Sont-ils indispensables au soutien de l'innovation ? >
Si les fonds levés par le secteur du capital-risque français ont chuté de 38 % en 2023, il reste d'irréductibles investisseurs qui, d'année en année, misent des montants records : les business angels. L'an passé, ils ont injecté 73,7 millions d'euros dans 441 start-up, selon le rapport annuel de la fédération nationale de ces investisseurs, France Angels. Un nouveau plus haut historique, les plaçant sur la première marche du podium français du soutien à l'amorçage. Crise dans la Tech oblige : les opérations de refinancement sont montées en puissance. Une manière de soutenir les jeunes entreprises innovantes dans la tempête, tout en irriguant le reste de l'écosystème émergent de capitaux. Mais pas seulement. Qui sont ces business angels et pourquoi sont-ils un maillon essentiel au développement des start-up ?
Des conseillers avisésIl existe autant de business angels que d'appétences sectorielles ou de méthodes de travail. Mais ils ont en commun d'être d'anciens entrepreneurs ou issus d'entreprises. Christophe Courtin, connu pour être le plus actif d'entre eux en France – 3,2 millions d'euros investis en 2023 dans 27 jeunes pousses et une dizaine d'investissements réalisés depuis le début de l'année – en est l'illustration. À 26 ans, il crée une start-up, Santiane, premier courtier d'assurances en ligne. En 2015, il la revend à BlackFin Capital Partners. « Cela m'a permis d'avoir des liquidités pour investir. Venant du digital et étant passionné par l'entrepreneuriat et l'innovation, il m'est apparu naturel d'aider d'autres entrepreneurs après cette sortie réussie », explique-t-il. De fait, avoir des actionnaires issus du monde de l'entreprise permet aux start-up de bénéficier de conseils ou de contacts utiles à leur réussite. Comme le souligne Benjamin Bréhin, délégué général de France Angels : « Nous ne faisons pas des tirs uniques. En général, un business angels reste plusieurs années dans une entreprise et peut siéger à son comité stratégique. »
Les actionnaires issus du monde de l'entreprise permettent aux start-up de bénéficier de conseils utiles à leur réussite.
Savoir repérer les vraies pépitesLe soutien financier intervient au début, du pré-seed jusqu'à la série A. Des levées de fonds regroupées sous l'étiquette « early stage ». Puisque les business angels sont des particuliers ayant pour objectif de réaliser une plus-value en investissant leur propre patrimoine sur des dossiers à risque, autant choisir les plus prometteurs. Pour Benjamin Bréhin, la méthode s'articule en trois étapes. D'abord, les entrepreneurs doivent pouvoir donner une mise en perspective de leur projet sur le marché. Ensuite, ils doivent démontrer leur capacité à générer du revenu. « J'ai l'habitude d'expliquer aux fondateurs que le meilleur argent est celui de leurs clients, pas de leurs actionnaires », appuie-t-il. Enfin, le projet pour les investisseurs initiaux se doit d'être clair. La sortie s'opérera-t-elle plutôt auprès de fonds d'investissement ou d'industriels ? Le modèle économique a-t-il été créé pour que les fondateurs puissent racheter l'entreprise ? Des questions auxquelles les entrepreneurs désireux d'attirer des business angels se doivent d'avoir des réponses.
D'autant que ces investisseurs sont très sollicités. Christophe Courtin reçoit par exemple plus de 1 000 dossiers par an et investit dans 15 à 20 d'entre eux, pour un ticket moyen de 175 000 euros. S'il a eu l'habitude de financer des acteurs de l'adtech, de la cybersécurité, de la deeptech et de l'impact social, il se concentre, depuis fin 2023, sur les proptech, un secteur voué, selon lui, à être le plus porteur d'ici à 2030. Son passé d'entrepreneur lui permet de détecter les facteurs clés d'un succès et de miser sur des start-up menées par les dirigeants les plus aptes. Comme pour bon nombre de business angels, ce n'est pas son seul métier. Il dirige des activités immobilières en parallèle. « Cela reste passionnant et me permet d'être à l'avant-garde, de pouvoir intégrer des innovations à mes différentes sociétés lorsque je les juge intéressantes », relève-t-il. Son véhicule Courtin Investment a parié sur une centaine de start-up, dont certaines ont connu des trajectoires remarquées, à l'instar de Yuka utilisé par 17 millions de Français, du spécialiste du quantique Alice & Bob, des cryptoactifs Ledger ou encore de l'intelligence artificielle en 3D Nfinite, qui a levé 100 millions de dollars en 2022.
Un écosystème fédéréIl faut dire que la structuration de l'écosystème a aussi joué son rôle dans l'émergence de ces investisseurs constituant une rampe de lancement pour l'innovation française. France Angels réunit désormais plus de 5 500 business angels et 64 réseaux territoriaux, sectoriels ou thématiques qui permettent d'échanger des dossiers, des avis et des bonnes pratiques. Surtout, la fédération représente les intérêts de ces investisseurs auprès des décideurs publics et privés. D'autres réseaux d'investisseurs ou programmes d'accompagnement côtoient l'association, comme Angelsquare ou Wesprint. Dans tous les cas, le but reste le même : soutenir les start-up au stade de l'early stage. Un terrain demandeur de renfort financier et peu pratiqué par les investisseurs institutionnels. La puissance publique s'attache toutefois à s'y installer, au travers du plan France 2030 et de Bpifrance, très présente sur la thématique. Faire office de levier auprès du marché rapproche cette banque publique des business angels. France Angels estime que l'effet multiplicateur de la mise de ses membres auprès d'investisseurs tiers est de trois. Et encore, il ne s'agit que des fonds propres. Du côté de la dette bancaire, il peut atteindre le double.