Un modèle de croissance en perte de vitesse >
Après plusieurs décennies de croissance rapide soutenue par les exportations et les investissements massifs en infrastructures, le modèle chinois montre aujourd'hui des signes d'essoufflement. Le gouvernement espère désormais réussir la transition vers une économie plus axée sur la consommation intérieure mais se heurte à des freins persistants. En effet, les ménages chinois restent très prudents et consomment peu. Cette tendance culturelle s'est même accentuée à la suite de la pandémie de Covid-19 et de la crise immobilière du pays. Le manque de protection sociale les pousse à épargner massivement et la forte baisse des prix dans l'immobilier réduit l'effet de richesse et incite davantage à l'épargne.Face à cette situation, Pékin tente de stimuler la consommation par des incitations financières et un renforcement du filet de sécurité sociale. Pourtant, ces efforts peinent à produire des résultats. La demande intérieure reste atone. Cette dépendance persistante aux investissements et aux exportations pose un défi de taille pour la Chine, qui cherche à assurer sa croissance sur le long terme.
Endettement, déflation et rentabilité décroissanteUn autre problème majeur réside dans la gestion de la dette et des tensions économiques internes. Contrairement aux États-Unis et à l'Europe, où l'inflation reste un problème pour les consommateurs, la Chine fait face à des pressions déflationnistes dans la majorité des secteurs, de l'industrie à l'alimentaire. La surcapacité dans plusieurs secteurs, combinée à une demande intérieure trop faible, entraîne une baisse des prix et pèse sur la rentabilité des entreprises. Pour soutenir son économie, Pékin s'appuie largement sur l'endettement. Depuis la pandémie, le déficit budgétaire dépasse régulièrement les 5 % du PIB, bien au-delà de la limite traditionnelle de 3 %. Le ratio dette/PIB a bondi de 25 points en cinq ans, atteignant 86 % fin 2024. Mais Cet endettement croissant, couplé à une rentabilité en baisse, remet en question la viabilité du modèle économique chinois.
La population chinoise vieillit, réduisant la main-d'œuvre disponible et mettant sous pression une économie fondée sur une main-d'œuvre abondante et bon marché.
Un marché du travail sous pressionLe ralentissement de la croissance s'accompagne de tensions croissantes sur le marché du travail. La population chinoise vieillit rapidement, réduisant la main-d'œuvre disponible et mettant sous pression un système économique historiquement fondé sur une main-d'œuvre abondante et bon marché. De plus, le chômage des jeunes diplômés a explosé, dépassant 20 % en 2023. Les autorités ont même suspendu la publication de ces chiffres. Cette crise du marché du travail est exacerbée par la modernisation du secteur manufacturier, qui réduit les opportunités pour les travailleurs peu qualifiés. Pékin tente d'assouplir le système de recensement, le Hukou, pour faciliter la mobilité de la main-d'œuvre et en mettant en place des incitations à la natalité. Mais ces mesures restent insuffisantes pour inverser la tendance.
Le marché mondial, moteur de croissanceFace à une consommation intérieure trop faible pour absorber sa production, la Chine continue de miser sur les exportations afin de soutenir sa croissance. Le secteur automobile illustre parfaitement cette stratégie : en 2023, la Chine est devenue le premier exportateur mondial de voitures, dépassant l'Allemagne et le Japon. Grâce à des subventions massives et des coûts de production compétitifs, des entreprises comme BYD, Nio et Geely s'imposent progressivement en Europe et aux États-Unis. Mais cette offensive commerciale suscite des tensions croissantes avec les grandes puissances économiques. L'Union européenne a lancé une enquête sur les subventions aux véhicules électriques chinois, tandis que les États-Unis, sous l'administration Trump, ont renforcé les barrières tarifaires pour freiner les importations chinoises. La surproduction chinoise, alimentée par des années d'investissements massifs, ne fait qu'exacerber ces tensions. L'excédent commercial du pays est vital pour maintenir sa croissance, mais il expose la Chine à des risques accrus de mesures protectionnistes de la part de ses partenaires commerciaux.
La Chine à un tournant stratégiqueLa Chine doit trouver un équilibre entre renforcer son influence industrielle et préserver ses relations commerciales avec ses principaux partenaires. Son expansion rapide dans des secteurs comme l'automobile et la haute technologie suscite des réactions en Europe et aux États-Unis, qui multiplient les mesures protectionnistes. Si Pékin adopte une approche trop agressive, elle risque de voir se fermer d'importants marchés d'exportation, mettant en péril une partie de sa croissance. À l'inverse, une coopération plus pragmatique assurerait la stabilité de ses exportations, mais limiterait sa capacité à dominer certains secteurs stratégiques. Ce choix est d'autant plus délicat que la Chine doit également gérer des défis internes comme la faible consommation des ménages, un endettement élevé et un vieillissement démographique. Une réduction des tensions commerciales pourrait favoriser l'investissement étranger et soutenir l'innovation technologique, tandis qu'un durcissement des échanges risquerait d'accélérer la fragmentation économique mondiale. Pékin doit donc arbitrer entre une politique commerciale plus conciliante ou un affrontement économique qui renforcerait son autonomie mais accen-tuerait les risques de ralentissement.