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Story de la semaine / Gestion d'actifs / 02/10/2023

Comment Tikehau révolutionne l'industrie de la gestion d'actifs

C'est un fait : Tikehau Capital bouscule le monde de la gestion d'actifs. Après avoir atteint les 20 milliards d'euros d'encours en 2018, puis les 30 milliards en 2021, la société fondée par Mathieu Chabran et Antoine Flamarion a annoncé avoir franchi la barre des 40 milliards d'euros d'encours au premier semestre, soit une progression de 14 % sur un an et un niveau record de collecte nette pour la période, avec 3,3 milliards d'euros levés. Le tout dans un environnement pourtant très difficile tant pour les marchés boursiers que pour le private equity. Une performance louable, surtout lorsque l'on se rappelle que les deux fondateurs sont partis quasiment de zéro en 2004. Et ce n'est pas terminé. Puisque, d'ici à 2026, ils visent les 65 milliards d'euros d'actifs sous gestion et pensent déjà aux 100 milliards. Leur méthode ? L'innovation constante pour être fidèles à leur devise : « Create, don't compete ».

Alignement d'intérêts

D'abord au sein du capital de Tikehau Capital Advisors (TCA, principal actionnaire de Tikehau Capital), où l'on compte la famille Arnault, via Financière Agache, mais aussi l'État de Singapour avec Temasek, et, depuis cette année, la deuxième plus grosse fortune belge, Alexandre Van Damme, président de Patrinvest, membre de la famille fondatrice du groupe AB InBev, peu connue en France mais très présente à l'international. Cependant, et c'est là que la société de gestion se distingue, 56 % de son capital est détenu par ses créateurs et salariés. Un alignement d'intérêts, plus impliquant que ce que l'on peut observer chez d'autres sociétés de l'industrie de la gestion d'actifs et que l'on retrouve, par exemple, au travers de ses investissements dans les SPAC lancés en partenariat avec Financière Agache, dont l'un a permis à Stéphane Courbit de faire coter en Bourse FL Entertainment.

Plus facile à l'international

Mais Tikehau Capital détonne aussi par son modèle de développement. Quand certaines boutiques françaises attendent d'avoir fait leurs preuves avant d'aller conquérir le reste du monde, Mathieu Chabran et Antoine Flamarion ont décidé, dès le début, de s'intéresser à l'international. Il faut dire qu'il leur a été plus facile de trouver des partenaires hors des frontières françaises, compte tenu de leur modèle économique disruptif. Pour preuve, si la Poste japonaise ou la Poste italienne travaillent aujourd'hui avec eux, d'aucuns constatent que le soutien apporté par certaines institutions financières françaises est moins significatif. Même constat avec les banques, Tikehau Capital ayant surtout des partenariats importants avec des institutions étrangères comme l'italienne Intensa SanPaolo ou l'espagnole Banca March.

Tikenau Capital a trouvé plus facilement des partenaires à l'international, compte tenu de son modèle économique disruptif.

Des œufs dans plusieurs paniers

Tous ces partenariats ont vite convaincu les dirigeants de Tikehau d'ouvrir des bureaux à l'étranger. En étant présente aujourd'hui dans 15 pays sur trois continents différents – le dernier bureau ouvert l'a été à Abu Dhabi –, la société limite ses risques en cas de crise locale. Surtout, cela lui permet de lever des fonds sur place en développant rapidement des relations avec des investisseurs locaux comme avec le Nycers (New York City Employee Retirement System) aux États-Unis, avec le Pensioenfonds Detailhandel aux Pays-Bas ou encore T&D Insurance Group au Japon. Et dans une tendance générale à la « démondialisation » et à la relocalisation industrielle, cette stratégie offre au groupe la possibilité d'identifier des opportunités d'investissements qu'elle n'aurait pu saisir si elle n'avait pas cette présence sur place. De fait, plus des deux tiers de sa collecte nouvelle proviennent aujourd'hui de l'étranger.

Un positionnement unique

Si c'est une chose que de collecter des encours, c'en est une autre que de défricher les placements d'avenir. Quand de nombreux asset managers se contentent de suivre les tendances, Tikehau Capital a souvent eu un coup d'avance sur ses concurrents. La société fut, pour mémoire, la première à s'intéresser à la dette privée au moment de la grande crise financière de 2008. Idem pour la transition énergétique. Tikehau Capital a aidé au financement du producteur d'énergie verte Quadran, via une émission d'obligations convertibles de 30 millions d'euros, dès 2014. Depuis, elle a monté d'ambitieux partenariats avec TotalEnergies, Unilever dans le domaine de l'agriculture régénératrice ou encore la foncière Altarea sur la dette immobilière.

Et une fois le secteur repéré, Tikehau Capital innove aussi par sa manière de lever des fonds. Elle a lancé, avec MACSF, Suravenir et CNP Assurances, des unités de compte permettant aux particuliers, au travers de leurs contrats d'assurance-vie, d'investir dans le private equity et la dette privée. En outre, il y a un an, la société a créé Opale Capital (45 millions d'euros collectés), sa propre plate-forme digitale destinée à offrir aux investisseurs privés, tels que des épargnants, des family office ou des institutionnels, l'accès à des fonds dans lesquels investir.

Un réservoir de talents diversifiés

Ce talent, l'entreprise le doit à sa capacité à savoir s'entourer de véritables professionnels dans les secteurs identifiés comme des cibles. Si, au fil des années, son conseil de surveillance s'est ouvert à ses partenaires, « afin de se nourrir des expériences de chacun », Tikehau Capital a aussi recruté, en interne, de redoutables experts. C'est le cas par exemple de Marwan Lahoud, fin spécialiste de l'aéronautique, qui a rejoint la société en 2018 et y préside aujourd'hui l'activité private equity, de Cécile Cabanis, venue de chez Danone et nommée en 2021 directrice générale adjointe de Tikehau Capital, en charge notamment de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises), ou encore de Pierre Abadie, directeur Climat qui a passé plus de seize ans chez TotalEnergies.

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