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Story de la semaine / Stratégie gagnante / 09/10/2023

Comment EssilorLuxottica est devenu un poids lourd du CAC 40  

Il existe des trajectoires comparables à des changements d'échelle. Notamment lorsqu'une capitalisation boursière est multipliée par 1,6 en cinq ans. De 46 milliards d'euros en octobre 2018, la valorisation d'EssilorLuxottica a progressé de 63 % sur la période pour atteindre près de 75 milliards d'euros dans les tout derniers jours. Installé à la 9e place du CAC 40, dans lequel il pèse plus de 3 %, le groupe à la gouvernance bicéphale – présidé par Francesco Milleri et codirigé par ce dernier et Paul du Saillant, le directeur général délégué, – a en effet certains atouts à faire valoir auprès des investisseurs.

La plupart de ses paramètres financiers se sont appréciés de 50 % entre 2018 et 2022. Les ambitions pour la suite sont en rapport : les prévisions de l'entreprise tablent sur une hausse de la marge d'exploitation de trois points à horizon 2026. Et, au fil des publications périodiques du groupe, elles apparaissent, selon les analystes financiers, être en bonne voie de se concrétiser. D'où vient ce potentiel de création de valeur ? Retour sur une stratégie méthodique menée dans la discrétion.

Les ressorts d'une fusion

Tout a débuté avec le rapprochement, en 2018, des entreprises française, Essilor, et italienne, Luxottica, fondée par le défunt Leonardo Del Vecchio. L'intention stratégique de la fusion était claire : combiner des expertises en verres optiques et en montures, afin de penser une compagnie « omnicanal » et à la chaîne de valeur complètement intégrée. De quoi créer un modèle d'affaires singulier sur un marché structurellement porteur, estimé à environ 115 milliards d'euros. Sur les 8 milliards d'individus qui peuplent aujourd'hui la planète, 2,7 milliards ne corrigent pas leur vision. Face au vieillissement de la population et aux évolutions des modes de vie, ce dit marché pourrait jusqu'à tripler de volume d'ici à 2050. Et ne compte qu'une poignée d'acteurs en son sein. Une aubaine pour le groupe, dont 75 % du chiffre d'affaires provient de ce besoin de bonne vision – le reste résultant des lunettes de soleil. La naissance d'EssilorLuxottica permettait ainsi d'afficher une mission bien précise : aider chacun à mieux voir et à mieux être.

Un modèle d'affaires singulier sur un marché structurellement porteur, estimé à 115 milliards d'euros.

Des synergies travaillées

Pour gagner son titre de leader mondial de l'optique, l'entreprise s'est donc attelée à développer un modèle d'affaires générateur de synergies. Il repose sur la proposition de solutions de santé visuelle, placées sous le signe de l'innovation technologique et teintées d'un vernis « mode » grâce aux montures et à un portefeuille de marques propriétaire ou sous licence reconnues. Et avec l'obsession de l'agilité, en essayant de se rapprocher au maximum d'un fonctionnement entrepreneurial au travers de strates hiérarchiques réduites.

Il y a donc, tout d'abord, l'intégration verticale complète. Le groupe couvre en effet l'ensemble du processus de création de valeur, de la recherche et développement (R& D) à la distribution, en passant par la production des montures (à l'instar de Ray-Ban et Oakley) et des verres (comme, par exemple, Varilux).

Pour renforcer certaines de ses activités, EssilorLuxottica recourt à l'intégration horizontale. En matière de distribution, notamment, il a opéré un mouvement stratégique supplémentaire à la suite de la fusion : celui de l'acquisition du réseau de distribution GrandVision, clôturée en 2021 pour un montant de 7,2 milliards d'euros. Grâce à cette transaction, la présence directe auprès des consommateurs, auparavant plus forte en Amérique du Nord, a été renforcée en Europe. Ce faisant, la croissance est mieux équilibrée. EssilorLuxottica sert désormais 300 000 clients indépendants et chaînes d'optique au travers de son segment professionnel. À côté de cela, ses 18 000 magasins et ses 75 bannières d'e-commerce s'adressent directement aux consommateurs. Chacune des activités représente environ la moitié du chiffre d'affaires.

Pénétrer de nouveaux marchés

L'entreprise ne saurait, pour autant, se développer sans un certain savoir-faire en matière d'innovation technologique cher à sa stratégie. Les annonces à ce sujet se succèdent. Avec, entre autres, en juillet dernier, celle de l'arrivée d'EssilorLuxottica sur le marché de l'audition. Toujours avec l'optique en fer de lance et avec sa propre unité de R & D, le groupe s'est aussi attaché les services de la start-up israélienne Nuance en réalisant son acquisition. Sa technologie permet de maîtriser simultanément les flux de huit microphones différents. L'intégration de cette solution auditive aux lunettes signées EssilorLuxottica, rendra possible, pour les malentendants, d'amplifier ou de pondérer directement les sons environnants au travers d'une application. Le tout grâce à un produit moins stigmatisant qu'un appareil auditif. Son lancement est prévu pour la fin de l'année 2024.

L'opération aura finalement été logique pour l'entreprise dont le partenariat avec Meta sur ses lunettes Ray-Ban, annoncé en 2021, l'avait déjà familiarisée avec l'auditif et convaincue de l'importance de l'électronique embarquée sur des solutions visuelles. La dernière génération du produit a été révélée à la fin du mois de septembre et permettra, notamment, de retransmettre, grâce à l'intelligence artificielle, le regard du porteur des lunettes sur les réseaux sociaux Instagram et Facebook par le biais de caméras et microphones intégrés. Et les fondamentaux de la stratégie restent clairs : l'intégration, puisqu'EssilorLuxottica fabrique le produit dans ses usines, et l'« omnicanalité », car il sera disponible dans les points de vente du groupe, chez ses opticiens partenaires et sur le site de Meta et de Ray-Ban.

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