Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / Croissance / 15/12/2025

Quelles perspectives pour l'économie mondiale en 2026 ?

L'incertitude et la fragmentation provoquées par le retour fracassant de Donald Trump au pouvoir depuis janvier ont lourdement impacté l'économie mondiale en 2025. Une tendance qui devrait persister l'année prochaine, d'autant que les risques géopolitiques restent encore élevés et s'imposent « comme un paramètre clé et structurel de l'économie mondiale », analyse l'assureur-crédit Coface, dont l'indicateur de risque politique et social établit un record historique. Dans un tel contexte, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit un léger ralentissement de la croissance globale, qui atteindrait 3,1 % l'année prochaine, contre 3,2 % en 2025. Un peu moins optimiste, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) anticipe un déclin plus marqué, de l'ordre de 0,3 point, et table sur une croissance de 2,9 % en 2026. Le recul de l'inflation devrait se poursuivre – dans les économies du G20 du moins –, la hausse des prix ralentissant de 3,4 % à 2,9 % d'une année sur l'autre, selon l'OCDE.

Essoufflement de l'Asie

Principale cause du ralentissement de la croissance globale, la baisse de régime des économies émergentes asiatiques, et d'abord la Chine la Chine, dont le PIB progresserait de 4,2 % en 2026, contre 4,8 % un an auparavant, selon le FMI. Malgré la relance budgétaire et l'assouplissement monétaire pour soutenir la demande domestique, la faiblesse persistante de la consommation, la correction prolongée du marché immo-bilier et les surcapacités dans l'industrie grèvent les perspectives chinoises. Ses exportations devraient aussi souffrir de la montée du protectionnisme, en plus du ralentissement de la demande mondiale. En dépit d'une meilleure résistance que prévu en 2025, le commerce mondial ne progresserait ainsi que de 0,5 % en 2026, d'après l'Organisation mondiale du commerce (OMC). L'ensemble des obstacles mentionnés continuera d'alimenter les pressions déflationnistes, favorables à la quasi-stagnation des prix l'an prochain (0,3 % sur un an), selon l'OCDE.

En 2026, les États-Unis afficheraient une croissance entre 1,5 % et 2 % ; le PIB de la Chine progresserait de 4,2 % seulement ; et la croissance de la zone euro stagnerait un peu au-dessus de 1 %.

Plus généralement, les économies du « bloc émergent » – confrontées au repli tendanciel de leur croissance moyenne – résistent plutôt bien. « Elles profitent de la désaffection à l'égard du dollar qui allège les pressions sur leurs devises et leurs taux d'intérêt, de la désinflation et de la bonne tenue de leur marché du travail », observe Catherine Lebougre, économiste chez Crédit Agricole. La croissance des pays en développement parviendrait ainsi à se maintenir globalement proche de 4 % en 2026, d'après le FMI.

Impact des tarifs américains

Aux États-Unis, la hausse agressive des droits de douane – dont le taux effectif moyen a grimpé de 11,3 points en moins d'un an selon Fitch Ratings – et la politique anti-immigration alimentent la hausse des prix à la consommation et fragilisent le marché du travail. Sur fond d'inquiétudes concernant son indépendance, la Réserve fédérale (Fed) devrait continuer de privilégier le volet emploi et abaisser ses taux directeurs, probablement jusqu'à 3,25 % pour la borne supérieure du taux Fed Funds. Du coup, l'inflation progressera encore en 2026, et dépassera les 3 %, selon l'OCDE. Au risque de dégrader les comptes publics et de plomber la dette fédérale, le « One Big Beautiful Act », la loi budgétaire présentée en juillet par Donald Trump, permettrait de compenser tant bien que mal l'impact des tarifs douaniers. S'il reste difficile de dire quel effet l'emportera sur l'autre, il est probable que les États-Unis afficheront une croissance comprise entre 1,5 % et 2 % en 2026 – contre 2 % en 2025, d'après le FMI –, une baisse sensible par rapport à 2024 (2,8 %).

De l'autre côté de l'Atlantique, la croissance de la zone euro devrait, elle aussi, stagner entre 2025 et 2026, légèrement au-dessus de 1 % selon le FMI, soutenue par l'accroissement des dépenses militaires et la relance budgétaire en Allemagne. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) semble sur le point de conclure le cycle d'assouplissement en cours – le taux de facilité de dépôt devrait ainsi se maintenir à 2 % –, l'inflation restera modérée, proche de 2 %. Même si l'accord commercial entre l'Union européenne et les États-Unis réduit l'incertitude à court terme, « les frictions commerciales resteront un frein aux perspectives économiques de l'UE », préviennent les économistes de la Société Générale. En fait, le FMI table sur une croissance du PIB de 0,9 % pour la France et l'Allemagne en 2026, ce qui traduit une amélioration plus marquée pour Berlin (0,2 % en 2025) que pour Paris (0,7 %).

Affaiblissement du dollar

L'assouplissement de la politique monétaire de la Fed, par rapport à la BCE, et la meilleure résilience de la croissance en zone euro, comparée aux États-Unis, plaident en faveur d'un renforcement modéré de l'euro face au dollar. La parité euro/dollar tendrait ainsi vers 1,22 d'ici la fin 2026, contre environ 1,15 aujourd'hui, prédisent les équipes d'ING dans leur scénario central, qui pointent aussi une volatilité particulièrement faible. Une tendance qui risque d'accentuer le déficit de compétitivité des entreprises européennes, car les biens qu'elles exportent coûteront plus cher outre-Atlantique. « Nous nous attendons à ce que la dépréciation du dollar se poursuive, de manière généralisée et progressive », prévoit le département des études économiques de BNP Paribas, pour qui les directions opposées de politiques monétaires entre les États-Unis et le Japon ou la Grande-Bretagne, par exemple, joueraient en faveur du yen et de la livre sterling.

Précédentes Stories de la semaine