Entre conséquences du Brexit et contraintes budgétaires >
Près de cinq ans après sa sortie effective de l'Union européenne, le Royaume-Uni peine à stabiliser sa trajectoire économique. Dans une intervention remarquée devant le comité économique international du FMI, la chancelière Rachel Reeves a franchi un cap symbolique en reconnaissant publiquement que « le défi de productivité du Royaume-Uni a été aggravé par la manière dont le pays a quitté l'Union européenne ». Citant les calculs de l'Office for Budget Responsibility qui estime la perte à 4 % du PIB à long terme par rapport à un maintien dans l'UE, Rachel Reeves a admis devant les ministres des finances du G7, de Chine, d'Inde et de l'UE que Londres « reconnaît cet impact ».
Cette déclaration marque un tournant dans le discours travailliste. Depuis leur arrivée au pouvoir en juillet 2024, les ministres de Keir Starmer s'étaient montrés prudents sur les arguments économiques contre le Brexit. Mais le ton a changé, préparant le terrain pour le budget du 26 novembre où la hausse attendue de la fiscalité sera justifiée par une révision à la baisse de la productivité britannique.
Une situation macroéconomique préoccupanteL'économie britannique affiche des fondamentaux dégradés qui sont surveillés attentivement à l'international. La croissance devrait atteindre péniblement un rythme estimé à 1,1 % sur l'année selon le FMI, plaçant le pays parmi les plus mauvais élèves du G7. Cette performance médiocre s'explique par un effondrement structurel de la productivité, qui n'a augmenté que de 6 % depuis 2009. La stagnation de la productivité pèse lourdement sur les salaires réels britanniques et donc sur le pouvoir d'achat des travailleurs. L'Office for National Statistics estime que les salaires dans le pays sont au même niveau qu'en 2005 en termes réels.
La croissance devrait atteindre péniblement les 1,1 % sur l'année ; la productivité n'a augmenté que de 6 % depuis 2009 ; l'inflation est proche de 4 %.
À cela s'ajoute l'inflation qui est remontée de 1,7 % il y a un an à près de 4 % aujourd'hui. Ce niveau est significativement supérieur à l'objectif de 2 % de la Banque d'Angleterre et s'explique par plusieurs mécanismes difficiles à enrayer. Tout d'abord, les prix sont tirés vers le haut par d'importants secteurs comme l'immobilier et les services qui connaissent une inflation sous-jacente tenace entre 5 et 7 %. Plus inquiétantes sont les pressions structurelles sur les prix : la livre sterling a perdu près de 10 % de sa valeur face à l'euro, ce qui renchérit les importations, tandis que les pénuries de main-d'œuvre génèrent des pressions salariales. Simultanément, les secteurs agricole, logistique et hospitalier souffrent de pénuries critiques à la suite du tarissement du flux de travailleurs européens.
Brexit : le poids d'un divorce mal négociéLes économistes ont documenté deux canaux principaux de dégradation. D'une part, l'investissement des entreprises s'est effondré dans l'incertitude post-référendum et ne s'est jamais redressé. Les multinationales ont reporté leurs projets d'expansion au Royaume-Uni ou les ont réorientés vers le continent. L'investissement productif stagne à des niveaux historiquement bas, compromettant les gains de productivité futurs. D'autre part, le commerce de biens a sous-performé de manière très spectaculaire. Les exportations britanniques vers l'Union européenne ont structurellement chuté, les PME peinant à absorber les coûts administratifs et les contrôles sanitaires imposés par l'accord de 2020. Bien que le commerce de services reste très performant, ses gains ne compensent pas les pertes sur les biens.
Le gouvernement travailliste négocie un « reset » des relations avec l'UE, incluant la suppression de la plupart des contrôles post-Brexit sur le commerce alimentaire et l'aide aux manufacturiers britanniques pour rejoindre des consortiums européens de défense. L'Europe a pressé Londres d'adopter une ambition maximale pour atténuer l'impact des guerres commerciales déclenchées par l'administration Trump.
Budget et marchés : l'équation impossibleÀ l'instar de la France, les finances britanniques sont dans une situation délicate, bien que le sujet reste moins central dans les débats grâce à une relative stabilité politique. Rachel Reeves fait face à un casse-tête budgétaire qui menace de compromettre l'agenda travailliste. Lors de son premier budget en novembre 2024, elle avait annoncé 40 milliards de livres de hausses d'impôts annuelles, notamment via l'augmentation des cotisations patronales, tout en promettant de ne pas répéter l'opération. Pourtant, moins d'un an plus tard, la chancelière doit envisager une nouvelle salve de mesures pour le budget 2026 dont les grandes lignes seront dévoilées le 26 novembre prochain.
Le déficit public autour de 5 % du PIB, la dette approchant 100 % du PIB et la prime de risque avec laquelle se négocient les obligations britanniques à 10 ans forcent le gouvernement à afficher une trajectoire budgétaire soutenable et crédible, au risque de sacrifier ses ambitions d'investissement dans le NHS – le service de santé publique britannique – et les infrastructures.
De son côté, la Banque d'Angleterre doit maintenir ses taux directeurs à 4,5 % face à l'inflation, un niveau qui asphyxie l'activité économique. Le secteur immobilier illustre les dégâts de cette politique : les taux élevés ont provoqué un effondrement des transactions, avec une baisse de 20 % par rapport à la moyenne historique. Le gouverneur Andrew Bailey a indiqué qu'aucun assouplissement monétaire n'interviendrait avant que l'inflation sous-jacente ne soit durablement revenue vers 2 %. Ce qui pourrait prendre plusieurs trimestres et compliquer la
situation pour le pouvoir en place.