Comment Air France-KLM redresse le manche et rassure les investisseurs >
Il y a trois ans, alors durement frappées par les effets de la pandémie de Covid-19, les compagnies aériennes voyaient leur avenir s'assombrir. Certains analystes n'attendaient alors pas de rétablissement avant – au mieux – cinq ou sept ans en Europe, voire la mort de l'industrie pour les plus pessimistes d'entre eux, sur fond de confinements, d'essor du télétravail et d'appels invitant à ne plus prendre l'avion au nom de l'écologie. Qu'en est-il trois ans plus tard au moment où débute la période cruciale des vacances d'été pour le secteur ? Bien qu'il ne soit pas encore totalement rétabli, le secteur aérien est en bien meilleure forme qu'envisagé, avec un redressement beaucoup plus rapide que prévu. Et Air France-KLM ne fait pas exception. Au contraire, à en juger ces récents résultats et son rebond boursier.
Si, à 1,75 euro, l'action est encore loin des 5 euros autour desquels la valeur s'échangeait avant la crise sanitaire, Air France-KLM, avec un gain de 40 % depuis le début de l'année, affiche l'une des plus fortes hausses de l'indice SBF 120 (+ 9 %) à Paris. À titre de comparaison, Lufthansa progresse sur la même période de 21 % et, plus généralement, les valeurs européennes du secteur des loisirs et des transports – l'indice Stoxx Europe 600 Travel & Leisure – affiche un gain de 23 %.
Plusieurs éléments peuvent expliquer le redécollage boursier du groupe dirigé par Ben Smith. Il y a, tout d'abord, des facteurs qui concernent l'ensemble du secteur. Loin de renoncer aux voyages en avion, les clients ont peu à peu repris leurs habitudes. Malgré l'inflation, la demande ne s'étiole pas, dopée notamment par le désir de voyager à nouveau après la pandémie (en particulier pour la clientèle haut de gamme). Si bien que plusieurs analystes tablent désormais sur un retour du trafic de passagers à ses niveaux d'avant la pandémie, dès 2024 en Europe. Et les mêmes d'anticiper pour cette année un trafic représentant entre 85 % et 95 % de celui de 2019.
Tout proche des niveaux d'avant CovidDès lors, les compagnies aériennes européennes devraient afficher des résultats solides en 2023, surtout si elles parviennent à éviter les problèmes opérationnels de l'été dernier, où elles avaient été confrontées à des pénuries de personnel. Cette demande soutenue permet, en outre, aux compagnies de maintenir une politique tarifaire élevée et de compenser ainsi les pressions inflationnistes sur leurs coûts. Des coûts qui devraient être en partie réduits si la tendance actuelle se poursuit du côté des prix du carburant, en recul d'environ 25 % depuis le début de l'année.
Les capacités d'Air France-KLM devraient retrouver, cette année, 95 % de leur niveau de 2019.
À ces éléments s'ajoutent des raisons propres à l'entreprise détenue à 28,6 % par l'État français et 9,3 % par les Pays-Bas. Air France-KLM a réussi à mieux répondre à la demande des passagers que ses concurrents. Au premier trimestre, le nombre total de passagers que le groupe a transportés a augmenté de 35 % et ses revenus ont progressé de 42 % sous l'effet d'une demande forte et persistante. Ses capacités devraient d'ailleurs retrouver cette année 95 % de leur niveau de 2019, et même atteindre 135 % pour sa filiale à bas coûts Transavia.
Le groupe récolte les fruits de sa transformation et d'une stratégie passant, entre autres, par la restructuration de ses activités et une meilleure gestion de ses coûts, ainsi que l'amélioration de sa productivité (développement des recettes passager rentables ou de ses activités Cargo et Engineering & Maintenance). Le groupe a également opéré une montée en gamme, avec une stratégie et un positionnement premium adaptés à la demande du marché, et a noué un partenariat stratégique avec CMA CGM (9% du capital du groupe) donnant naissance au premier acteur de fret aérien en Europe.
Libéré des contraintes liées aux aides publiquesRésultat, l'entreprise a amélioré sa profitabilité, avec une marge d'exploitation de 4,5 % en 2022, contre 4,2 % en 2019, proche de ses concurrents européens (entre 4,5 et 5,5 %). Et les analystes tablent pour cette année sur une profitabilité supérieure à 5 %, tandis que le groupe vise de son côté une marge d'exploitation comprise entre 7 et 8 % à moyen terme.
L'amélioration du bilan de l'entreprise est également un point unanimement salué par les investisseurs (voir encadré ci-dessous). En remboursant notamment toutes les aides et soutiens publics obtenus pour faire face à la crise de la Covid-19, le groupe a ramené son ratio de dette nette sur Ebitda à 1,5 au premier trimestre, contre 11 en 2021. Il s'est aussi libéré des restrictions qui étaient associées à ces aides, telles l'interdiction de verser des dividendes, la modération de la rémunération des dirigeants ou la limitation des acquisitions.
En matière de M&A, Air France-KLM étudie d'ailleurs toutes les opportunités de consolidation et s'intéresse à TAP Air Portugal, dont le processus de privatisation n'a cependant pas encore été lancé, compte tenu de la position du hub de Lisbonne et du réseau de la compagnie portugaise en Amérique du Sud. La croissance externe n'est toutefois pas la seule option du groupe qui compte également sur le développement de Transavia et son potentiel de croissance jugé élevé.
En attendant, les regards sont tournés vers la saison estivale qui a déjà donné lieu à des ventes « fortes » de billets et pour laquelle les perspectives sont « très encourageantes », d'après Air France-KLM, compte tenu d'un retour à des habitudes de réservation plus proches de celles de l'avant Covid. Une situation très éloignée de celle de 2020.