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Story de la semaine / Renault / 13/03/2023

Où en est le projet d'introduction en Bourse d'Ampere ?

Investisseurs et observateurs se sont interrogés sur les conséquences que pourrait avoir la décision allemande de bloquer le projet de l'Union européenne d'interdire les ventes de voitures à moteur thermique en 2035. Le projet d'introduction en Bourse (IPO), cette année, d'Ampere – le pure player de l'électrique et des logiciels, fondé par le groupe Renault – n'a pas échappé à ces questions, certains se demandant si le timing était encore bon pour cette opération après la position prise par l'Allemagne.

Différentes sources nous ont assuré qu'une cotation d'Ampere d'ici à la fin de l'année restait d'actualité, malgré la décision des Allemands. Car, tout d'abord, que ce soit en 2035 ou plus tard, l'histoire va dans le sens de la fin des véhicules à moteur thermique en Europe. En outre, ce sont surtout les conditions de marché et l'appétit des investisseurs pour les IPO qui devraient dicter la suite des événements, tandis que le conseil d'administration du constructeur automobile devra encore valider la décision finale pour ce projet.

La marque au losange devrait dévoiler plus de détails sur cette opération dans les deux à trois mois qui viennent. De sorte que, d'ici à l'été, les investisseurs devraient avoir des réponses à leurs questions concernant la valorisation, le niveau de capital flottant visé ou encore le plan de marche de cette entité.

Pourquoi Renault souhaite-t-il introduire Ampere en Bourse ?

Plusieurs raisons expliquent le projet du groupe, présidé par Jean-Dominique Senard, d'introduire Ampere en Bourse : lever des fonds pour financer de lourds investissements ; donner de la visibilité à ses activités plus technologiques ; et attirer d'autres profils d'investisseurs. Car ce ne sont pas les mêmes investisseurs qui financent des entreprises technologiques et des groupes industriels plus traditionnels. En outre, les niveaux de valorisation ne sont pas semblables.

L'introduction en Bourse d'Ampere revaloriserait Renault, dont la capitalisation boursière autour de 12 milliards d'euros ne reflèterait pas tout le potentiel.

Ainsi, Tesla se négocie en Bourse à un cours représentant autour de cinquante fois ses bénéfices attendus, soit près de dix fois plus que pour Renault ou la plupart des groupes automobiles européens qui ne produisent pas uniquement des voitures électriques. De quoi revaloriser Renault, dont la capitalisation boursière autour de 12 milliards d'euros ne refléterait pas tout le potentiel, surtout en tenant compte de la participation du Français dans Nissan, lui-même valorisé près de 16 milliards d'euros en Bourse.

Mais la stratégie du directeur général de Renault, Luca de Meo, ne se résume pas à une simple logique boursière. Comme avec Geely et Saudi Aramco pour Horse – l'entité dédiée au développement et à la production de nouveaux moteurs thermiques et hybrides –, Renault cherche aussi à nouer des partenariats lui permettant d'acquérir des expertises et des technologies de pointe qu'il n'a pas en interne et/ ou qu'il n'aura pas à financer. Le groupe a ainsi conclu des partena-riats dans les batteries avec Envision et Verkor, avec Valeo et Whylot pour les moteurs électriques, et dans les logiciels avec Google et Qualcomm.

Quelle valorisation et quel flottant ?

Qualcomm fait d'ailleurs partie des entreprises souhaitant rentrer au capital d'Ampere, au même titre que Mitsubishi qui étudie cette possibilité, ou encore Nissan qui compte prendre jusqu'à 15 % de la société. Au final, selon différentes sources, Renault pourrait détenir entre 55 % et 60 % du capital d'Ampere, Nissan et Mitsubishi entre 10 % et 15 % à eux deux, et Qualcomm autour de 5 %. Cela laisserait un capital flottant compris entre 20 % et 30 %, plus vraisemblablement entre 25 % et 30 %, pour intéresser les investisseurs avec un niveau suffisant de liquidité pour l'action tout en permettant à Renault de contrôler l'entreprise.

Cette question est en train d'être étudiée, tout comme celle de la valorisation, avec un objectif : ne pas être trop gourmand afin d'éviter ce qui s'est passé pour Polestar, la filiale de voitures électriques de Volvo Cars introduite au Nasdaq en juin 2022 et dont l'action a chuté depuis de 13 à 5 dollars. En la matière, plusieurs sources estiment que la valorisation d'Ampere devrait être comprise entre 8 et 10 milliards d'euros. Un niveau qui peut paraître élevé, mais qui doit être vu en ayant à l'esprit les multiples pratiqués pour ce type de société et ses perspectives.

Or les objectifs pour Ampere sont ambitieux : un million de véhicules électriques pour la marque Renault en 2031, et plus de 30 % de taux de croissance annuel composé dans les dix prochaines années. En outre, 80 % des investissements nécessaires ont déjà été réalisés avec des sites qui existent déjà comme Douai, Maubeuge et Cléon pour les voitures électriques, ou Sophia Antipolis et Toulouse pour la partie logiciels.

Du côté de Renault, on préfère toutefois rester prudent sur ce projet d'IPO car beaucoup de choses peuvent arriver, d'autant que le marché des introductions en Bourse est compliqué en ce moment sur fond de forte volatilité (voir encadré ci-dessous). Beaucoup jugent néanmoins le timing actuel favorable, alors que l'indice phare de la place de Paris, le CAC 40, a enregistré un nouveau record historique la semaine dernière à plus de 7 400 points et que l'intérêt des investisseurs pour ce type de valeur est réel.

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