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Story de la semaine / Faillite de SVB / 20/03/2023

Comment les start-up vont-elles se financer désormais ?

Malgré l'intervention rapide des autorités américaines pour éteindre l'incendie qui risquait de se propager après la faillite de la Silicon Valley Bank (SVB), les conséquences de la chute de la « banque des start-up » sur leur financement sont au cœur des préoccupations du secteur de la Tech. Qui va prendre le relais d'une banque devenue au fil des années incontournable, voire essentielle au fonctionnement de tout un écosystème ?

Créé en 1983, l'établissement californien fournissait des services bancaires à près de la moitié des start-up américaines financées par le capital-risque, ainsi qu'à leurs dirigeants. La banque a notamment prêté des fonds à Pinterest (réseau social), Shopify (e-commerce), ZipRecruiter (recherche d'emploi) et CrowdStrike (cybersécurité). Les consultants spécialisés, les incubateurs ou encore les avocats d'affaires, la conseillaient à leurs clients, de même que les fonds d'investissement. SVB finançait aussi bien des start-up en phase de démarrage que des sociétés en phase de croissance plus avancée.

Selon ses déclarations à la Securities and Exchange Commission (SEC), SVB affichait fin 2022 : 211,8 milliards de dollars d'actifs – faisant d'elle l'une des 20 premières banques américaines –, 120,1 milliards de dollars de titres de placement, un portefeuille de prêts de 74,3 milliards de dollars, et 173,1 milliards de dollars de dépôts.

Disparation d'un acteur central de tout un écosystème

SVB a construit une grande partie de sa notoriété sur le marché de la « venture debt », des prêts d'amorçage-investissement permettant à une entreprise qui démarre, ou de petite taille, de financer sa croissance sans voir son capital dilué. En 2022, ce type de dette s'élevait à 6,7 milliards de dollars dans les comptes de la banque, soit 9 % de son portefeuille de prêts. Nul doute que ce marché devrait pâtir de l'écroulement de l'un de ses piliers (voir encadré ci-contre).

Silicon Valley Bank, qui figurait dans la liste 2022 des meilleures banques américaines établie par Forbes, était également celle de plus de 2 500 sociétés de capital-risque (VC), dont Bain Capital, Andreessen Horowitz, Lightspeed, Insight Partners, Redpoint ou Vivo Capital. L'an dernier, le montant des prêts de la division de SVB, qui fournissait des services et des produits aux sociétés de capital-risque et de capital-investissement (« Global Fund Banking »), atteignait 41,3 milliards de dollars, soit 56 % du portefeuille de prêts de la banque.

Preuve de son importance, plus d'une centaine de fonds de capital-risque et de société d'investissement a dit vouloir continuer de travailler avec SVB en cas de reprise.

Avec la chute d'un acteur qui occupait une telle position, conserver une expertise et une connaissance d'un environnement qui n'existe pratiquement nulle part ailleurs est aujourd'hui le principal problème du monde de la Tech. Preuve de l'importance de la « banque de la vallée du silicium »: plus d'une centaine de fonds de capital-risque et de sociétés d'investisse-ment a dit vouloir continuer de travailler avec elle en cas de reprise.

D'après plusieurs sources, KKR, Apollo Management et Blackstone s'intéressent au rachat d'une partie du portefeuille de dettes de SVB et de certaines de ses activités. Carlyle et Ares Management sont également cités par d'autres médias. Des banques plus traditionnelles regardent aussi avec attention les actifs qu'elles pourraient récupérer pour se renforcer, comme JPMorgan ou Morgan Stanley, selon les mêmes sources.

Craintes d'un durcissement des conditions de financement

En matière de financement, de grandes banques comme Citi ou Wells Fargo pourraient prendre en partie le relais, mais elles ne peuvent pas le faire de la même façon que SVB, ne serait-ce qu'en raison de contraintes réglementaires plus strictes compte tenu de leur taille et d'une expertise bien moins fine du secteur. Quant aux autres établissements régionaux, ils risquent de souffrir de l'impact, en termes d'image, des déboires de SVB.

En outre, la crainte est grande du côté des start-up de voir leurs conditions de financement se détériorer encore davantage après les hausses de taux d'intérêt opérées par la Réserve fédérale et la baisse des levées de fonds. Selon PitchBook, les investissements dans les start-up aux États-Unis ont chuté de 25 % en volume et de 61 % en valeur, au cours des quatre derniers trimestres. Un point crucial qui pose la question de la valorisation de ces sociétés si elles ne parviennent plus à financer leur croissance. D'autant qu'en cette période de forte volatilité des marchés, rien ne dit qu'une introduction en Bourse puisse servir d'alternative.

Autre question d'importance dans un pays où la judiciarisation de la vie publique est forte : quid du traitement des clients de SVB qui ont retiré l'argent qu'ils avaient sur leurs comptes alors que des contrats de prêts de la banque conditionnaient leur financement à ces dépôts ?

La faillite de SVB aura des conséquences lourdes. Après le boom observé en 2020 et au début de 2021, quand le marché du capital-risque était inondé de liquidités, d'aucuns pensent que le choc provoqué par cette faillite sera néanmoins salutaire à long terme. Beaucoup espèrent que cela accélérera la fin d'investissements jugés inconsidérés, ne répondant qu'à des effets de mode et sans réelle analyse des dossiers. Auquel cas, ce sont les entreprises présentant de réelles garanties et des business models solides qui devraient tirer leur épingle du jeu. De quoi enterrer définitivement le mythe de l'autodidacte dans son garage.

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