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Story de la semaine / Économie mondiale / 18/12/2023

Qu'attendre de 2024 ?

La vingtaine de mois venant de s'écouler s'est avérée particulièrement hostile pour l'économie mondiale. Elle a dû affronter, entre autres, les retombées du déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, la progression des prix à la consommation qui s'est affichée à un rythme inédit en quarante ans, le fort durcissement des coûts de financement ou encore les perturbations affectant les chaînes d'approvisionnement.

Une croissance économique poussive

Si les mesures prophylactiques liées à la lutte contre la crise pandémique sont derrière nous, certains des vents contraires qui soufflent depuis plusieurs trimestres devraient encore contrarier l'activité économique l'an prochain. D'après le Fonds monétaire international (FMI), l'augmentation du Produit intérieur brut (PIB) planétaire devrait s'établir à 2,9 % en 2024, soit un niveau relativement médiocre, après 3 % cette année. Il faut rappeler que la moyenne des deux décennies précédentes s'établissait à 3,8 %. Nombre d'experts avancent que le principal frein auquel la croissance sera confrontée est le resserrement monétaire conduit par l'ensemble des Banques centrales pour restaurer la stabilité des prix. Ses effets ne se sont pas encore pleinement répercutés dans l'économie réelle.

Les plus grosses économies du globe devront toutes assumer une baisse de régime.

Les plus grosses économies du globe devront toutes assumer une baisse de régime. C'est ainsi qu'aux États-Unis, la croissance du PIB devrait être limitée à 0,8 %, après 2,4 % en 2023, quand l'augmentation de l'activité économique chinoise devrait passer de 5,1 % à 4,5 % et celle du Japon de 2 % à 1 %, d'après les économistes de BNP Paribas. Pour ce qui est de la zone euro, le PIB des 20 pays partageant la monnaie unique pourrait croître de 0,3 %, après 0,5 % cette année, selon la banque Bar-

clays. La croissance du Royaume-Uni, quant à elle, devrait être de 0,4 % en 2024, contre 0,6 % en 2023, juge-t-on chez Oxford Economics.

L'inflation aussi va perdre de l'altitude

Si le ralentissement de la croissance n'est évidemment pas une bonne nouvelle, celui d'une autre variable clé l'est, lui, plutôt. En effet, les prévisionnistes sont unanimes : le rythme auquel les prix à la consommation augmenteront en 2024 va significativement diminuer. Il y a, d'un côté, l'apaisement de la situation sur le front des marchés de l'énergie, qui furent la première explication derrière l'envolée de l'inflation en 2022. Par ricochet, l'inflation alimentaire, elle aussi, sous l'effet de l'effondrement des prix à l'amont devrait fondre : l'indice FAO (mesuré par l'ONU) des prix alimentaires mondiaux a dégringolé de près d'un quart depuis le pic atteint au printemps 2022.

Les composantes les plus visqueuses de l'inflation, que sont les prix des produits manufacturés et ceux des services, devraient eux aussi croître à un moindre rythme en 2024, sous l'effet du ralentissement de l'économie. D'après l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'inflation des États-Unis devrait s'établir à 2,8 % alors qu'elle était de 3,9 % en 2023. Concernant la zone euro, l'institution basée à Paris mise sur hausse annuelle moyenne de 2,9 % des prix à la consommation, contre 5,5 % en 2023.

Des taux d'intérêt directeurs en baisse

Sans surprise, l'amélioration des perspectives d'inflation ne sera pas sans conséquence sur les décisions prises par les banquiers centraux. Alors qu'ils ont augmenté leurs taux d'intérêt directeurs de plusieurs centaines de points de base en l'espace d'une dizaine de mois, les grands argentiers ont décidé de ne plus les remonter davantage. Les Banques centrales n'ont eu de cesse d'insister sur le fait que terrasser l'inflation réclame de maintenir durablement les taux d'intérêt à un niveau élevé.

Elles attendent de constater les effets complets du resserrement de la politique monétaire sur l'inflation et d'être certaines que cette dernière fera son retour à un niveau compatible avec la cible imposée par leur mandat de 2 % par an. Si l'on en croit les marchés à terme, la Réserve fédérale américaine (Fed), dont le taux d'intérêt directeur se situe dans une fourchette comprise entre 5,25 % et 5,50 %, devrait amorcer son « pivot » lors du deuxième trimestre de l'année prochaine. Si bien que, d'ici à décembre 2024, une baisse totale de 75 points de base aurait plus de trois chances sur quatre de se produire, peut-on calculer grâce à CME FedWatch Tool.

Du côté du Vieux continent, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait commencer à baisser ses taux d'intérêt directeurs vers la fin de cet hiver, d'après les marchés. Là encore, trois diminutions de 25 points de base chacune du taux d'intérêt de la facilité de dépôt sont jugées probables sur l'ensemble de l'année à venir.

L'euro devrait continuer de progresser face au dollar

Après une année 2022 où il a connu une plongée vertigineuse face au billet vert, l'euro vient de vivre une période moins agitée ces derniers temps et le gain de près de 4 % qu'il a enregistré par rapport au dollar pourrait se poursuivre l'an prochain. C'est l'avis d'ING. Les économistes du bancassureur néerlandais escomptent une hausse de 7,5 % de la valeur de la monnaie unique, ce qui la ferait atteindre un niveau de 1,15 dollar fin 2024. C'est l'évolution de la situation aux États-Unis qui apparaîtra comme le facteur le plus important, en particulier la réponse de la Fed à un atterrissage marqué de l'économie américaine. L'institution de Washington déciderait de baisser les taux d'intérêt de 150 points de base à partir du deuxième trimestre, ce qui rendrait les actifs libellés en dollars moins attractifs. De l'autre côté de l'Atlantique, une lente désinflation provoquerait des baisses de taux à compter de l'été.

Dans l'un des quatre scénarios conçus par ING, l'euro progresserait de 15 % face au dollar. Pour que cela se produise, il faudrait observer, notamment, de très fortes destructions nettes d'emplois aux États-Unis, un plan de relance massif en Chine et une désescalade entre l'Ukraine et la Russie. l Yoann Defrance

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