Comment TotalEnergies met en œuvre son ambition électrique bas-carbone >
Pas une semaine ne passe sans que TotalEnergies annonce un nouveau projet en matière d'énergie renouvelable. Dernier en date : l'acquisition fin octobre de l'agrégateur allemand Quadra Energy, renforçant ainsi encore un peu plus le développement de ses activités dans l'électricité bas-carbone. En l'espace de cinq ans, la compagnie a su se transformer et si c'est en France que le groupe subit le plus de contestations, à l'étranger, il est considéré comme la major la plus engagée dans la transition énergétique par rapport à ses pairs, ExxonMobil ou Shell, qui se recentrent sur le pétrole et le gaz pour séduire les investisseurs.
Intégrer le top 5 mondialL'objectif de TotalEnergies est de devenir une entreprise multi-énergies produisant plus de 100 térawattheures d'électricité renouvelable d'ici à 2030, avec une production de 35 gigawatts (GW) d'électricité bas-carbone en 2025 (22 GW aujourd'hui) et de 100 GW en 2030, pour une capacité de stockage dans le monde fixée à 5 GW en 2025. Pour cela l'entreprise investit massivement. Depuis 2018, les investissements ont été multipliés par dix pour atteindre les 5 milliards de dollars cette année, soit 30 % de ses capex annuels. Certes, TotalEnergies réalise toujours aujourd'hui l'essentiel de ses profits dans les énergies fossiles, mais ceux-ci servent désormais son ambition d'intégrer le top 5 mondial des électriciens bas-carbone d'ici à 2030 (elle figure déjà dans le top 15) avec 50 % de ses ventes tirées de l'électricité, aux côtés des poids lourds du secteur dont c'est le métier d'origine.
Les investissements du groupe dans le renouvelable atteignent 5 milliards de dollars cette année.
Des hydrocarbures moins polluantsCette transformation, la compagnie est loin de l'avoir entreprise à marche forcée. Sa première incursion dans le renouvelable remonte à 2011, avec l'acquisition de la firme solaire californienne SunPower. Mais c'est en 2015, et l'arrivée de Patrick Pouyanné à la tête du groupe, que le virage vert est amorcé. Convaincu que, pour fournir une énergie propre, abordable et disponible, l'entreprise va devoir investir le champ du renouvelable, il commence à dessiner les contours d'une nouvelle stratégie, l'idée étant d'adapter la transformation de l'entreprise à la vitesse de transition de la société. C'est pour cela, d'ailleurs, qu'elle continue à produire du pétrole aujourd'hui, la consommation en 2023 s'élevant encore à 102 millions de barils.
Des hydrocarbures que TotalEnergies souhaite toutefois produire autrement, avec une réduction, d'ici à la fin de la décennie, de 90 % de méthane par rapport à 2010, mais aussi moins émettrice de CO pour 2 atteindre les 12 kilos par baril produit (elle en est déjà à 17 kilos quand la moyenne mondiale est à plus de 20), soit une division par deux d'ici 2030. C'est dans cette optique que le groupe a choisi de décarboner ses raffineries européennes en remplaçant l'hydrogène gris par de l'hydrogène vert ou bas-carbone, grâce à des partenariats stratégiques avec Engie, Air Liquide ou l'allemand VNG. Au total, ses émissions annuelles de CO seront réduites à hauteur de 5 millions de tonnes d'ici la fin de la 2 décennie. De quoi améliorer significativement son Scope 1 (émissions directes) mais aussi son Scope 2 (émissions indirectes liées aux énergies). Un bon point sur le chemin de la neutralité carbone en 2050.
Une activité dédiéeTotalEnergies a très tôt compris que pour devenir l'un des leaders du marché de l'électricité dans le monde, le groupe devait bâtir son propre outil, sans dépendre de ses partenaires. C'est cette conviction qui a conduit à une série d'acquisitions : Saft, pépite française de la conception et de la fabrication de batteries électriques, acquise en 2016 et Direct Energie pour la fourniture d'électricité aux particuliers en 2018. À cela il faut ajouter le partenariat avec Total Eren, producteur d'énergie renouvelable et pionnier de l'hydrogène vert à l'international, que le groupe a fini par racheter et intégrer cette année.
En parallèle, la branche Gas, Renewables & Power (GRP), qui comprend deux grands pôles, Gaz et Électricité, pilotée par Stéphane Michel, membre du comité exécutif, a vu le jour en 2016. Un second pilier stratégique qui est devenu plus visible lorsque l'entreprise a été choisie, en 2020, pour être le premier partenaire du Qatar dans la construction de sa centrale solaire d'une capacité de 800 mégawatts.
Insatiable sur la croissance verteDepuis, l'appétit de TotalEnergies ne cesse de croître. S'il ne fallait citer que quelques acquisitions, il y a le rachat de deux projets à SunChase Power, l'un portant sur un portefeuille de 2,2 GW dans le solaire, l'autre de 600 MW de stockage par batteries. À cela s'ajoute la prise de participation de 20 % dans Adani Green Limited (Agel), premier développeur solaire au monde de l'époque, auprès du groupe Adani, pour développer 45 GW de capacité d'énergies renouvelables en Inde d'ici à 2030. Un an plus tôt, TotalEnergies s'était associé avec GIG, filiale de Macquarie, pour produire 2 GW d'éolien offshore flottant en Corée du Sud. Dans le même esprit, il y a aussi la prise de participation de 51 % dans Seagreen 1 avec SSE Renewables.
Plus récemment, TotalEnergies a racheté 50 % de Clearway Energy Group, cinquième développeur américain de solaire et d'éolien. La compagnie a aussi signé une joint-venture avec Casa dos Ventos, leader du renouvelable au Brésil pour ajouter 12 GW à son portefeuille. Au total, sur les quatre dernières années, ce sont une trentaine de partenariats et une vingtaine d'acquisitions qui ont été réalisés.
Une capacité à séduire les meilleurs talentsAutant d'opérations de croissance externe qui doivent lui servir à faire de sa branche électricité une activité très lucrative avec 2 milliards de dollars de génération de cash-flow cette année, portée à 4 milliards de dollars à horizon 2028, pour une rentabilité de 12 % du capital.
Il lui reste désormais à trouver les équipes. Alors que son pôle dédié compte déjà 4 800 collaborateurs, le groupe en recrute actuellement 100 nouveaux par mois, dont 50 % venus de l'extérieur de la compagnie (Iberdrola, EDF, Engie, etc.). Tous sont experts du marché électrique, prouvant ainsi que le groupe n'éprouve aucun mal à sé-duire les meilleurs talents.