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Story de la semaine / Marchés financiers / 31/07/2023

À quoi peut-on s'attendre au second semestre ?

Alors que la crainte d'une récession économique imminente était dans pratiquement toutes les têtes en fin d'année dernière, les marchés actions ont étonnamment bien résisté au cours des sept premiers mois de l'année. À Paris, l'indice CAC 40 a par exemple inscrit un nouveau record au printemps à plus de 7 500 points, quand, aux États-Unis, le S&P 500 reste proche de son niveau historique atteint début 2022.

La résilience des entreprises sur fond de « récession Godot » – car on l'attend sans qu'elle n'arrive – et l'engouement suscité par l'intelligence artificielle (IA) – entre 70 % et 90 % de la hausse du S&P 500 est liée aux « sept fantastiques » (Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Tesla et Meta) – ont dopé la Bourse jusqu'ici. Pour autant, cette tendance peut-elle encore se poursuivre ? Quid également des marchés obligataires après le krach de l'an dernier ou encore des devises ?

À l'image d'Amundi, nombreux sont les stratégistes et gérants de fonds que nous avons interrogés à se montrer prudents dans un contexte incertain. Et ceux-là d'anticiper un regain de la volatilité pour les prochains mois et d'inviter, pour certains, à la sélectivité et à la diversification (voir encadré ci-contre). Seule certitude, souligne Saxo Banque, le triptyque situation économique/inflation/politique monétaire devrait animer les marchés financiers. Même si les tendances seront très différentes selon les zones géographiques.

Des résultats d'entreprises sous haute surveillance

De fait, aux États-Unis, le cycle de hausse des taux d'intérêt semble proche de la fin, et la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait marquer une pause dès la rentrée avant peut-être de baisser ses taux en cas de récession en fin d'année. En Chine, les mesures de relance éco-nomique espérées ne devraient pas voir le jour avant que les autorités américaines ne marquent une pause monétaire. Quant à la zone euro, la situation est compliquée, avec une croissance anémique et une politique monétaire jugée plus incertaine menée par la Banque centrale européenne (BCE). Les avis sont en effet partagés à ce sujet. D'un côté, comme chez Richelieu Gestion, on s'attend à ce que la BCE maintienne une position très dure face à l'inflation, quitte à peser sur la croissance, quand d'autres, à l'image de Carmignac, considèrent qu'au regard du niveau élevé d'endettement on pourrait renouer avec le mantra de la décennie passée : « Bad news is good news », les mauvaises nouvelles économiques incitant les autorités à intervenir pour soutenir la croissance. Or à ce sujet, certains investisseurs craignent que l'institution dirigée par Christine Lagarde ne stoppe trop tôt son cycle de hausse des taux, limitant ainsi ses moyens en cas de nouvelle crise.

Seule certitude, le triptyque situation économique/inflation/ politique monétaire devrait animer les marchés financiers.

Un autre point sera particulièrement surveillé, celui des résultats d'entreprises et leurs perspectives pour voir l'impact des effets des hausses de salaires et du ralentissement économique sur les marges des sociétés, alors que la croissance du chiffre d'affaires de nombreuses entreprises résulte davantage de l'augmentation des prix que de la hausse des volumes de vente. Si les publications au titre du deuxième trimestre devraient rester solides dans leur ensemble, les déceptions pourraient coûter cher. Surtout pour les entreprises de secteurs ayant fortement progressé en début d'année comme le luxe ou la tech. À ce titre, les résultats fin août de NVidia, grand gagnant de l'IA, seront particulièrement scrutés, prévient d'ailleurs Société Générale CIB. Et la probabi-lité d'assister à une rotation sectorielle dans les portefeuilles est forte, rappellent Ostrum AM, Inter Invest ou Mirabaud Securities. Plusieurs secteurs pourraient en profiter : la santé, qui présente un profil défensif ; l'énergie, avec la volonté des pays producteurs de l'Opep de soutenir les prix du pétrole ; les valeurs intervenant sur le thème recherché de la transition énergétique ; ou encore les banques, qui pourraient profiter de la hausse des taux pour reconstituer leurs marges.

Une consolidation mais pas de chute

Au final, les stratégistes et les gérants interrogés attendent une consolidation de la Bourse, mais excluent, en l'état actuel, la perspective d'une chute compte tenu de la visibilité sur la politique monétaire américaine, la sous-pondération en actions de la part de beaucoup de grands fonds et la solidité attendue des résultats pour le deuxième trimestre. Selon eux, le CAC 40 pourrait terminer l'année entre 6 900 et 7 600 points, contre un peu plus de 7 300 points mercredi dernier et un peu moins de 6 500 points fin 2022. Il ne faut donc pas s'attendre à une poursuite de l'envolée boursière des derniers mois. Surtout avec autant d'investisseurs qui s'interrogent sur la capacité des entreprises à conserver leurs marges et sur les valorisations actuelles – certaines valeurs affichant des niveaux supérieurs à ceux d'avant la crise sanitaire malgré des primes de risque attrayantes pour les actions. Par ailleurs, les hausses de taux devraient finir par peser sur le financement des entreprises et conduire à des défauts de paiement ou des faillites.

Beaucoup de choses vont donc dépendre des politiques monétaires puisque, par exemple, une pause dans les hausses de taux de la part de la BCE pourrait favoriser une surperformance des obligations à court et moyen terme. Le regain de prudence qui gagne les investisseurs devrait néanmoins profiter aux emprunts d'État et au crédit de qualité tandis qu'un décalage dans les politiques de la Fed et de la BCE devrait faire baisser le billet vert... sauf crise majeure. Or sur ce dernier point, on ne peut exclure ni une nouvelle flambée des prix des denrées alimentaires, due par exemple à des conditions météorologiques défavorables, ni un regain de tensions géopolitiques. De quoi nourrir les craintes et la volatilité.

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