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Story de la semaine / Matières premières / 26/01/2026

Les métaux précieux au sommet et le pétrole en eaux incertaines

Le FMI a souligné dans sa dernière mise à jour sur l'économie mondiale la capacité des agents économiques à naviguer dans l'incertitude et la surprenante résilience de l'économie mondiale, tirée vers le haut par les marchés financiers et les investissements dans l'IA. Pourtant, cette solidité macroéconomique coexiste avec une instabilité géopolitique et institutionnelle croissante : tensions commerciales, conflits régionaux, doutes sur l'indépendance des banques centrales. C'est dans ce contexte que les matières premières occupent désormais une place majeure sur la scène financière.

Métaux précieux : crise de confiance ou peur conjoncturelle ?

L'or a franchi un nouveau record au-dessus de 4 660 dollars l'once début janvier, poursuivant un rallye de 72 % sur un an. L'argent a fait encore mieux, bondissant vers 94 dollars après avoir triplé en douze mois. Ces performances ne répondent pas seulement aux indicateurs conjoncturels habituels : elles traduisent aussi une remise en question des piliers du système financier international. Le phénomène le plus révélateur est le comportement inhabituel des actifs refuges traditionnels. Le dollar ne s'apprécie pas malgré les tensions, les bons du Trésor américains voient leurs rendements monter plutôt que baisser en période de stress. Les investisseurs s'interrogent sur l'indépendance de la Réserve fédérale et scrutent l'envolée de la dette publique américaine, qui pourrait atteindre 143 % du PIB d'ici 2030 selon le FMI. Tant que les actifs américains étaient perçus comme des valeurs refuges, les investisseurs pouvaient ignorer le déficit fédéral. Cette époque semble révolue.

Pour la première fois depuis 1996, le métal jaune représente une part plus importante des réserves mondiales que les bons du Trésor américain.

Les banques centrales des pays émergents ont anticipé ce mouvement. Depuis le gel des réserves russes en 2022, elles accumulent de l'or pour diversifier leurs avoirs – Chine, Pologne, Inde et Turquie en tête. Pour la première fois depuis 1996, le métal jaune représente une part plus importante des réserves mondiales que les bons du Trésor américain. Ce basculement structurel suggère que le rallye actuel n'est pas qu'un épisode spéculatif : il traduit une recomposition durable des portefeuilles institutionnels. Avec une hausse de 63 % en 2025 – sa meilleure performance depuis quatre décennies – et des analystes de Wall Street anticipant encore 17 % de progression en 2026, le mouvement haussier n'est pas considéré comme épuisé.

L'argent : entre frénésie et signaux d'alerte

À ce mouvement de fond s'ajoute une vague d'investisseurs particuliers. Les flux vers les ETF adossés à l'or ont atteint un record de 89 milliards de dollars en 2025, contre seulement 4 milliards l'année précédente. L'or est devenu un « momentum trade », porté par la crainte de rater la hausse — une dynamique qui peut s'autoentretenir, mais expose aussi le marché à des corrections brutales. L'argent bénéficie des mêmes ressorts, amplifiés par des facteurs propres. Le marché connaît sa cinquième année consécutive de déficit structurel, avec un manque cumulé de 820 millions d'onces depuis 2021. La demande industrielle atteint des records : panneaux solaires, véhicules électriques, centres de données. Sources de pressions haussières, les nouvelles générations de cellules photovoltaïques consomment jusqu'à 50 % de métal de plus que leurs prédécesseurs, accentuant la pression sur une offre déjà insuffisante. Washington a d'ailleurs ajouté l'argent à sa liste de minéraux critiques, reconnaissant son rôle stratégique dans la transition énergétique. Toutefois, à 90 dollars l'once, des signaux d'alerte apparaissent. Les fabricants cherchent à réduire leur consommation ou à substituer l'argent par d'autres matériaux. Fait révélateur, les ETF occidentaux enregistrent des sorties nettes malgré la flambée des prix, suggérant que la demande provient surtout d'Asie et d'investisseurs à effet de levier. Le ratio or-argent, tombé à 50 contre une moyenne historique de 70, indique que l'argent a déjà beaucoup progressé par rapport à son aîné.

Pétrole : un pessimisme qui pourrait être excessif

Le pétrole présente un tableau différent. Le WTI évolue autour de 59 dollars le baril, le Brent à 64 dollars – ce qui aurait semblé impensable au lendemain de l'invasion de l'Ukraine. Depuis février 2022, les cours sont passés de 100 à 60 dollars, défiant les anticipations de flambée durable. L'excédent d'offre explique cette faiblesse : l'Opep+ a relevé ses quotas en 2025 et les stocks mondiaux se sont reconstitués. Mais les marchés semblent sous-estimer plusieurs risques. L'Agence internationale de l'énergie rappelle que 80 % de la production mondiale provient de champs ayant dépassé leur pic. La Chine, elle, continue d'acheter des volumes records pour ses réserves stratégiques, retirant ces barils du marché visible. Les positions des hedge funds sur le pétrole sont exceptionnellement baissières. Le consensus des analystes anticipe un Brent autour de 55-60 dollars en moyenne en 2026, avec un scénario baissier vers 50 dollars en cas de paix entre la Russie et l'Ukraine. Dans un monde où la géopolitique peut basculer rapidement, le décalage entre le pessimisme des traders et les risques latents pourrait réserver des surprises : perturbation au Moyen-Orient, troubles en Amérique latine, blocage des détroits stratégiques. La Chine illustre l'ambivalence de la période : elle stocke du pétrole par précaution tout en accélérant sa transition énergétique. Ses investissements dans les infrastructures énergétiques à l'étranger ont atteint 94 milliards de dollars en 2025, dont 18 milliards dans les renouvelables. Cela résume l'état d'esprit d'un monde qui se prépare à tous les scénarios.

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