeunir le directoire de son groupe pour gommer l'image d'acteur du passé que certains critiquaient.

Le projet de Xavier Niel présentait des incertitudes assimilées à des risques : flou sur sa grille de programmes en dehors des soirées et de l'information ou encore incapacité à se lancer début mai. SIX n'existant pas encore, ses engagements financiers ont été en outre jugés plus incertains que ceux de M6 dont les propositions reposent sur une base connue. À cela s'est ajouté un risque social. Quid des 2 200 collaborateurs permanents du groupe M6 si celui-ci ne conservait pas la sixième fréquence, les autres chaînes gratuites du groupe sur la TNT (W9, 6ter et Gulli) n'étant pas en mesure d'éviter l'accident industriel à l'entreprise ?

En termes d'audience, et donc de recettes publicitaires, ce n'est en effet pas la même chose d'être présent sur la sixième chaîne ou sur les canaux suivants de la TNT. En 2022, M6 a enregistré une part d'audience nationale de 8,4 %, certes loin des 18,7 % de TF1, mais bien au-dessus des 2,3 % de W9, 1,6 % de 6ter et 1,2 % de Gulli ou encore des 2,8 % de C8 et 2,1 % de CNews du groupe Canal+, selon Médiamétrie.

Réveiller « la petite chaîne qui pionce »

Avec cette décision de l'Arcom, Nicolas de Tavernost sort-il gagnant de son bras de fer avec le créateur de Station F et de l'École 42 ? Pas vraiment, à en croire plusieurs acteurs du secteur audiovisuel, d'aucuns parlant plutôt d'une victoire à la Pyrrhus.

Obligé par le projet de Xavier Niel de revoir à la hausse ses investissements dans la création d'œuvres patrimoniales (de 10,5 % à 11,5 % du chiffre d'affaires), Nicolas de Tavernost va tout d'abord entamer la profitabilité de son groupe (environ 25 % de marge opérationnelle en 2022). L'attitude du dirigeant de M6 a, par ailleurs, grandement déplu dans les couloirs de son actionnaire principal et dans le secteur audiovisuel. On lui reproche, en premier lieu, d'avoir sous-évalué le risque de voir émerger un projet concurrent au sien et d'avoir ainsi participé à la propre déstabilisation de son groupe.

En outre, il s'est mis à dos des producteurs de fiction en n'augmentant ses projets d'investissements dans ce domaine que contraint par Xavier Niel, qui connaît bien le sujet avec la société de production Mediawan dont il est actionnaire. Une attitude d'autant plus incompréhensible pour eux que la profitabilité de M6 – l'une des plus élevées d'Europe – le permet. De même, le secteur musical apprécie peu d'être diffusé au milieu de la nuit.

Reste que c'est avec M6 et TF1 que l'Arcom va désormais discuter sur la base des projets présentés pour conclure les conventions destinées à définir les obligations et les engagements de chacun. Plusieurs acteurs du secteur espèrent néanmoins que l'appel à candidature aura réveillé M6, dont le slogan de ses débuts « la petite chaîne qui monte » a été détournée en « la petite chaîne qui pionce » par plusieurs de ses détracteurs.

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