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Story de la semaine / Allemagne / 02/09/2024

Pourquoi la croissance est atone outre-Rhin

Malade, fatiguée ou vieillissante… Le constat est le même : locomotive de la zone euro dans les années 2010, l'Allemagne est au-jourd'hui l'une de ses lanternes rouges. Le redémarrage de la croissance fait figure de vœu pieux pour la plus grande économie d'Europe, qui s'enlise dans le marasme. En repli de 0,1 % entre le premier et le deuxième trimestre, contre un gain de 0,2 % sur les trois premiers mois de l'année, le PIB patine et le risque de stagnation – voire de récession – ressurgit, alors que l'économie allemande s'était contractée de 0,3 % en 2023. Seules la Hongrie, la Lettonie et la Suède font pire parmi les pays membres de l'Union européenne. Au printemps, le « Conseil des sages », un groupe de cinq économistes en charge de conseiller le gouvernement fédéral, avait déjà révisé ses prévisions de croissance, abaissées à 0,2 % pour 2024, contre 0,5 % auparavant.

Impuissante, la coalition au pouvoir peine à apporter une réponse probante. « Les mesures prises jusqu'à présent ne suffisent pas à surmonter les taux d'intérêt élevés, le manque de demande étrangère, mais aussi les problèmes structurels que nous avons en Allemagne », concède Robert Habeck, le ministre écologiste de l'Économie.

« Made in Germany » en berne

Les ingrédients du miracle économique sont inopérants. Moteur historique de la croissance en Allemagne, l'industrie endure de plein fouet la concurrence chinoise, en même temps que la baisse de la demande du géant asiatique, à l'image des fleurons de l'automobile, comme Mercedes ou BMW, pénalisés par le ralentissement du plus grand marché intérieur au monde. Au premier semestre, la Pologne a même délogé la Chine de la quatrième place des destinations à l'export outre-Rhin, juste derrière les États-Unis, la France et les Pays-Bas.

En 2024, la production industrielle recule de 1,3 % au 30 juin et les exportations chutent de 6,2 % au premier semestre.

Le secteur manufacturier, gourmand en énergie, souffre des prix élevés de l'électricité. Il enregistre aussi une diminution du carnet de commandes malgré la hausse de 3,9 % des nouvelles commandes sur le mois, largement insuffisante pour compenser les mauvais chiffres consignés depuis le début de l'année. Résultat, la production industrielle recule de 1,3 % d'un trimestre sur l'autre au 30 juin der-

nier, tandis que les exportations chutent, elles, de 6,2 % au premier semestre 2024, par rapport à la même période de l'année passée, selon l'Office fédéral des statistiques (Destatis).

« La production industrielle n'a pas redémarré, les exportations ont flanché et les commandes dans le secteur manufacturier sont restées au point mort », résume Martin Wansleben, président de la chambre de commerce et d'industrie. Un pessimisme partagé par l'ensemble du milieu économique, comme l'illustre la nette dégradation – la plus marquée depuis deux ans – de l'indice ZEW du moral des investisseurs en août, à 19,2 points soit 22,6 points de moins qu'en juillet.

Construction à la traîne

À cela, se greffe aussi la crise du bâtiment que traverse l'Allemagne. Le secteur de la construction, plombé par l'immobilier résidentiel, enregistre une chute de 21,5 % du nombre d'autorisations de travaux sur les cinq premiers mois de l'année, selon les statistiques fédérales. Les taux encore élevés, l'envolée du coût des matériaux et la grave pénurie de main-d'œuvre ternissent les perspectives du BTP, d'après la Fédération des industries de la construction (HDB), qui envisageait, en juin dernier, une contraction du secteur de l'ordre de 4 % en 2024.

En conséquence, le BTP figure en bonne place, derrière les transports, parmi les secteurs les plus touchés par la remontée en flèche des défaillances d'entreprises, au plus haut depuis juin 2016. Si, dans l'absolu, leur nombre (1934 en mai) ne détonne pas de la moyenne des vingt-quatre dernières années, leur hausse témoigne, en revanche, de l'effacement progressif du soutien du gouvernement depuis la mi-2022, malgré l'absence d'amélioration flagrante de la situation économique.

En plus de simples facteurs conjoncturels, l'Allemagne souffre également de plusieurs difficultés structurelles, communes à de nombreuses économies européennes, qui entravent plus durablement sa croissance potentielle. Parmi elles, le vieillissement de la population qui réduit la main-d'œuvre disponible, l'érosion de la base industrielle ou le déclin de la productivité, que seules des réformes en profondeur sauraient contrarier. Plus facile à dire qu'à faire, même si Berlin essaye de s'attaquer au problème par tous les moyens.

Motifs d'espoir

Au début de l'été, le gouvernement d'Olaf Scholz a dévoilé une série de mesures censées garantir un demi-point de PIB supplémentaire en 2025. Un plan de soutien à la croissance ambitieux au regard des résultats décevants depuis la pandémie de Covid-19. La chancellerie envisage, pêle-mêle, des baisses d'impôts pour les travailleurs étrangers qualifiés, des incitations fiscales pour encourager l'investissement privé, ou encore une simplification des procédures pour lutter contre la bureaucratie. Un effort bienvenu mais encore insuffisant juge, en substance, la Fédération de l'industrie allemande (BDI).

À court terme, le salut pourrait provenir des ménages, dans un contexte de recul global de l'inflation (2,3 % en juillet sur un an), accompagné par un assouplissement prudent de la politique monétaire depuis juin. La hausse record des salaires réels – de 3,8 % au premier trimestre sur un an (Destatis)– devrait favoriser le rebond de la consommation privée, malgré des taux d'épargne encore élevés. Une tendance amenée à se poursuivre, en attendant de plus amples baisses de taux et la reprise de la demande mondiale, prévues pour 2025.

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