Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / Intelligence artificielle / 18/03/2024

Ces pépites françaises qui ont convaincu les plus grands

D ans la course à l'intelligence artificielle (IA), la France se révèle une compétitrice sérieuse. Et pour cause : son écosystème est composé de cerveaux et d'entreprises déjà bien à l'aise en la matière. Maîtrisant des technologies avec des cas d'application concrets, certaines de ces sociétés séduisent des entreprises du CAC 40 jusqu'à l'État. Comment ces pépites françaises de l'IA ont-elles tiré leur épingle du jeu ?

Savoir être la seule bonne réponse

Lorsque Heuritech a été lancée en 2013 par deux docteurs en IA, rien ne prédestinait la start-up à évoluer dans le monde de la mode. Spécialistes des algorithmes d'apprentissage profond sur textes, Tony Pinville et Charles Ollion travaillaient sur des sujets bancaires et insti-tutionnels, lorsque Louis Vuitton a lancé un appel d'offres. Le maroquinier avait besoin de répondre à un problème de suivi sur les réseaux sociaux. Une compétition qu'Heu-ritech a remportée en faisant évoluer son offre vers un module de reconnaissance d'images. « C'est comme cela que l'entreprise s'est tournée vers la mode. À l'époque, Louis Vuitton était notre client sous forme de patronage », retrace la directrice de la mode et de la création de la société, Julie Pont. La solution se développe, pour devenir notamment capable de prédire les grandes tendances à venir. De quoi attirer l'attention de Dior, Moncler ou encore Adidas et New Balance grâce à une solution pensée pour cette industrie.

Certaines de ces sociétés spécialisées dans l'IA séduisent des entreprises du CAC 40 jusqu'à l'État.

Ce mécanisme s'observe aussi dans d'autres secteurs. C'est le cas dans l'immobilier chez Deepki. Partant du constat que ces acteurs n'avaient pas de visibilité sur leur consommation de CO et donc peu 2 de moyens pour établir une trajectoire zéro carbone, Vincent Bryant et Emmanuel Blanchet ont lancé en 2014 une plate-forme pensée pour fiabiliser l'information sur la transition environnementale et identifier les actions à mettre en place pour réduire l'impact climatique des bâtiments. Résultat : trois ans après, Deepki remporte un appel d'offres auprès de la Direction de l'Immobilier de l'État. Aujourd'hui, l'entreprise compte 500 clients dans 65 pays. Leader mondial de son secteur, son dirigeant, Vincent Bryant, observe que la concurrence s'est développée :

« Mais d'une certaine manière, c'est une bonne nouvelle. Cela veut dire que l'action contre le changement climatique s'accélère. »

Mettre l'IA au service d'une mission d'intérêt général est aussi ce qui a motivé la création d'Owkin, née il y a sept ans de la rencontre entre Thomas Clozel, ancien professeur assistant en hématologie clinique, et Gilles Wainrib, pionnier dans le domaine de l'apprentissage automatique en biologie et professeur à Normale Sup. « L'impact de l'application de l'IA à la biologie a été limité par la seule utilisation d'articles publiés ou d'analyses en éprouvette. Toute l'idée d'Owkin est d'appliquer l'IA aux données humaines », explique Alban de La Sablière, directeur général de la biotech.

Trouver (et fournir) de la donnée

Plus facile à dire qu'à faire, car les données sont conservées dans les laboratoires, des « Big Pharma », et dans les hôpitaux. Les premiers ne les partagent pas, tandis que les seconds ont besoin de s'assurer qu'elles restent privées et sécurisées. Owkin a donc mis en place un réseau d'hôpitaux et de centres de recherche à travers le monde (Stanford, Gustave Roussy, etc.). « La promesse est que les données ne seront jamais vendues ou partagées. Elles ne doivent même pas quitter l'hôpital pour être analysées. L'IA passe à travers le firewall, travaille et ressort avec des vecteurs mathématiques », explique le dirigeant d'Owkin. Des firmes pharmaceutiques comme Sanofi et BMS (également investisseurs) trouvent des réponses. Mieux : l'IA de la biotech génère des données supplémentaires, aidant les hôpitaux à améliorer la qualité et les chercheurs à publier des articles.

Cette proposition de création de données se retrouve aussi chez Deepki. Certes, les photos publiques des bâtiments permettent par exemple d'en détecter le pourcentage de surfaces vitrées pour calculer les déperditions d'énergie. Il y a les compteurs, aussi, concernant la consommation individuelle. Mais il arrive parfois qu'une journée de données manque, ou qu'un locataire refuse de les communiquer. Les algorithmes de Deepki bouchent ces trous en s'entraînant sur les données disponibles. Un spectre permettant aux clients de comparer leurs bâtiments au travers de l'index ESG de Deepki. « Ils nous ont même demandé de publier nos travaux. Pays par pays et selon le type de bâtiments, il est possible d'observer les consommations d'énergies primaires et de CO par mètre carré », se félicite Vincent Bryant. 2

Avoir un modèle d'affaires pertinent

Ces technologies vont de pair avec des modèles d'affaires agiles permettant d'être convaincants. Chez Deepki, la proposition s'organise en quatre temps : récupération et génération des données, structuration d'une stratégie de décarbonation, automatisation du reporting pour les investisseurs et mise en œuvre des actions. Le tout, accessible depuis une plate-forme unique où les clients peuvent suivre le déroulé des opérations, mesurer le retour sur investissement (en euro ou CO2) et où leurs prestataires sont informés des actions à effectuer. Chez Heuritech, les clients ont le choix entre un abonnement à la plate-forme, intégrer une interface à leur propre logiciel… et même la possibilité de développer leurs produits avec une équipe dédiée à la mode.

Owkin propose également des services diversifiés. Elle aide ses partenaires industriels à trouver de nouvelles cibles pour des maladies ou pour des protocoles existants en échec. Elle permet aussi aux entreprises pharmaceutiques d'optimiser le succès des essais cliniques en utilisant les données des patients et l'IA. Il existe de plus des diagnostics IA pour détecter des mutations ou des risques de récidive de cancer. Et, enfin, le développement de ses propres produits. Le tout avec l'aide d'une équipe de chercheurs et d'ingénieurs – eux-mêmes formés à la biologie. Owkin s'enorgueillit de projets réussis avec la majorité des grandes entreprises pharmaceutiques, de l'approbation de l'un de ses diagnostics et de 57 articles évalués par des pairs dans des revues scientifiques de premier plan. Cela prouve qu'une vision stratégique intégrée fait toujours ses preuves.

Précédentes Stories de la semaine