Comment les 27 veulent donner du souffle à l'Europe >
Ursula von der Leyen retarde le départ du nouveau cycle institutionnel. En reportant à demain la présentation de la liste de noms destinée à composer le futur exécutif européen, la présidente de la Commission espère former une équipe plus à son goût, capable de l'accompagner dans la mise en œuvre de grandes réformes nécessaires au redressement d'une Europe en déclin. Ambitieux, le plan stratégique adopté fin juin par les Vingt-Sept place la compétitivité au cœur de l'agenda politique européen des cinq prochaines années. Un tournant impulsé par un Parlement dont le centre de gravité penche encore un peu plus à droite depuis les élections de juin. Les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), première force politique à Strasbourg, dont est issue Ursula von der Leyen, font notamment pression pour appliquer avec plus de prudence le Pacte Vert, ce projet phare de la précédente législature destiné à rendre l'Union européenne (UE) neutre en carbone d'ici à 2050. Sans le renier, la présidente de la Commission souhaite ainsi l'appliquer « avec pragmatisme » pour rassurer son camp.
Le nouveau cadre stratégique européen 2024/2029 entend replacer le Vieux Continent au cœur de l'échiquier mondial et combler le retard économique et technologique accumulé ces dernières années face à la Chine et aux États-Unis, avec lesquels l'écart en termes de PIB aurait presque doublé, selon la Banque mondiale, passant de 17 % à 30 % en vingt ans. Pour cela, il entend remodeler un environnement jugé instable et incertain, défavorable aux entreprises européennes, affaiblies par la perte de productivité, le manque d'innovation, la concurrence déloyale accrue, la hausse des prix de l'énergie, la fragmentation de l'économie mondiale, etc.
La volonté d'assouplir le carcan des règles de la concurrence semble faire son chemin.
Nouvelle politique de la concurrenceLargement inspirées des rapports d'Enrico Letta, au printemps, et de Mario Draghi sur la compétitivité de l'UE – présenté en grande pompe lundi dernier à Bruxelles –, les solutions avancées par la Commission forment un ensemble de mesures disparates censé redonner un nouvel élan à l'économie européenne, dont les perspectives de croissance ne sont guère réjouissantes (0,8% en 2024, puis 1,4 % en 2025 pour la zone euro). Il s'agit notamment d'élargir le marché unique à des secteurs tels que les services, l'énergie, la défense, la finance ou encore les communications et le numérique.
La volonté d'assouplir le carcan des règles de la concurrence, jugées trop restrictives, pour favoriser l'émergence de « champions » européens dans les nouvelles technologies, capables de mieux résister à la concurrence internationale, semble faire son chemin. Bruxelles envisage ainsi de ne plus caractériser une situation de monopole par rapport au marché européen mais plutôt à l'échelle mondiale. Une décision qui irait de pair avec la diffusion de directives sur les marchés publics pour donner la préférence aux produits européens dans certains secteurs stratégiques encore inconnus.
En parallèle, Bruxelles entend s'attaquer à la bureaucratie par la simplification des charges administratives qui pèsent sur les entreprises. Cela passerait, entre autres, par la création d'un nouveau statut juridique à l'échelle de l'UE – dit « 28e régime », au-delà des 27 régimes nationaux actuels – pour que les entreprises puissent bénéficier d'un ensemble de règles communes et harmonisées, ce qui n'est pas com-plètement le cas aujourd'hui. Un pas supplémentaire vers une véritable souveraineté économique.
Investissements massifsLa Commission communique également sur la création d'un nouveau Fonds européen pour la compétitivité afin de financer des « projets communs et transfrontaliers » dans les technologies de pointe (IA, espace, biotechnologies, etc.). Dans la même veine, l'exécutif européen promet une initiative sur les « fabriques d'IA », pour démocratiser son accès auprès des entreprises et encourager ses applications industrielles.
Les montants envisagés devront être assez importants pour répondre aux attentes et accrocher des résultats significatifs, alors que Bruxelles pousse pour renforcer le budget européen, qui dépasse à peine 1 % du PIB des Vingt-Sept, dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel. Selon la Commission, l'achèvement de l'union des marchés de capitaux générerait également 470 milliards d'euros d'investissements supplémentaires par an. Mais les réticences de certains États membres, soucieux de préserver leur attractivité, freinent le projet.
Face à ces réserves, Mario Draghi penche plutôt pour un emprunt commun sur le modèle du plan de relance post-Covid. Celui-ci devrait alors permettre de financer une bonne partie du montant d'investissement « massif et sans précédent », de l'ordre de 750 à 800 milliards d'euros par an, soit plus de 4 % du PIB de l'UE, nécessaire à l'Europe pour lui permettre de rester dans la course et lui éviter une « longue agonie ». Mais, là encore, les difficultés sont nombreuses : la montée du populisme, la division et l'attentisme de la coalition allemande, mais aussi l'affaiblissement du poids politique de la France, pourtant à l'initiative dans le domaine, sont autant d'obstacles au redressement de l'économie européenne et donc de raisons de redouter l'immobilisme face à ce « défi existentiel ».