Pékin campe sur des canons économiques très discutés >
La Chine résiste plus qu'elle ne progresse. Non sans peine, Pékin devrait honorer son objectif de 5 % de croissance en 2025. Plus solide que prévu, le PIB a progressé de 5,2 % en glissement annuel au deuxième trimestre tandis que l'OCDE vient de relever ses perspectives de croissance à 4,9 %, soit 0,2 point de plus qu'auparavant. De tels résultats masquent pourtant une économie en perte de vitesse, fragilisée par des déséquilibres profonds qui suggèrent l'essoufflement du modèle en place et face auxquels le gouvernement central – convaincu que la trajectoire reste bonne – peine à trouver la solution. Plusieurs obstacles risquent de freiner la croissance dans les mois qui viennent. Au-dehors, la guerre commerciale avec le rival américain se poursuit et entretient l'incertitude. Même si les deux pays se sont entendus pour prolonger leur trêve jusqu'en novembre, le taux effectif des tarifs appliqués par les États-Unis à la Chine est passé de près de 11 % fin 2024 à plus de 40 % fin août, calcule l'agence Fitch Ratings. Au-dedans, les surcapacités de production et le moral en berne des consommateurs, miné par la crise immobilière, alimentent un grave épisode déflationniste malgré une politique – fiscale et monétaire – expansionniste.
Mesures « anti-involution »Le terme involution – défini comme un mouvement de repli vers l'intérieur – désigne, dans le cas de la Chine, des pratiques concurrentielles outrancières, délétères, à l'origine des problèmes de surcapacités indus-trielles, de la spirale négative sur les prix et donc de la perte de profitabilité pour les firmes de nombreux secteurs stratégiques comme les technologies vertes (véhicules électriques, photovoltaïque, etc.). Celles-ci sont victimes de « deux phénomènes concomitants », observent les économistes du Crédit Agricole : surabondance de l'offre d'une part, faiblesse de la demande domestique d'autre part.
Une situation de compétition « désordonnée », selon les mots du président Xi Jinping, engendrée par des choix de politique industrielle qui ont favorisé la multiplication d'acteurs privés – chacun protégé par un gouvernement local qui souhaitait son propre champion lui permettant d'atteindre les objectifs imposés par Pékin – engagés dans une guerre des prix alors même qu'ils n'étaient pas assez productifs. Ce phénomène a, par exemple, provoqué entre 2017 et 2024 le déclin des profits du secteur automobile – de l'ordre de 33 % – quand les ventes ont augmenté de 21 % sur la même période.
La Chine traverse depuis cinq ans une crise de confiance des ménages, percutés de plein fouet par la pandémie puis la crise immobilière.
Pour assainir les pratiques et rationaliser l'offre des secteurs concernés, les autorités « incitent » depuis peu les entreprises à se concerter pour augmenter les prix et réduire la production tout en durcissant le cadre légal à propos de la vente à perte ou de l'abus de position dominante. Elles encouragent également les consolidations qui favorisent l'émergence d'acteurs plus robustes et davantage capables d'innover. « Ces mesures pourraient réduire les pressions déflationnistes et améliorer les bénéfices des entreprises dans les prochains mois », considère Christine Peltier, économiste chez BNP Paribas.
Il reste que la production industrielle (+5,2 % en août en g.a.) progresse toujours, bien qu'au rythme le plus faible depuis un an, et que le taux d'utilisation de la capacité industrielle est passé de 76 % à 74 % entre le quatrième trimestre 2024 et le deuxième trimestre 2025. En parallèle, les prix à la production ne montrent aucun signe de rebond et poursuivent leur chute entamée il y a trois ans, quand la déflation gagne encore du terrain en août (-0,4 % en g.a.), après une stagnation de l'indice des prix à la consommation en juillet, selon le Bureau national des statistiques (BNS).
Marché intérieur à la traîneL'autre partie du casse-tête est peut-être plus difficile encore à résoudre. La Chine traverse depuis cinq ans une crise de confiance des ménages, percutés de plein fouet par la pandémie puis la crise immobilière (alors que le secteur servait de placement pour beaucoup de familles), qui sape la demande domestique, principale faiblesse du géant asiatique qui mise beaucoup sur l'export. Dans le même temps, la lutte contre l'involution, en corrigeant à la baisse du côté de l'offre, risque de peser sur l'emploi à court terme, alors que le taux de chômage (5,3 %) a progressé de 0,1 point en août. Tout cela n'est pas de nature à rassurer.
Pour compenser, la Banque populaire de Chine (BPC) assouplit sa politique monétaire depuis septembre dernier, espérant ainsi faciliter l'accès au crédit. Sur le plan fiscal, le gouvernement a doublé l'enveloppe des subventions pour le remplacement des biens de consommation anciens (appareils électroménagers, véhicules, etc.), portant son montant à 300 milliards de yuans (35,9 milliards d'euros) en 2025. « Il est peu probable que cela permette de remédier à la cause fondamentale de la faiblesse de la consommation : le ralentissement de la croissance des revenus », anticipent Alicia García-Herrero et Jianwei Xu, dans un article du think tank Bruegel.
D'ailleurs, l'impact de telles aides s'essouffle rapidement. En août, la croissance des ventes au détail – principal indicateur de la consommation – faiblissait pour le troisième mois consécutif (+3,4 % en g.a. contre +3,7 % en juillet). Quant au relâchement de la politique monétaire, il semble davantage bénéficier aux gouvernements locaux (pour financer l'augmentation des dépenses d'infrastructures grâce à l'émission d'obligations à moindre coût) et au secteur public en général qu'au secteur privé dont la croissance du crédit continue de ralentir.
« Le gouvernement semble convaincu que le modèle de croissance actuel qui se concentre sur l'augmentation de la part de marché mondiale de la Chine dans la production industrielle et les exportations, reste le bon. En d'autres termes, la nécessité d'un rééquilibrage vers la consommation ne semble pas être une véritable priorité », concluent les deux économistes.