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Story de la semaine / États-Unis / 05/05/2025

Jusqu'où Donald Trump veut voir baisser le dollar ?

Au cours des dernières années, le dollar américain a connu une nette appréciation, porté par la surperformance économique des États-Unis face aux autres économies mondiales. Sa solidité était sou­tenue par le rôle de valeur refuge du billet vert et par des taux d'intérêt plus élevés que ceux pratiqués par d'autres grandes banques centrales, notamment la BCE. Cependant, depuis l'élection de Donald Trump et l'arrivée dans son entourage de conseillers comme Stephen Miran, une stratégie assumée de dépréciation du dollar semble être à l'œuvre. Ce dernier, économiste influent, a convaincu l'administration de faire du recul du dollar un outil de rééquilibrage commercial. Ainsi, bien que l'ampleur de la baisse ait surpris, sa tendance est volontaire. Le dollar a déjà perdu près de 8 % depuis janvier selon l'indice DXY. Traditionnelle­ment, une devise forte reflète une économie solide. Durant les années post-Covid, les flux d'investissements mondiaux vers les États-Unis ont été massifs, renforçant naturellement le dollar. Mais les premières an­nonces de la nouvelle administration Trump ont fait l'effet d'un choc : incertitudes politiques, critiques de la Fed, relance protectionniste par les droits de douane, autant d'éléments qui ont affaibli les anticipations économiques. Ces incertitudes ont fait perdre au dollar une partie de sa prime de sécurité. Par ailleurs, l'appel à un dollar plus faible et les pres­sions sur la Fed pour un assouplissement monétaire ont renforcé cette dynamique baissière. Cette stratégie vise à renforcer la compétitivité des exportations américaines, mais fait peser des risques sur la confiance des marchés et le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale.

Un pari risqué sur la compétitivité et la réindustrialisation

La baisse du dollar s'inscrit dans une stratégie économique plus large menée par les proches de Trump comme Stephen Miran. Ce­lui-ci défend l'idée que la surévaluation chronique du dollar handi­ cape l'industrie américaine, aggrave le déficit commercial et affaiblit l'emploi manufacturier. Pour lui, le rôle interna­tional du dollar impose un coût caché aux États-Unis, les obligeant à importer massi­vement pour satisfaire la demande mon­diale de billets verts. Réduire la valeur du dollar permettrait donc de relocaliser une partie de l'industrie et d'améliorer la ba­lance commerciale. Cette vision s'est tra­duite par une série de décisions : augmen­tation des droits de douane, déclarations publiques pour un dollar plus faible, et volonté de voir la Fed adopter une poli­tique plus accommodante. Mais cette stra­tégie a ses limites. Le secteur industriel américain représente à peine 10 % du PIB en 2021. De plus, la dépréciation du dollar renchérit le coût des impor­tations et alimente l'inflation. À court terme, ce sont les consommateurs américains qui paient le prix de cette politique : les produits importés coûtent plus cher, et le pouvoir d'achat des ménages est rogné.

Le rôle international du dollar imposerait un coût caché aux États-Unis, les obligeant à importer massivement pour satisfaire la demande mondiale de billets verts.

Effets collatéraux mondiaux et fragilisation du statut du dollar

La chute du dollar a aussi des conséquences à l'échelle mondiale. Pour les pays émergents, un dollar plus faible allège le service de la dette extérieure souvent libellée en dollars, ce qui est une bonne nouvelle à court terme. Toutefois, cette même dynamique accroît la volatilité des flux de capitaux et des taux de change, ce qui fragilise la stabilité macroéconomique de nombreux pays. Pour l'Europe, la baisse du dollar agit plutôt comme un soulagement temporaire : l'euro s'appré­cie, réduisant les pressions inflationnistes importées. L'Allemagne, par exemple, a vu ses taux d'intérêt à long terme baisser tandis que les bons du Trésor américain à 10 ans ont fortement augmenté, signe que les investisseurs s'inquiètent de la soutenabilité budgétaire des États-Unis. Cette évolution va à l'encontre des mécanismes classiques de marché. Habituellement, une hausse des taux d'intérêt attire les capitaux et renforce la monnaie. Or ici, malgré des taux élevés, le dollar recule. Ce paradoxe reflète une perte de confiance dans les fondamentaux politiques et budgétaires américains. Certains analystes évoquent même le risque d'une lente remise en question du rôle cen­tral du dollar dans le système monétaire international. Si les marchés commencent à douter de la stabilité des États-Unis, ils pourraient chercher des alternatives, comme l'euro, le yuan, ou un panier de monnaies. Cela compliquerait le financement de la dette américaine et marquerait la fin du « privilège exorbitant » que constitue le dollar comme pilier du système financier mondial.

Un tournant stratégique aux conséquences durables

La baisse du dollar américain n'est pas un accident de marché, mais bien une conséquence d'un virage stratégique opéré par l'ad­ministration Trump. Le gouvernement américain semble avoir fait le pari d'un affaiblissement du dollar pour restaurer la compétitivité et réindustrialiser le pays. Mais cette stratégie, si elle n'est pas accom­pagnée d'un renforcement rapide de l'appareil productif américain, risque de générer davantage de tensions que de résultats : inflation in­térieure, méfiance des marchés, perte de crédibilité internationale. À l'étranger, le signal envoyé est celui d'un pays prêt à utiliser sa monnaie comme arme politique, au risque d'en fragiliser le statut. C'est donc une situation délicate qui se présente à l'administration américaine qui devra réussir à agir sur la valeur du dollar sans créer la panique sur les marchés et se retrouver dans une situation de financement de la dette impossible.

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