Pourquoi la Bourse sanctionne OVHCloud et comment redresser la situation >
Qu'arrive-t-il à OVHCloud, l'entreprise fondée en 1999 et présidée par Octave Klaba ? Longtemps présentée comme l'une des stars de la tech française, l'étoile a perdu de son éclat dernièrement, tout au moins auprès des investisseurs. Tombée à 1,8 milliard d'euros, sa capitalisation boursière a fondu de plus de la moitié depuis son introduction en Bourse (IPO) en 2021. Et, depuis le 1er janvier, le désamour du marché est particulièrement marqué avec un recul de la valeur de 41 % et son éviction en juin, par Euronext, du deuxième indice boursier de la place de Paris, le SBF 120 (+ 10 % cette année).
Entreprise spécialisée, à l'origine, dans l'hébergement de sites internet, OVHCloud a développé, depuis 2010, différentes activités dans le cloud – le stockage de données à distance – pour en devenir le leader européen, avec 1,6 million de clients répartis dans 140 pays, dont les États-Unis et l'Inde. L'entreprise intervient dans l'Infrastructure-as-a-Service (l'externalisation des ressources informatiques dans un environnement virtualisé), la Platform-as-a-Service (l'externalisation de la plate-forme de développement), le cloud privé (un environnement spécifique à un utilisateur ou à un groupe) ou le cloud public (un environnement créé à partir d'une infrastructure n'appartenant pas à l'utilisateur).
Malgré des taux de croissance annuelle à deux chiffres – OVHCloud a enregistré une hausse de 13,2 % de ses revenus présentés fin juin au troisième trimestre de son exercice fiscal décalé –, les métiers du cloud devraient connaître un ralentissement en 2023 sur fond d'inflation et d'incertitudes économiques. IDC s'attend, par exemple, à ce que la croissance de l'Infrastructure-as-a-Service (IaaS) dans le cloud public passe de 33 % en 2022 à 26 % cette année. De son côté, OVHCloud a dû revoir en avril ses objectifs pour l'exercice 2022-2023. Et le groupe de viser désormais une croissance organique de son chiffre d'affaires comprise entre 13 et 14 %, contre une précédente fourchette de 14-16 %, et une marge d'Ebitda ajusté supérieure à 36 %, contre un chiffre en ligne avec le précédent exercice (39%).
Des investisseurs qui s'interrogentSi de telles prévisions feraient pâlir d'envie beaucoup d'industries, cet ajustement a nourri les interrogations des investisseurs sur une entreprise introduite en Bourse en pleine euphorie autour des valeurs technologiques, où seuls l'hypercroissance et les montants le-vés étaient scrutés. D'autant plus que cela s'ajoute au départ inattendu l'an dernier de Yann Leca, alors directeur financier de la société, et aux craintes liées aux lourds investissements nécessaires de la société – les capex ont représenté 57 % du chiffre d'affaires en 2021-2022 –, et à la hausse des prix de l'énergie – les centres de données sont très énergivores.
Des interrogations devenues des doutes pour ceux qui pensaient avoir investi dans un concurrent européen des Américains.
Des interrogations devenues des doutes pour certains. En particulier pour ceux qui tablaient sur un taux de croissance organique autour de 25 % – objectif de la société à horizon 2025 –, ou pensaient avoir investi, sur fond de problématique de souveraineté, dans un concurrent européen des Américains Amazon Web Services, Microsoft Azure ou Google Cloud. Ces « hyperscalers » qui détiennent des parts de marché très fortes (les deux tiers du marché mondial de l'IaaS par exemple) et captent le plus gros de la croissance (80 % de la croissance des dépenses en infrastructures et applications de services cloud public en France en 2021). Or OVHCloud ne fait pas la même taille que ces trois géants. De plus, le groupe français ne propose pas l'équivalent de ce que peut faire Microsoft, capable d'associer dans une offre ses services cloud avec ses applications bureautiques.
Une différence de perception dont l'entreprise, dirigée par Michel Paulin (ex-SFR), est bien consciente, à l'heure où moins de la moitié des analystes financiers qui suivent la valeur la recommande à l'achat, contre les trois-quarts au moment de l'IPO, selon plusieurs consensus. Au point d'envisager de réexpliquer son modèle. Il est ainsi prévu de présenter, dans les prochains mois, aux investisseurs une version actualisée de la stratégie pour leur donner davantage de visibilité.
Des atouts à mettre en avantCe sera aussi l'occasion de mettre en avant ses atouts. À commencer par la transparence sur les prix ou la possibilité pour les clients de partir facilement, ce qui n'est pas le cas partout, loin s'en faut, comme vient de le pointer l'Autorité de la concurrence. Par ailleurs, l'entreprise ne manipule pas les données et ne les fait pas transiter entre ses data centers, pour lesquels elle a recours à un système de refroidissement par eau en circuit fermé et non la climatisation. C'est, de plus, un acteur qui maîtrise toute la chaîne de valeur avec ses propres centres de données (34) et ses propres serveurs (450 000) – dont la durée de vie moyenne atteint huit ans, contre trois normalement grâce au recyclage.
Si un retrait de la cote n'est pas d'actualité, la société, dont les fonds KKR et TowerBrook détiennent encore chacun 6,3 % du capital, en est convaincue, sa stratégie autour des questions de souveraineté, de protection des données et de l'ESG est la bonne. Au milieu de son plan stratégique actuel, le management reste concentré sur sa feuille de route et va continuer d'investir pour innover et développer la société tout en se montrant discipliné sur les coûts. Objectifs à moyen terme : l'accélération de la croissance, une marge d'Ebitda ajusté autour de 42 %… et redorer la valeur en Bourse. l