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Story de la semaine / Chine  / 07/10/2024

Le pouvoir au secours d'une économie contrariée

Une succession de nouvelles économiques décevantes semble avoir décidé Pékin à agir. Réunis mi-septembre en bureau politique, sous l'égide de Xi Jinping, les cadres du Parti ont dévoilé des mesures destinées à relancer la croissance de la deuxième plus grande économie mondiale, qui menace de sombrer en deçà de l'objectif officiel de 5 %, après une reprise post-Covid moins robuste que prévue. Un programme de relance par la dépense publique, en rupture avec l'austérité des dernières années, qui doit venir compléter l'assouplissement monétaire dévoilé un peu plus tôt par la Banque populaire de Chine (BPC).

Pénalisée par la crise immobilière, le chômage élevé des jeunes et la persistance de pressions déflationnistes, entretenues par une demande intérieure déprimée, les surcapacités de production, la moindre progression des salaires ou encore la baisse des prix des matières premières, la Chine donne l'image d'une économie profon-dément déséquilibrée, partagée entre les bonnes performances des groupes tournés vers l'export, soutenus par une politique industrielle agressive, et l'inquiétude grandissante de la population, qui hésite toujours à consommer.

Les nouvelles situations et les nouveaux problèmes exigent un sens de la responsabilité et de l'urgence.

Symptôme de la perte de confiance des ménages, les ventes au détail ne progressent que de 2,1 % sur un an, en août, contre 2,7 % le mois précédent, selon le Bureau national des statistiques. Alors que le PIB a crû de seulement 4,7 % en glissement annuel au deuxième trimestre. Un résultat qui ferait rêver bon nombre d'économies européennes mais qui sonne comme une déception en Chine, forçant l'intervention des autorités. « Les nouvelles situations et les nouveaux problèmes exigent un sens de la responsabilité et de l'urgence », signifient les conclusions du Politburo.

Crise de l'immobilier

Encore incertain dans son ampleur, le plan de relance pourrait prendre la forme d'un emprunt de 2 000 milliards de yuans (255 milliards d'euros), qui permettrait de doper rapidement la consommation des ménages, grâce à la distribution d'argent public, mais également de refinancer les collectivités locales, lourdement endettées, afin qu'elles puissent soutenir le marché immobilier. Une tentative ambitieuse, la plus importante depuis la sortie Covid, de compléter des mesures similaires déjà mises en place – sans grand succès – au printemps dernier.

Les experts regrettent des mesures de soutien ponctuel et déplorent l'absence de réformes structurelles, seules susceptibles, sur le long terme, de rétablir la croissance chinoise, alors que la consommation privée ne représente qu'un peu moins de 40 % du PIB du géant asiatique. « Il s'agit de transferts fiscaux qui stimuleront les dépenses de consommation à court terme », commente Michael Pettis, professeur à la Guanghua School of Management de l'université de Pékin.

Pour le moment, la déroute de l'immobilier, qui a longtemps représenté au sens large environ un quart du PIB et concentre l'essentiel des investissements des ménages, se poursuit, alors que de nombreux promoteurs font toujours face à d'importants problèmes de solvabilité. Les prix des logements neufs se sont effondrés de 5,3 % sur un an en août, soit le quinzième mois de recul consécutif et la plus forte baisse depuis 2015, tandis que, sur la même période, les surfaces vendues ont chuté de 13 %, laissant des quartiers entiers récemment construits vides de tout occupant. Dans une récente étude, Barclays estime que les déboires du secteur auraient effacé < 18 000 milliards de dollars de richesse des ménages chinois, soit l'équivalent de 60 000 dollars par famille. Cette situation entretient, pour partie, une inflation particulièrement faible, sous la barre des 1 % en glissement annuel, après quatre mois de déflation l'hiver dernier. Un constat plus grave encore du côté des prix à la production qui reculent chaque mois depuis près de deux ans. En progression de 4,5 % en août, par rapport à l'année dernière, contre 5,1% le mois précédent, la production industrielle souffre, quant à elle, de la contraction de certaines industries lourdes, comme l'acier ou le ciment, qui dépendent directement du secteur immobilier.

Assouplissement monétaire

Grâce à l'outil monétaire, la BPC s'engage également pour soutenir la consommation et le marché immobilier en multipliant les baisses de taux d'intérêt, dont l'un des principaux – le taux à une semaine – ramené de 1,7 % à 1,5 %. Dans le détail, Pékin prévoit d'abaisser prochainement de 50 points de base, à 6,5 %, le ratio de réserves obligatoires des banques commerciales, pour relancer l'offre de crédit et injecter sur le long terme 1 000 milliards de yuans (127 milliards d'euros) dans l'économie réelle, selon Pan Gongsheng, le gouverneur de la banque centrale, après une diminution de la même ampleur en février dernier.

Parallèlement, la BPC compte aligner le taux des crédits immobiliers déjà en cours sur celui des nouveaux prêts, soit une baisse de 0,5 point de pourcentage en moyenne, qui devrait permettre de réduire de 150 milliards de yuans (21 milliards d'euros) le coût des remboursements pour des millions de ménages. Toujours dans la même veine, la banque centrale souhaite imposer un taux unique de 15 % d'apport personnel pour les futurs acquéreurs, quel que soit leur statut, contre 25 % auparavant pour l'achat d'un deuxième bien immobilier.

En outre, un fonds doté de 500 milliards de yuans (64 milliards d'euros) devrait stabiliser des marchés boursiers sous pression. Entreprises cotées et compagnies d'assurances pourront y puiser pour acheter des actions sur les marchés et renforcer les investissements. Si l'ensemble des mesures décidées impressionne, leur véritable effet sur l'économie ne sera connu que dans les prochains mois.

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