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Story de la semaine / Bourse / 15/05/2023

Comment Teleperformance peut rassurer les investisseurs après la chute de l'action ?

Depuis le début de l'année, l'action Teleperformance accuse l'une des plus fortes baisses de l'indice SBF 120, avec un recul de près de 30 %, et même le double en considérant l'évolution de la valeur depuis fin 2021. Le groupe, spécialisé notamment dans les centres d'appels, a pourtant enregistré des résultats records en 2022 et bénéficie du soutien de la quinzaine d'analystes financiers qui le suit et conseille aux investisseurs d'acheter ou de conserver le titre. Dès lors, comment expliquer une telle déroute boursière ?

Les inquiétudes autour de la gouvernance, des conditions de travail, du ralentissement économique et des effets de l'intelligence artificielle sur l'activité de la société semblent être la cause principale de cette chute. Illustrant cela, le niveau de ventes à découvert (short selling) – titres qu'un investisseur ne détient pas encore mais dont il anticipe la baisse – a été multiplié par 59 entre novembre et fin avril, pour dépasser alors les 3 %, selon S&P Global Market Intelligence. Le niveau de « short »des 120 plus grosses entreprises françaises cotées en Bourse est, lui, resté pratiquement stable, autour de 2 %, sur la même période. Beaucoup d'éléments sont venus nourrir les craintes du marché ces derniers mois, en particulier celles des gérants de fonds investissant dans des entreprises en fonction de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). La controverse la plus forte fut l'annonce, en novembre 2022, par Edwin Palma Egea, le vice-ministre du Travail colombien, de l'ouverture d'une enquête sur l'environnement dans lequel travaillent les employés de Teleperformance en Colombie. Cette annonce est intervenue après la publication d'un ar-ticle du magazine Time dénonçant les conditions de travail des modérateurs de contenus les plus sensibles et un manque de dialogue avec les représentants syndicaux.

La controverse la plus forte fut l'annonce de l'ouverture d'une enquête sur l'environnement dans lequel travaillent les employés en Colombie.

Erreur de communication

Cette enquête n'est toujours pas ouverte alors que le groupe a engagé des discussions avec le gouvernement colombien et les syndicats, et que les différents audits menés n'ont relevé aucun problème de conformité quant aux conditions de travail sur place. Malgré ses réactions – la société a également invité les investisseurs à visiter la filiale colombienne et signé un accord mondial avec la fédération syndicale des services UNI Global Union visant à renforcer ses engagements en matière de droits des salariés – le groupe paye encore les effets de cette crise. D'autant qu'elle est survenue dans le sillage du scandale Orpea, société accusée de maltraitances sur des résidents d'Ehpad.

À la suite de cette polémique, Teleperformance a commis une erreur de communication au sujet de la modération de contenu qui va être à l'origine d'une nouvelle incompréhension avec les investisseurs. Après avoir annoncé, en fin d'année dernière, son retrait du segment le plus offensant de son activité de modération de contenu, Teleperformance a indiqué, en mars, maintenir son offre complète en la matière. Il en a résulté de la confusion et l'impression d'une certaine précipitation, quand l'annonce d'une suspension de cette activité le temps de mener à bien une revue exhaustive aurait été plus appropriée. Autre élément qui a surpris le marché, l'annonce d'une offre publique d'achat (OPA) sur le spécialiste luxembourgeois des expériences client personnalisées Majorel. Si cette transaction doit donner naissance à un groupe réalisant 12 milliards de dollars de revenus dans les services aux entreprises en solutions numériques, les investisseurs attendaient une acquisition dans un autre domaine. Certains espéraient notamment une opération en lien avec l'intelligence artificielle (IA), dont les effets sur de nombreuses activités économiques, y compris celles de Teleperformance, nourrissent fantasmes et inquiétudes.

D'autres projets d'acquisition étudiés

Teleperformance, qui dispose des moyens financiers de réaliser d'autres opérations, avec plus d'un milliard d'euros de cash-flow net attendu et un levier financier (dette nette sur Ebitda) autour de 1,8 après l'OPA sur Majorel, étudie d'autres projets d'acquisitions. Ceux-ci seraient liés au cloud et/ou à des agents conversationnels utilisant l'IA comme ChatGPT. Mais rien ne devrait se faire dans l'immédiat, le groupe se concentrant d'abord sur l'achat de Majorel dont le closing est espéré début 2024. Un point devrait toutefois être fait à la rentrée sur d'éventuelles opportunités.

L'action a également pâti de l'absence d'un plan de succession clairement établi, alors que son dirigeant actuel, Daniel Julien cumule les fonctions de président et de directeur général. Selon différentes sources, une annonce pourrait intervenir dans un avenir proche sur l'évolution de la gouvernance de la société, et dans ce cadre, la probabilité de voir Bhupender Singh devenir le prochain dirigeant de l'entreprise est très élevée (voir encadré ci-dessous).

Du côté de Teleperformance, si on reconnaît que tout n'est pas parfait, on se veut néanmoins confiant pour la suite en soulignant les engagements de l'entreprise pris en matière d'ESG et une situation financière saine. En outre, malgré les incertitudes économiques, la société vise une marge opérationnelle record à environ 16 % en 2023, contre 15,5 % (+ 40 points de base) en 2022. Ces éléments sauront-ils convaincre les investisseurs et permettre au groupe de retrouver des couleurs en Bourse ? l

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