2025, année charnière entre croissance et stabilité des prix >
L'année 2024 a marqué un tournant dans les politiques monétaires des banques centrales des pays développés, avec l'amorce d'une détente après une période de resserrement sans précédent. La Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont initié une baisse progressive de leurs taux directeurs, signalant la fin d'un cycle de hausses intensives pour maîtriser l'inflation post-pandémique et les chocs énergétiques.
Les banquiers centraux doivent naviguer dans des eaux particulièrement troubles. Aux États-Unis, l'arrivée de Donald Trump à la présidence soulève des inquiétudes sur l'impact de politiques protectionnistes. Ces mesures pourraient raviver les tensions inflationnistes alors même que la baisse des prix reste lente. En Europe, la BCE fait face à une croissance disparate entre les États membres et des défis structurels persistants, notamment sur la compétitivité des entreprises et le domaine énergétique.
La Fed entre prudence et pressions politiquesLa politique monétaire américaine est entrée dans une nouvelle phase depuis septembre 2024. Après avoir maintenu ses taux dans la fourchette 5,25 %-5,5 % pendant plus d'un an, la Fed a entamé un cycle d'assouplissement pour atteindre 4,25% - 4,5 %. Cette détente reflète les progrès réalisés dans la lutte contre l'inflation, même si le chemin vers l'objectif de 2 % est plus lent qu'espéré initialement. Les projections de la Fed, illustrées par le « dot plot » de décembre 2024, témoignent d'une approche particulièrement mesurée. Seule une baisse de 50 points de base est envisagée pour 2025, contrastant avec les attentes initiales des marchés qui tablaient sur 100 points. Jerome Powell, président de la Fed, justifie cette prudence : « Notre engagement envers la stabilité des prix demeure inébranlable. Les données récentes nous incitent à maintenir une approche graduelle dans l'assouplissement de notre politique. »* Cette position reflète également la volonté de la Fed de préserver son indépendance face aux potentielles pressions politiques de la nouvelle administration qui aimerait une baisse rapide des taux afin d'encourager l'investissement.
La Fed veut préserver son indépendance face aux pressions politiques tandis que la BCE doit faire face à des défis structurels complexes.
La prudence des gouverneurs de la Fed s'explique par la persistance de pressions inflationnistes dans le secteur des services et un marché du travail dynamique, avec un taux de chômage stable à 4 %. Les créations d'emplois restent suffisamment robustes pour maintenir les salaires orientés à la hausse. La croissance américaine, projetée à 2,2 % par le FMI **, démontre une résilience remarquable, portée par une consommation forte et des investissements soutenus dans les nouvelles technologies. Cependant, l'arrivée de l'administration Trump et ses projets de tarifs douaniers pourraient raviver les tensions inflationnistes, compliquant davantage l'équation monétaire.
La BCE face à une reprise fragileEn zone euro, la situation présente des défis distincts. La BCE, après avoir abaissé ses taux directeurs à 3 % fin 2024, envisage une normalisation progressive en 2025. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte où l'inflation converge plus rapidement vers l'objectif de 2 %, mais où la croissance économique reste fragile et hétérogène selon les pays membres. Le ralentissement de l'inflation générale masque toutefois des disparités entre les différentes composantes de l'indice des prix.
Christine Lagarde, présidente de la BCE, souligne l'importance d'accompagner la détente monétaire avec des réformes structurelles pour relancer l'économie du continent : « Les politiques budgétaires et structurelles devraient rendre l'économie plus productive, compétitive et résiliente. »*** Cette position reflète les défis de la zone euro, où les questions structurelles comme la compétitivité se mêlent aux enjeux de stabilité financière et aux disparités particulièrement marquées.
L'Allemagne, confrontée à une transformation industrielle majeure et à une concurrence internationale accrue devrait connaître une croissance limitée à 0,8 % en 2025, selon le FMI. Les difficultés du secteur manufacturier allemand, pilier de l'économie européenne, soulèvent des questions sur la capacité du pays à maintenir son modèle économique dans un contexte de transition énergétique et de montée du protectionnisme mondial. L'Espagne affiche des perspectives plus favorables avec 2,1 %, portée par un secteur touristique dynamique et des réformes structurelles efficaces, tandis que la France occupe une position intermédiaire à 1,1 %. Ces écarts de performances illustrent là encore des défis structurels persistants : coûts énergétiques élevés, fragmentation des chaînes de valeur et besoins d'investissements.
2025 : année de coordination monétaireL'année 2025 nécessitera une coordination étroite entre la Fed et la BCE pour éviter des perturbations sur les marchés financiers et les taux de change. La communication des banques centrales jouera un rôle capital pour gérer les attentes des marchés et maintenir leur crédibilité. Les divergences de politiques monétaires pourraient accentuer les tensions sur les devises, nécessitant une vigilance accrue. L'objectif commun est de garantir un « atterrissage en douceur », permettant une normalisation des conditions monétaires sans compromettre la reprise économique. La capacité des banques centrales à maintenir leur indépendance tout en répondant aux défis économiques sera essentielle pour assurer la stabilité financière mondiale en 2025.
* Conférence de presse du FOMC du 18 décembre 2024 ** World Economic Outlook October 2024, IMF *** Conférence de presse de la BCE du 12 décembre 2024