Les conséquences économiques >
Si les invectives et les mensonges ont largement éclipsé le fond des débats lors de la campagne, les quelques propositions phares avancées par Donald Trump ne sont pas de nature à rassurer les partenaires des États-Unis sur l'économie mondiale. Protectionnisme, expulsions de migrants, effacement de l'État fédéral et dérégulation financière, tels sont les grands axes d'une présidence Trump 2.0 pour « rendre sa grandeur à l'Amérique », au risque de raviver l'inflation. Un comble quand on sait que l'explosion du niveau des prix depuis quatre ans constitue l'une des principales motivations du vote Trump.
Le Sénat, la Chambre des représentants et la Cour suprême acquis à sa cause, le Républicain dispose des coudées franches pour imposer son agenda économique avec « le risque majeur que Trump tienne ses promesses de campagne », redoute Jason Furman, professeur d'économie politique à Harvard et chercheur au Peterson Institute for International Economics (PIIE). Une politique pro-business accueillie néanmoins positivement par les marchés américains, alors que le S&P500 grimpait de 3 % après l'annonce des résultats.
Une guerre commerciale inflationnisteMesure sûrement la plus redoutée, Donald Trump entend généraliser sa guerre commerciale en appliquant un droit de douane universel de 10 % ou 20 % sur tous les produits étrangers importés aux États-Unis allant même jusqu'à 60% dans le cas des exportations chinoises. Nul ne sait ainsi ce qu'il adviendrait de l'accord de libre-échange qui lie le pays au Canada et au Mexique et qui doit être renouvelé en 2026. En plus de contrevenir au principe fondateur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), une décision aussi radicale engendrerait immanquablement de sévères représailles de la part du reste du monde qui porteraient préjudice à la croissance.
Conjugué avec des déportations massives d'immigrants illégaux qui risquent de priver le pays d'une main-d'œuvre bon marché, le relèvement des tarifs douaniers exacerbera les tensions infla tionnistes. Les choix du futur président pourraient ainsi rehausser l'inflation de 4,1 à 7,4 points de pourcentage outre-Atlantique dès 2026, selon une étude du PIIE. Les ménages ne seraient d'ailleurs pas les seuls touchés. Ainsi, UBS estime que l'imposition d'un tarif universel de 10 % entraînerait une contraction du même montant des valeurs boursières américaines, notamment des multinationales qui dépendent des chaînes d'approvisionnement internationales. De quoi inquiéter les autres places boursières mondiales.
Un droit de douane universel de 10 % ou 20 % sur les produits étrangers importés aux États-Unis.
Un tel cocktail inflationniste conduirait la Réserve fédérale (Fed) à répondre par des hausses de taux directeur. Une solution déjà critiquée par Trump lors de son précédent mandat, lui qui affirmait, encore récemment, sa volonté de pouvoir interférer dans les décisions de la banque centrale. Une remise en cause de son indépendance qui saperait sa crédibilité et la stabilité économique américaine sur le long terme.
Dégradation des finances publiquesLe futur locataire du bureau ovale souhaite également reconduire et étendre les baisses d'impôts drastiques votées lors de sa première présidence et qui doivent expirer fin 2025. En plus de pérenniser les allègements fiscaux pour les particuliers, Donald Trump envisage de ramener le taux d'imposition des sociétés de 21 % à 15 % (contre 35 % avant 2018) ou de supprimer la taxe sur les pourboires. Si ces mesures doivent bénéficier à l'ensemble des contribuables, les gains sont cependant très inégalement répartis, en faveur des individus les plus aisés.
En face, le président élu promet pourtant de préserver les dépenses sociales – dont le système de retraite par répartition qu'il compte exonérer d'impôt – et ne souhaite pas non plus couper dans le budget de la défense. Celui qui vient de nommer Elon Musk et Vivek Ramaswamy, un temps candidat à l'investiture républicaine, au tout nouveau département d'État pour l'efficacité gouvernementale – avec pour objectif de tailler dans la dépense publique – affirme que la hausse des revenus douaniers financera les baisses d'impôts. Un argument irréaliste quand on sait que les droits de douane représentaient seulement 2 % des revenus fédéraux en 2023, contre 49 % pour l'impôt sur le revenu et 9 % pour l'impôt sur les sociétés.
Longtemps présenté comme une priorité du camp républicain, le programme adopté lors de la dernière convention ne mentionne même plus le sujet de la responsabilité budgétaire. Pour cause : appliqué tel quel, le programme de Donald Trump creuserait le déficit public de 3 000 milliards de dollars sur dix ans et rajouterait 21,9 points de pourcentage de dette publique à long terme, selon une étude du groupe de réflexion indépendant Tax Foundation.
Détricotage de l'héritage BidenPartout où il le pourra, le milliardaire entend détricoter les mesures phares de son prédécesseur, Joe Biden, dont le mal nommé Inflation Reduction Act (IRA) en faveur de la transition énergétique ou le CHIPS and Science Act pour doper l'industrie des semi-conducteurs. Si Donald Trump a promis d'en annuler une grande partie, il se heurte néanmoins à ses propres alliés : Elon Musk, patron de Tesla, dont le soutien n'est pas anodin au revirement de position du président sur les voitures électriques (made in USA évidemment), mais aussi de nombreux États républicains qui ont bénéficié de ces subventions et qui n'ont nulle envie d'y renoncer.
Reste néanmoins son engagement en faveur de l'exploitation pétrolière et gazière ainsi que de la dérégulation environnementale pour assurer la puissance énergétique des États-Unis et lutter, selon lui, contre l'inflation. Un discours nationaliste qui charme une majorité d'Américains mais inquiète le reste du monde. l