Les économistes forcés de revoir leurs prévisions >
Désignée par les Américains comme déception majeure du mandat de Joe Biden avant les élections du 8 novembre 2024, l'économie américaine se reposait toutefois sur des fondamentaux forts, portée par une productivité en hausse et un marché du travail robuste. Ce bilan, qui contraste avec les autres économies développées en Europe, n'a pas suffi à sauver le camp démocrate de la défaite, et Donald Trump est ainsi redevenu président de la première économie mondiale. S'appuyant sur un programme économique attrayant pour les classes moyennes, basé sur des réductions d'impôts et la baisse des prix, le nouveau président tarde à tenir ses promesses, préférant se concentrer sur l'effacement du gouvernement fédéral et la politique internationale. Dans ce cadre, les mesures adoptées par la nouvelle administration font craindre un affaiblissement de l'économie américaine, la Maison-Blanche n'excluant désormais pas une récession. Ainsi, les premiers indicateurs de la santé économique du pays et de confiance des entreprises et consommateurs poussent les économistes à revoir leurs perspectives à court terme.
Un effet sur les déficits incertainQu'ils soient commerciaux ou fédéraux, les déficits des États-Unis sont depuis un moment dans le viseur des Républicains et du pré-sident actuel. Les déficits commerciaux sont d'ailleurs la raison principale invoquée pour justifier les hausses de droits de douane commandées par Donald Trump contre ses partenaires principaux. Comme l'économie américaine est principalement orientée vers les services, avec un secteur industriel représentant seulement 11 % du PIB contre 16,4 % en Europe, et que les Américains sont de grands consommateurs de biens, cela entraîne un déficit commercial structurel. Les droits de douane imposés ont donc pour objectif de réduire les importations et de favoriser le développement de la production nationale. Toutefois, cette stratégie pourrait se heurter à des diffi-cultés de main-d'œuvre liées à des politiques migratoires très strictes, créant des risques de pénurie dans certains secteurs.
Les coupes budgétaires drastiques annoncées dans plusieurs départements d'État ne suffiront sans doute pas à compenser les baisses d'impôts promises.
En parallèle, la réduction du déficit fédéral est un autre objectif de l'administration, confiée au département de l'Efficacité gouvernementale dirigé par Elon Musk. Malgré des coupes budgétaires drastiques annoncées dans plusieurs départements d'État comme l'Éducation, les Statistiques ou l'Agriculture, de nombreux économistes doutent que les économies réalisées suffisent à compenser les baisses d'impôts promises par le président. L'exemple le plus frappant est l'arrêt des financements de l'agence d'aide humanitaire, Usaid, représentant 21,7 milliards de dollars en 2024, soit seulement 0,3 % des dépenses fédérales.
Une forte croissance remise en douteAlors que les États-Unis présentaient une croissance soutenue depuis la pandémie, les premières mesures commerciales et industrielles de l'administration Trump compromettent cette dynamique. Après une croissance de près de 2,5 % en 2024 et des projections similaires pour 2025, ces dernières ont été brutalement revues à la baisse. L'indicateur de croissance en direct GDPNow de la Banque fédérale d'Atlanta anticipe désormais une contraction de 2,8 % du PIB. Bien que cet indicateur reste très volatil et que les projections diffèrent grandement selon différentes méthodes de calcul, il illustre bien les incertitudes créées par les politiques gouvernementales, qui profilent déjà un ralentissement des investissements privés.
Risques inflationnistesAlors que la lutte contre l'inflation semblait en bonne voie, les mesures protectionnistes adoptées par le gouvernement risquent de provoquer une nouvelle hausse des prix. En imposant des droits de douane sur les importations de matières premières et de produits manufacturés en provenance du Canada, de la Chine ou de l'Europe, les coûts de production augmentent pour les entreprises américaines, qui répercuteront probablement ces hausses sur les consommateurs. Cette pression inflationniste complique la tâche de la Réserve fédérale, surtout si la croissance ralentit, créant un risque de stagflation. La situation est d'autant plus délicate que les négociations commerciales avec les partenaires historiques des États-Unis s'enveniment, menaçant d'alimenter une spirale inflationniste durable.
Un marché du travail bousculéLe marché du travail américain, longtemps robuste, commence à ressentir les effets des politiques gouvernementales. Le secteur public, premier employeur du pays avec près de 3 millions de personnes, est particulièrement touché par les réductions de personnel envisagées, de l'ordre de 75 % selon Elon Musk. Le rapport sur l'emploi de février montre déjà une baisse de 10 000 emplois, un chiffre encore modeste mais annonciateur de perturbations plus importantes. De plus, les restrictions migratoires risquent de creuser les pénuries de main-d'œuvre dans des secteurs clés comme l'agriculture, la construction ou les services, ajoutant une pression supplémentaire sur le marché de l'emploi.
Ainsi, la forte activité de la nouvelle administration a déjà des effets notables sur les perspectives économiques américaines pour 2025. Le climat d'incertitude instauré dès le début du mandat de Donald Trump pèse lourdement sur les entreprises et les investissements, freinant leur développement. L'administration a choisi d'assumer pleinement les conséquences économiques à court terme de son programme, arguant que cette période de difficultés est nécessaire pour remettre l'économie sur des bases jugées plus saines. Les Républicains défendent cette stratégie en affirmant que la bonne santé économique héritée de Joe Biden était artificiellement soutenue par un déficit public croissant, désigné comme l'ennemi principal par la nouvelle administration. l