Une croissance en panne malgré le sérieux budgétaire >
Tenir ses comptes en ordre ne garantit pas la croissance. Malgré le redressement spectaculaire des finances publiques, l'Italie – largement soutenue par l'Europe – manque encore de souffle. Un bilan en demi-teinte dont le gouvernement semble pourtant s'accommoder, à commencer par la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, au pouvoir depuis 2022, qui clamait-il y a quelques mois faire « mieux que la France et l'Allemagne ».
Côté face, les agences de notations saluent l'effort de consolidation mené par Rome. Après S&P et Fitch, respectivement en avril et en septembre, Moody's vient elle aussi de relever la note de l'Italie – de Baa3 à Baa2 – en décembre dernier, pour la première fois depuis plus de vingt ans. Une décision qui traduit un tournant significatif dans la perception de la solvabilité de la troisième économie de la zone euro, durement éprouvée lors de la précédente décennie.
Côté pile, l'économie transalpine – première bénéficiaire du plan de relance européen avec plus de 200 milliards d'euros de prêts et de subventions – demeure poussive. Avec une croissance de seulement 0,4 % en 2025, contre 0,7 % en 2024, selon la Commission européenne, le pays se classe au cinquième rang des pays les moins performants de l'Union européenne (UE). Il fait mieux que l'Allemagne (0,2 %) mais moins bien que la France (0,7 %). Pire, l'Italie deviendrait dès l'année prochaine le plus mauvais élève du continent d'après Bruxelles, qui table sur une progression du PIB de 0,8 % en 2026 comme en 2027.
Un constat d'autant plus contradictoire que l'assainissement des finances publiques constitue normalement un atout pour la croissance. « La croissance économique et la viabilité budgétaire se renforcent mutuellement : la confiance dans les finances publiques favorise l'investissement, tandis qu'une croissance plus forte facilite l'assainissement budgétaire », expliquent dans une note Simona Costagli et Paola Verduci, économistes chez BNP Paribas.
Malgré un taux de chômage historique-ment bas, la consommation des ménages, qui représente près de 60 % du PIB, piétine et progresse seulement de 0,1 % au 3e tri-mestre 2025.
Stratégie budgétaire payanteIl reste que la performance italienne sur le plan budgétaire fait des envieux en France. Le déficit public a fondu de 9,4 % à 3,4 % du PIB entre 2020 et 2024. Une trajectoire qui devrait se poursuivre et permettre au pays de rejoindre le seuil de 3 % dès 2025 et même en deçà à partir de 2026. De quoi mettre un terme à la procédure pour déficit excessif qui vise Rome depuis juillet 2024. Logiquement, la dette publique – la deuxième plus importante de l'UE, juste derrière la Grèce – devrait commencer à se résorber dès 2027, après un pic à 137,9 % du PIB en 2026, selon la Commission européenne. En conséquence, l'État italien emprunte aujourd'hui légèrement moins cher que l'État français, comme en témoigne le rendement inférieur de l'obligation de référence (10 ans) de l'autre côté des Alpes. Les investisseurs perçoivent l'Italie comme au moins aussi sûre – voire plus – que la France sur cette échéance. Dans le même temps, le spread – l'écart de taux à 10 ans – entre l'Italie et l'Allemagne, qui avait flambé à plus de 500 points de base au moment de la crise de la dette, se stabilise aujourd'hui autour de 100 points de base.
Dans ce contexte, le Parlement italien a approuvé en toute fin d'année un budget de rigueur, très mesuré pour 2026, alors que le gou vernement ultraconservateur de Giorgia Meloni cherche à consolider son image de sérieux auprès des marchés financiers. La loi de finance prévoit ainsi des allègements fiscaux et des hausses de dépenses contenus, d'environ 22 milliards d'euros. « Nous sommes parvenus à faire approuver un budget, ce n'est pas le cas d'autres pays européens », a vanté le ministre de l'Économie, Giancarlo Giorgetti, dans un tacle à peine masqué à la France. Dans les grandes lignes, le budget prévoit notamment 6,6 milliards d'euros supplémentaires pour soutenir le système de santé public en difficulté ainsi qu'un allègement de la fiscalité sur le revenu pour les salaires compris entre 28 000 et 50 000 euros annuels bruts, dont le taux d'imposition est ramené à 33 %, contre 35 % auparavant. À l'inverse, les banques seront mises à contribution à hauteur de 11 milliards d'euros de plus entre 2026 et 2028, date à laquelle les Italiens ne pourront prendre leur retraite à taux plein qu'à 67 ans et 3 mois, contre 67 ans auparavant.
Freins structurels à la croissanceSi les finances publiques s'améliorent, la croissance, elle, progresse péniblement. Malgré un taux de chômage historiquement bas – environ 6 % –, la consommation des ménages, qui représente près de 60 % du PIB, piétine et progresse seulement de 0,1 % au troisième trimestre 2025, selon l'Institut national des statistiques italien (Istat). La morosité touche également les entreprises. La production industrielle recule de 0,3 % en glissement annuel en octobre et le PMI manufacturier plonge à 47,9 en décembre, contre 50,9 un mois plus tôt, traduisant une contraction du niveau d'activité. La consommation et l'investissement – stimulé par les derniers déboursements des fonds de relance et de résilience de l'UE – devraient toutefois constituer les principaux moteurs de l'activité économique pour les deux prochaines années. Plus généralement, l'Italie souffre de failles structurelles qui plombent son économie. En plus d'une démographie défavorable – vieillissement de la population et baisse de la natalité –, le pays continue d'afficher une croissance de la productivité du travail largement inférieure à celle du reste de l'Europe et qui grève sa compétitivité. Ainsi, la productivité de la péninsule n'a progressé que de 0,2 % en moyenne annuelle depuis 1995, contre 1,2 % dans l'UE selon Eurostat. Malgré les efforts, « le système productif est très fragmenté, dominé par les microentreprises, ce qui limite la capacité d'exportation, la numérisation et l'innovation, autant de facteurs associés à des gains de productivité significatifs », expliquent les deux économistes de BNP Paribas.