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Story de la semaine / Marchés européens / 13/05/2024

Les Granolas font grimper les indices

Quels sont les points communs entre les Granolas – ce panier de onze valeurs européennes lancé par Goldman Sachs il y a quatre ans – et la recette inventée par le docteur Jackson dans les années 1860 et popularisée par le célèbre John Kellogg, créateur du groupe éponyme ? Tous deux sont composés d'ingrédients à la fois très divers et de grande qualité. D'un côté, on trouve des leaders dans leurs secteurs : GlaxoSmithKline, Roche, ASML, Nestlé, Novartis, Novo Nordisk, L'Oréal, LVMH, Astrazeneca, SAP et Sanofi. De l'autre, il s'agit d'un mélange de céréales complètes et de graines. L'un et l'autre ont été conçus comme des antidotes. Les premiers, pour contrer la domination des actions américaines dans les décisions d'investissement. Les secondes, afin de fournir une alimentation saine aux enfants. Le succès de ces Granolas boursières, notamment comme alternatives aux sept merveilleuses américaines ou M7 (Amazon, Apple, Alphabet, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla), n'a pas été démenti. Elles continuent d'aiguiser les appétits des investisseurs étrangers pour les marchés européens.

Une diversité heureuse

Contrairement aux M7, toutes actives dans le domaine des technologies, les Granolas représentent plusieurs secteurs économiques (pharmacie, grande consommation, luxe, électronique). Cette diversité de profils complémentaires constitue un facteur de résilience face aux phases de ralentissement économique. Mais, au-delà de leur diversité sectorielle, elles présentent des caractéristiques communes. La première d'entre elles réside dans leur capacité à aller chercher de la croissance quelle que soit la conjoncture. Internationaux, ces groupes ne dépendent pas, ou peu, de leur marché domestique ou de la croissance européenne. Moins de 20 % de leurs revenus sont réalisés dans le Vieux Continent. Ils tirent parti de leur exposition à toutes les régions du monde. Autre avantage : leur position dominante sur leurs marchés de référence respectifs, qui leur permet de répercuter les hausses de coûts sur leurs tarifs et leur donne un pouvoir de fixation des prix décisif.

Une croissance hors norme

Pour Paul Merle, gérant de La Financière de l'Échiquier, « la clé est la visibilité des Granolas, qui tient à leur leadership financier, mais aussi à leur notation extra-financière souvent exemplaire. Leur gouvernance, leur respect des enjeux environnementaux et sociaux les immunisent contre les crises ». Ces entreprises sont très rentables, affichant des marges opérationnelles élevées (51,4 % pour ASML, plus de 40 % pour Novo Nordisk et 26,5 % pour LVMH en 2023). Depuis la crise financière de 2008, les bénéfices des Granolas ont augmenté de 200 %, alors que ceux du reste du marché n'ont augmenté que de 10 %, selon les données de Goldman Sachs. « Un portefeuille qui aurait ignoré les Granolas aurait difficilement surperformé le marché », relève Guillaume Jaisson, responsable de l'équipe de recherche de Goldman Sachs à l'origine du concept de Granolas. « Sur la seule année 2023, leurs bénéfices ont progressé de 15 % contre 0 % pour le Stoxx Europe 600. Les Granolas ont représenté la majorité des gains réalisés par l'indice l'année dernière. »

Depuis la crise financière de 2008, les bénéfices des Granolas ont augmenté de 200 %.

Enfin, ces entreprises ont un bilan solide, avec peu ou pas d'endettement et une importante trésorerie ; deux atouts qui leur ont permis de limiter l'impact de la hausse des taux d'intérêt. « Nous voulions dé-montrer que l'Europe a changé depuis le début des années 2000, quand les pétrolières et les bancaires dominaient la cote. Le Vieux Continent a aussi des entreprises de qualité, qui font aussi bien que les mastodontes américains », insiste Guillaume Jaisson. Depuis janvier 2021, selon la banque d'investissement américaine, le rendement total des Granolas a crû de plus de 60 %, soit au même niveau que les sept merveilleuses.

Des champions boursiers

Les Granolas ont été sélectionnées sur le critère de leur capitalisation boursière. Elles occupaient, en mars 2020, les premières places du Stoxx 600. Seule une poignée de groupes européens affichaient une capitalisation boursière de plus de 200 milliards d'euros, alors que certains des GAFAMs, ancêtres des M7, dépassaient déjà le cap des mille milliards de dollars de valeur. Aujourd'hui, avec 420 milliards de dollars de valorisation, LVMH tient la deuxième place derrière le laboratoire pharmaceutique danois Novo Nordisk (543 milliards) et devant le fabricant de semi-conducteurs ASML (354 milliards). La visibilité boursière de ces « super-capitalisations » est un gage de liquidité pour les investisseurs étrangers rebutés par la faiblesse des échanges quotidiens sur les marchés européens . Cet avantage concurrentiel par rapport à d'autres valeurs de croissance européennes se double d'un argument de poids : la relative décote par rapport aux M7, qui affichent un ratio cours sur bénéfice (40 fois) de 30 % supérieur à celui des Granolas.

La cohorte européenne offre également des dividendes attrayants, avec un rendement supérieur à 2,5 % par rapport à leurs compétitrices américaines. Un niveau moins élevé que la moyenne du Stoxx 600 et que celui des groupes bancaires ou pétroliers mais qui devrait croître selon les estimations de Goldman Sachs. La banque d'investissement mise sur la capacité des Granolas à augmenter leur taux de distribution. Cet optimisme se justifie par des perspectives de croissance des ventes des Granolas de 7 % jusqu'en 2025 (contre 2 % pour le Stoxx 600). Ces leaders, qui ont contribué en 2023 à 60 % de la performance du Stoxx 600, dont ils représentaient 20 %, devraient donc dynamiser la croissance des marchés européens en 2024 et au-delà.

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