Où en est le Fonds stratégique de participations ? >
En 2012, BNP Paribas Cardif, CNP Assurances, Crédit Agricole Assurances et Société Générale Assurances décidaient d'unir leurs forces dans un véhicule d'investissement : le Fonds stratégique de participations (FSP). L'actionnariat s'est depuis élargi, avec BPCE Assurances, Groupama et Suravenir. C'est ainsi que les sept grands assureurs français se sont installés d'une voix commune au capital d'entreprises françaises. L'occasion de faire un point d'étape sur les investissements de ce fonds et de revenir sur son utilité.
La genèseLe sujet est connu. L'épargne française n'est pas assez orientée vers le financement de l'économie réelle. Attaché à cette question, l'économiste Jean-Hervé Lorenzi insuffle, il y a quelques années, l'idée d'une structure qui mobiliserait des fonds privés sur le long terme dans une visée d'intérêt général. Plusieurs assureurs manifestent alors leur intérêt à créer un véhicule qui leur permettrait d'investir ensemble, tout en bénéficiant du traitement réglementaire applicable aux participations stratégiques. Le FSP est né de cette idée simple mais cruciale.
Abrité dans un premier temps chez Edmond de Rothschild, il prend son indépendance fin 2019 à travers la création d'Isalt, à qui le mandat de gestion est transféré. Le fonds pesait alors plus de 2 milliards d'euros. « Les compagnies d'assurances actionnaires souhaitaient que leur action ait davantage de visibilité auprès des entreprises françaises. Le fait de créer une société de gestion dédiée permettait de l'accroître tout en réduisant les circuits de décision », explique la directrice générale d'Isalt, Patricia Salomon. La société est adossée à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), qui détient 39 % de son capital, non pas pour assurer une mission particulière, mais parce que la CDC est un investisseur de long terme et que le développement des entreprises s'inscrit dans sa feuille de route, souligne la dirigeante : « C'est un bon moyen de compléter l'action publique en sollicitant des capitaux privés pour financer les transitions environnementale et technologique. »
Mobiliser des fonds sur le long terme dans une visée d'intérêt général.
La missionÀ date, le portefeuille du FSP pèse environ 2,1 milliards d'euros et comprend 10 participations dans des sociétés très diverses : Seb, Arkema, Eutelsat, Tikehau Capital, Elior, Neoen, Valeo, Believe, Soitec et Verkor. Son ADN consiste à repérer des entreprises championnes dans un domaine stratégique, aux leviers de création de valeur identifiés, et d'y investir un ticket supérieur à 100 millions d'euros en moyenne. Le tout sur cinq à douze ans, pour une détention de capital allant de 4 à 10 %. Chaque investissement est logé dans un compartiment propre, permettant aux assureurs d'y contribuer en fonction de leur appétence sectorielle ou de leur politique d'investissement. De plus, le FSP obtient un siège au conseil d'administration, de surveillance ou dans les comités spécialisés. Le but du FSP, rappelle le président d'Isalt, Nicolas Dubourg, est de « porter les transitions essentielles au travers du financement, consolider et stabiliser le capital des sociétés et contribuer aux bonnes pratiques de gouvernance ». Côté financement, en témoigne la contribution du FSP au tour de table record de Verkor en septembre dernier, entreprise spécialisée dans les batteries électriques bas carbone et dont l'usine à Dunkerque devrait être opérationnelle d'ici à 2025.
En témoigne aussi le rapprochement entre Zodiac et Safran en 2018, ayant permis de créer le deuxième équipementier mondial aéronautique. Entré au capital du premier en 2015, le fonds a cédé sa participation dans Safran fin 2022 pour plus de 350 millions euros. Il s'agit pour l'instant de sa seule réalisation complète. « Nous le faisons quand nous considérons que nous avons réalisé une bonne performance et que la mission est terminée », relève Nicolas Dubourg.
Pour le choix des administrateurs, le FSP sélectionne des professionnels extérieurs en fonction de leur parcours et de leurs expertises. Ils sont liés à Isalt par un mandat. Récemment, la présence de Cécile Frot-Coutaz au sein du comité de Believe confirme leur utilité, en ce qu'il aura permis de soutenir les objectifs stratégiques de l'entreprise et de protéger ses actionnaires minoritaires du fait du maintien de sa cotation. Le fruit d'un travail de dialogue notamment mené entre le comité ad hoc et le consortium d'investisseurs désormais détenteur de 72 % du capital du spécialiste des services numériques de distribution musicale.
Le « petit frère »La mécanique est rodée et porte ses fruits, si bien qu'en 2023, le concept a été dupliqué à un nouvel outil : le Fonds stratégique des transitions (FST). Un lancement poussé par les assureurs présents au FSP – actionnaire de référence du FST – et qui vise cette fois à soutenir les PME et ETI d'innovation, avec un angle particulier sur l'industrie et la décarbonation. « Nous choisissons des entreprises qui ont des besoins de financement pour accélérer le déploiement de leurs capacités productives, prêtes à passer l'échelle », indique Nicolas Dubourg.
Labélisé Tibi 2, le FST a investi chez le spécialiste de la surveillance et de l'observation maritime depuis l'espace Unseenlabs, le producteur de protéines végétales Intact et la medtech Tissium. « La technologie va de pair avec la nouvelle industrie. Cette thèse d'investissement nous rend toutefois spécifiques », observe Patricia Salomon. Le premier closing du FST a été réalisé en mai dernier. À hauteur de 130 millions d'euros, il a réuni la CDC, le FSP, CCR et Covéa. Un deuxième est en train d'être finalisé et ne devrait pas tarder à être annoncé.