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Story de la semaine / Économie mondiale / 09/12/2024

Les perspectives pour 2025

M algré les vents contraires, l'économie mondiale a plutôt bien réussi son atterrissage en douceur. Les politiques monétaires sont venues à bout de l'inflation et le ralentissement de la croissance globale est resté contenu. Mais, la nouvelle année qui se dessine présente son lot de risques. L'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche – qui signe un virage protectionniste – et ses conséquences sur le commerce international, la crise immobilière en Chine, l'évolution incertaine de la guerre en Ukraine ou encore l'embrasement au Moyen-Orient, qui exacerbent un peu plus la fragmentation géoéconomique, constituent autant de menaces qui pèsent sur les perspectives 2025. « La baisse de l'inflation sans récession mondiale est une réussite majeure. […] Hélas, les perspectives de croissance pour les cinq prochaines années restent moroses », juge Pierre-Olivier Gourinchas, directeur des études du Fonds monétaire international (FMI).

Une croissance molle

Dans ses dernières prévisions du mois d'octobre, le FMI table ainsi sur une croissance mondiale de 3,2 % en 2025, au même rythme que celui prévu cette année. Une stabilité apparente qui dissimule, en réalité, des tendances contrastées entre les économies développées et les pays émergents mais également en leur sein.

Révisée à la hausse de 0,2 point de pourcentage (+ 2,8 %) pour 2024 par rapport aux estimations de juillet, sur fond de forte progression des salaires réels, la croissance américaine devrait légèrement décélérer en 2025 (+ 2,2 %) alors que le relèvement des tarifs douaniers et la guerre commerciale brandie par Donald Trump pourraient se révéler à double tranchant. Partant d'un niveau inférieur (+ 0,8 %) en 2024, la croissance de la zone euro, elle, accélérerait dès l'année prochaine (+ 1,2 %), favorisée par l'assouplissement monétaire et le rebond de la demande intérieure. Les pays les plus industriels, comme l'Allemagne (+ 0,8 %) ou l'Italie (+ 0,8 %), feraient toutefois moins bien que l'Espagne (+ 2,1 %) ou même la France (+ 1,1 %). Le Royaume-Uni devrait, lui aussi, croître plus rapidement en 2025 (+ 1,5 %) qu'en 2024 (+ 1,1 %), tout comme le Japon dont la croissance devrait passer de 0,3 % à 1,1 % d'une année sur l'autre.

Des tendances contrastées en 2025 entre les économies développées et les pays émergents.

Côté émergents, le ralentissement de la Chine (+ 4,5 % en 2025 contre + 4,8 % en 2024) – cible des États-Unis qui pourraient lui imposer des droits de douane allant jusqu'à 60 %–, entraîné par une déprime de la consommation et du marché immobilier que les autorités cherchent à endiguer par un vaste plan de relance budgétaire, et celui de l'Inde (+ 6,5 % contre + 7,0 %), alors que la demande refoulée pendant la pandémie de Covid-19 se dissipe, pèsent sur les projections. Ceux-ci devraient être néanmoins compensés par les performances de l'Asie du Sud-Est (+ 4,5 %), de l'Amérique latine (+ 2,5 %), du Moyen-Orient (+ 3,9 %) et de l'Afrique subsaharienne (+ 4,2 %), qui s'inscrivent toutes à la hausse pour 2025. Néanmoins, la croissance globale restera en deçà des standards prépandémiques, alors que la moyenne des deux décennies précédentes était de l'ordre de 3,8 % par an.

Victoire sur le front de l'inflation

Sur une note plus positive, la bataille contre l'inflation est en passe d'être remportée, le tout sans trop pénaliser l'emploi. La hausse mondiale des prix à la consommation devrait être ramenée à 4,3 % l'année prochaine, contre 5,8 % en 2024, alors que les économies avancées et asiatiques ont déjà pratiquement toutes renoué avec leur cible d'infla-tion, généralement autour de 2 %. Pour le reste des émergents, la tendance est moins homogène et les niveaux d'inflation plus élevés, alors que certains pays subissent les effets inflationnistes de la dépréciation de leur monnaie ou des conditions météorologiques qui affectent la production agricole, notamment en Afrique.

Contrairement à l'année dernière, où la baisse des prix de l'énergie avait assuré une bonne partie du travail, la désinflation en 2024 résulte d'abord d'un recul de l'inflation sous-jacente – inflation amputée de ses composantes les plus volatiles (alimentation et énergie) – grâce au durcissement monétaire entrepris en amont par les banquiers centraux et dont l'effet différé persistera encore l'année prochaine. En conséquence, le relâchement de la politique monétaire opéré dès cet été par la BCE et la Banque d'Angleterre, rejointes en septembre par la Fed, devrait se poursuivre en 2025, sans pour autant retrouver les taux particulièrement bas de la décennie 2010.

Dépréciation de l'euro face au dollar

Toutefois, la baisse des taux en Europe ainsi que le différentiel de croissance en faveur des États-Unis devraient favoriser une dépréciation modérée de l'euro face au dollar, qui passerait d'une fourchette de 1,05-1,10 à 1,00-1,05 en 2025, selon les économistes d'ING. Une tendance confortée par l'arrivée au pouvoir de Donald Trump dont le protectionnisme et la promesse de baisses d'impôts drastiques – qui creuseraient le déficit public –, foncièrement inflationnistes, inciteraient la Fed à se montrer plus prudente. À cela se superpose l'instabilité politique en France, les doutes sur le modèle économique allemand et la sous-performance des places boursières européennes par rapport aux marchés américains qui risquent de détourner les investisseurs des actions et des obligations d'État libellées en euro.

Début décembre, le Dollar Index – l'indicateur de référence qui mesure l'appréciation du billet vert en le comparant à un panier de six devises – progressait d'un peu plus de 3 % sur un mois. Une tendance qui, si elle se poursuit, pourrait être douloureuse pour le reste du monde, plus particulièrement les émergents, puisqu'elle entraînerait mécaniquement la hausse des intérêts sur la dette extérieure libellée en dollar, en plus d'alourdir la facture des importations. l

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