Comment Romanet a géré ADP à la manière d'un groupe privé >
Comme convenu, le conseil d'administration du groupe ADP (Aéroports de Paris) a nommé mercredi dernier Philippe Pascal comme nouveau président-directeur général. C'est l'occasion de faire un bilan sur la gestion menée de novembre 2012 à février 2025 par Augustin de Romanet. D'autant plus que ce dernier a toujours souhaité gérer ce groupe comme s'il s'agissait d'une entreprise « comme les autres » Pendant toute cette période, le chiffre d'affaires, comme l'Ebitda, le résultat net et la capitalisation boursière (11,5 milliards d'euros) ont été multipliés par deux malgré le Covid et une avalanche de taxes spécifiques. Retour en détail ces douze années qui ont fait d'ADP le leader mondial de la gestion aéroportuaire.
La qualité de service retrouvéeDès son arrivée chez ADP, Augustin de Romanet a donné la priorité au passager, en faisant de ce dernier, à l'instar des compagnies aériennes, un client à part entière de l'entreprise. Aujourd'hui, six aéroports du groupe figurent dans le top 100 du classement Skytrax des meilleurs aéroports du monde (contre aucun en 2012). En 2024, Paris-Charles-de-Gaulle a été élu 6e aéroport mondial et « meilleur aé-roport européen » et l'aéroport Paris-Orly « meilleur aéroport régional » en Europe.
Augustin de Romanet a donné la priorité au passager, en faisant de ce dernier, un client à part entière de l'entreprise.
L'expérience vécue dans les aéroports du Groupe ADP a été transformée : du passage de la frontière – avec l'achat par ADP des bornes Parafe pour le contrôle automatisé des passeports – jusqu'aux salles d'embarquement, et aussi tout au long du parcours avec une présence renforcée de personnel pour accompagner les passagers. Le succès de l'accueil des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 a été rendu possible par ces années de transformation. Sur le plan de l'accessibilité et de l'accueil des personnes en situation de handicap, des progrès majeurs ont été accomplis à l'occasion des Jeux paralympiques, permettant aux athlètes de pouvoir bénéficier de leur fauteuil personnel en passerelle dès leur arrivée et jusqu'à l'embarquement. Ce service devrait être généralisé d'ici la fin de l'année.
Par ailleurs, le « modèle ADP » est désormais celui d'une qualité premium, placée sous l'égide de la nouvelle marque d'hospitalité du Groupe Extime. La salle d'embarquement internationale du Terminal 1 (CDG) rénovée en 2022 a été ainsi plébiscitée avec le record du chiffre d'affaires par passager le plus élevé au monde. Le Groupe ADP a étendu son champ d'action avec deux acquisitions en 2024 : Paris Experience Group, qui propose des expériences touristiques dans Paris et en Île-de-France, ainsi que P/S, leader aux États-Unis du développement et de l'exploitation de terminaux passagers haut de gamme.
Une forte empreinte internationaleLe Groupe ADP a connu, depuis 2012, un développement international soutenu avec 26 aéroports gérés dans le monde. En 2025, les activités internationales du Groupe devraient représenter environ 27 % du résultat opérationnel courant contre à peine 5 % en 2012. Augustin de Romanet s'est d'abord attelé à la consolidation du premier gestionnaire aéroportuaire turc TAV Airports, qui gère 14 aéroports dans 7 pays, ainsi qu'à l'acquisition en 2020 du groupe indien GMR Airports, désormais coté en Bourse et dont la valeur a été multipliée par 5 (à 6 milliards d'euros) depuis son acquisition. Au total, ce sont mille routes aériennes qui ont été ouvertes par le Groupe ADP entre ses différents aéroports dans le monde.
Le Covid et la crise sanitaireLa crise du Covid-19 a conduit à l'arrêt du trafic aérien et à la fermeture quasi totale des aéroports. Le Groupe ADP n'a pas eu recours à l'État ni à des prêts garantis. Le groupe a réalisé un plan d'économies sans précédent et fait appel à la solidarité de ses collaborateurs qui ont vu leurs salaires réduits temporairement en 2021 et 2022 en contrepartie de l'engagement, tenu, de ne réaliser aucun licenciement contraint.
Transition écologique et innovationAugustin de Romanet a fait prendre au groupe le tournant de la transition environnementale, en portant notamment, dès 2019, le message d'un usage « raisonné et raisonnable de l'aviation ». Ces dernières années, ADP s'est montré pionnier en matière de transformation écologique, en mettant l'accent sur l'intermodalité (développement des gares, extension de la ligne 14, mise en chantier du CDG Express, futur train Roissy-Picardie, ligne 18 d'ici 2027…) et la décarbonation (près de 250 millions d'euros investis ces trois dernières années). Sur la décarbonation, on citera la création d'une coentreprise avec Air Liquide dédiée à la transition des aéroports vers l'hydrogène, l'arrivée de la géothermie à Orly et au Bourget ou encore la création de trois parcs solaires pour approvisionner les aéroports en électricité décarbonée. ADP a également fait de l'aéroport du Bourget un précurseur de l'aviation décarbonée grâce à une offre permanente de SAF (carburants durables d'aviation). Par extension, c'est en matière d'innovation que le bilan d'Augustin de Romanet demeurera aussi comme une véritable promesse, avec notamment l'inauguration du premier réseau de vertiports en Île-de-France.
Des performances financières indiscutablesLe Groupe ADP, fort de ses succès économiques, s'est imposé, au fil des années, comme un modèle de bonne gestion financière. En 2012, son chiffre d'affaires était de 2,6 milliards d'euros, avec 89 millions de passagers dans ses aéroports, pour un Ebitda d'un milliard d'euros. En 2024, dernière année de la présidence d'Augustin de Romanet, le chiffre d'affaires s'est établi à 6,2 milliards d'euros, avec 363 millions de passagers accueillis (4 fois plus qu'en 2012), pour un Ebitda de 2 milliards d'euros. Hors effets non récurrents, le bénéfice s'est élevé à 638 millions d'euros (deux fois celui de 2012) malgré la taxe sur les infrastructures carbonées dont l'impact est de 120 millions d'euros.