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Story de la semaine / Royaume-Uni / 03/06/2024

Comment le Labour veut reconstruire l'économie

La tenue d'élections générales anticipées le 4 juillet prochain au Royaume-Uni, convoquée par le Premier ministre Rishi Sunak, signe un probable retour au pouvoir du parti travailliste qui devance de plus de 20 points son rival conservateur dans les sondages. C'est donc un Labour recentré, depuis l'arrivée à sa tête de Keir Starmer en 2020 – à la suite du très à gauche Jeremy Corbyn –, et résolument « pro business  » qui s'apprête à retrouver le perron du 10 Downing Street pour la première fois depuis quatorze ans. En effet, l'incapacité des gouvernements conservateurs successifs à redresser la barre ces dernières années – notamment sur le plan économique – semble avoir détourné les électeurs, lassés par la baisse du pouvoir d'achat, le déclin des services publics, la hausse des inégalités ou encore la crise du logement. Selon un sondage YouGov, la crédibilité économique des Tories s'est effondrée depuis mars 2020, passant de 47 % d'opinions favorables à seulement 20 % aujourd'hui. Dans le même temps, le nombre de Britanniques faisant davantage confiance au Labour pour gérer l'économie a pratiquement doublé, passant de 14 % à 27 %.

La philosophie des « securonomics » remet au goût du jour un État actif dans l'accompagnement de la stabilisation de l'économie.

Un programme novateur

Fort de ce gage de confiance relatif sur des sujets traditionnellement favorables aux conservateurs, le camp travailliste entend convaincre les électeurs avec un programme économique sérieux et crédible qui promet de s'attaquer à l'insécurité sociale. Au cœur du projet travailliste, on trouve les « securonomics », pendant britannique de « l'économie moderne de l'offre » (formule de Janet Yellen, ministre des Finances américaine) menée par l'administration Biden aux États-Unis. Une philosophie plutôt qu'une liste de mesures concrètes, les « securonomics » remettent au goût du jour un État actif dans l'accompagnement de la stabilisation de l'économie, censée favoriser l'investissement, la croissance et l'emploi. Rachel Reeves, chancelière de l'Échiquier fantôme (et future ministre des Finances), défend ainsi « une approche qui construit la croissance sur des fondations solides et sûres », arguant que la stabilité constitue « la condition la plus fondamentale pour la sécurité économique ». Concrètement, Rachel Reeves souhaite renforcer l'autorité du Bureau pour la responsabilité budgétaire (OBR), organisme indépendant en charge du contrôle des dépenses publiques, en édictant des règles plus strictes. Son parti s'engage également à tenir un budget équilibré et à réduire la dette en pourcentage du PIB, en excluant toutefois les dépenses d'investissement du calcul.

Pas de hausse d'impôts

Plus surprenant, les travaillistes n'envisagent pas d'augmenter les impôts sur la fortune. Il n'est pas question non plus de taxer davantage les entreprises, puisque le Labour s'engage à plafonner l'impôt sur les sociétés à son taux actuel de 25 % – le plus faible du G7. Ce choix s'inscrit dans la stratégie du parti dirigé par Keir Starmer qui cherche à relancer l'investissement des entreprises –« élément vital de la croissance »– alors que la Grande-Bretagne connaît des niveaux d'investissement inférieurs à 20 % de son PIB. Rachel Reeves rappelle néanmoins le « rôle crucial » de l'État en la matière. L'investissement public sera assuré par le Green Prosperity Plan du parti travailliste. Inspiré de l'IRA américain (Inflation Reduction Act), ce grand plan en faveur de la transition écologique, dont les moyens ont toutefois été nettement revus à la baisse, vise à réduire les risques pour favoriser l'investissement privé dans les technologies émergentes. Il prévoit notamment la création d'un fonds souverain de 7,3 milliards de livres sterling chargé d'investir dans les technologies vertes et la décarbonation. Il dessine aussi les contours de la Great British Energy, une nouvelle société de production d'énergies renouvelables et nucléaire, qui entrerait en concurrence avec les acteurs privés déjà présents sur le marché britannique.

Une gauche réformatrice

Le Labour affiche également sa volonté de réformer en profondeur le pays pour stimuler la productivité, redynamiser l'activité et favoriser une croissance partagée. Système de planification, services publics, marché du travail, gouvernance, etc., sont au centre des préoccupations travaillistes. Une fois au pouvoir, le parti compte ainsi faciliter l'accession à la propriété en introduisant de nouveaux objectifs locaux qui permettront la construction de 1,5 million de logements neufs. Pour combattre les inégalités régionales, Rachel Reeves affirme vouloir œuvrer en faveur de la décentralisation en confiant davantage de pouvoir économique aux dirigeants locaux. Dans le même temps, elle entend lutter contre l'extrême flexibilisation du marché du travail au Royaume-Uni en supprimant les contrats « zéro heure », par lesquels un salarié doit rester à la disposition de l'employeur sans que ce dernier soit soumis à l'obligation de lui fournir une durée de travail quelconque.

Enfin, l'opposition travailliste espère récupérer jusqu'à 5 milliards de livres sterling par an d'ici à la fin de la prochaine législature en organisant la chasse à l'évasion fiscale. Un montant bien plus optimiste que celui du camp conservateur, qui prévoit de ne récupérer qu'un milliard, et qui devrait notamment servir à financer les engagements du Labour envers le National Health Service (NHS) et les clubs de petit-déjeuner à l'école primaire. S'il reste encore certains pans du programme à détailler, Keir Starmer, Rachel Reeves et tout le parti travailliste derrière eux avancent avec de la suite dans les idées et la volonté de changer les choses. Aujourd'hui, rien (et certainement pas les conservateurs) ne semble être en mesure de les empêcher de mettre ces idées en application à partir du 4 juillet prochain.

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