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Story de la semaine / Europe / 26/05/2025

Assiste-t-on au retour du Royaume-Uni dans l'UE ?

Cinq ans après la sortie effective du Royaume-Uni de l'Union européenne, Londres et Bruxelles semblent entamer un processus de rapprochement, poussés par de nouvelles réalités économiques et géopolitiques. Alors que le Brexit avait été présenté comme l'ouverture d'une nouvelle ère pour un « Global Britain » souverain, l'évolution de la conjoncture mondiale a conduit le Royaume-Uni à reconsidérer sa position vis-à-vis de l'UE, sans pour autant envisager un retour en arrière.

Un bilan économique contrasté

Bien qu'incertaines au départ, les conséquences économiques du Brexit sont désormais bien documentées. Selon l'Office for Budget Responsibility, le PIB britannique serait aujourd'hui supérieur de 4 % sans la sortie de l'UE. Le net recul des échanges commerciaux avec l'Union européenne (-12%), qui représentaient près de la moitié du commerce extérieur britannique avant 2016, pèse fortement sur la croissance des entreprises. Ainsi, les exportations vers l'UE sont devenues plus complexes et coûteuses, en particulier pour les PME, et l'introduction de barrières non tarifaires a pesé sur la compétitivité des entreprises britanniques. Certains secteurs ont été particulièrement affectés. L'industrie agroalimentaire fait face à une hausse des coûts et à une baisse de compétitivité. La pêche, pourtant érigée en symbole politique du Brexit, a notamment vu ses débouchés européens se réduire. Dans la finance, Londres demeure une place majeure, mais de nombreuses institutions ont transféré une partie de leurs activités vers d'autres centres européens pour conserver un accès direct au marché unique. Le marché du travail a été impacté : la fin de la libre circulation a accentué les pénuries de main-d'œuvre dans certains secteurs, notamment l'agriculture, la santé et la restauration. Par ailleurs, l'investissement des entreprises a stagné, restant inférieur de plus de 20 % à son niveau attendu si la tendance d'avant 2016 s'était poursuivie.

La guerre en Ukraine et l'éloignement des États-Unis vis-à-vis des affaires européennes poussent le Royaume-Uni à chercher de nouveaux partenariats.

Des ajustements et quelques signes de reprise

Malgré ces difficultés, l'économie britannique montre certains signes de résilience. En 2024, l'inflation est revenue autour de 2 %, et la croissance, bien que modérée, a légèrement dépassé les prévisions. Le pays reste attractif pour les investissements étrangers, se plaçant en deuxième position en Europe derrière la France pour le nombre de projets créateurs d'emplois. Cependant, cette reprise demeure fragile : la croissance reste inférieure à celle des principaux partenaires européens, et les perspectives à moyen terme demeurent incertaines. Symbole du recentrage en cours, le gouvernement britannique cherche à limiter les effets les plus négatifs du Brexit par des accords sectoriels et une coopération renforcée avec l'UE.

Un rapprochement progressif avec l'Union européenne

Le réchauffement entre le Royaume-Uni et l'Union européenne s'est opéré par étapes. Plusieurs avancées notables témoignent d'un climat plus apaisé depuis 2022. En 2023, Londres a réintégré le programme de recherche Horizon Europe, facilitant la coopération scientifique. L'accord de Windsor sur l'Irlande du Nord, signé la même année, a permis de réduire les frictions douanières entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, tout en préservant l'intégrité du marché unique européen. C'est en ce début 2025 que le processus de rapprochement connaît une nette accélération. La guerre en Ukraine et l'éloignement progressif des États-Unis vis-à-vis des affaires européennes poussent le Royaume-Uni à chercher de nouveaux partenariats en matière de défense et de sécurité. Le pays reste en dehors de la politique de sécurité et de défense commune de l'UE, mais participe activement à des initiatives multilatérales, ainsi qu'à des coopérations bilatérales, notamment avec la France. Ce mouvement est illustré par la multiplication de sommets consacrés à la situation en Ukraine, mais aussi par des réunions bilatérales organisées à Londres entre Keir Starmer et plusieurs dirigeants européens. Ces sommets devraient ouvrir la voie à de nouveaux accords commerciaux, visant à simplifier les échanges dans des secteurs clés.

Un virage forcé par l'environnement international

Ce tournant s'explique avant tout par des considérations économiques et géopolitiques. La dégradation de la relation transatlantique, la stagnation persistante de la productivité britannique et l'érosion de son influence commerciale sur la scène internationale ont mis en évidence les limites d'une stratégie isolée. Ainsi, renouer des liens plus étroits avec l'Union européenne apparaît comme un levier économique, mais aussi comme une nécessité stratégique. L'UE demeure de loin le principal débouché commercial du Royaume-Uni, et les deux blocs partagent des intérêts fondamentaux en matière de stabilité, de normes et de sécurité. Par ailleurs, l'opinion publique évolue : selon les sondages, une majorité de Britanniques considère désormais que le Brexit a nui à l'économie nationale. Pour autant, un retour dans l'Union n'est ni envisagé par le gouvernement ni majoritaire dans l'opinion. Le débat se déplace : il ne porte plus sur l'appartenance à l'UE, mais sur la nature et l'intensité des liens à reconstruire. Le rapprochement ne signifie ni une réintégration du marché unique ni un retour dans l'union douanière. Il s'agit plutôt d'une normalisation des relations, à travers des accords ciblés dans les domaines prioritaires. De son côté, Bruxelles privilégie une approche réservée, souhaitant éviter la résurgence des tensions tout en préservant l'intégrité du projet européen. Il s'agit aussi d'éviter de créer un précédent qui pourrait inspirer d'autres États membres tentés par une sortie partielle ou négociée à la carte.

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