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Le Lab / Environnement / 09/03/2026

L’eau : ressource vitale… et actif stratégique (Coalition Territoires & Transitions)

Fuites, faible réutilisation, gouvernance dispersée : une note appelle la France à repenser sa gestion de l’eau, à partir d’un modèle fondé sur davantage de sobriété et d’investissements durables.

Une station d'épuration, maillon essentiel du recyclage de l'eau (photo D.R.).
  • Le constat. La France ne manque pas d’eau, elle gère mal sa ressource. C’est le premier constat de la note "L’eau : bien commun, enjeu vital. Oser un nouveau modèle", présentée par la Coalition Territoires & Transitions aux ministres de la Transition écologique et de l’Aménagement du territoire. En dix ans, l’eau douce renouvelable a chuté de 14 % dans l’Hexagone, qui ne réutilise que 1 % de ses eaux usées traitées, contre 8 % en Italie, 15 % en Espagne et 90 % en Israël. Dans le même temps, 11 millions de Français ont reçu en 2022 une eau non conforme, tandis qu’on estime à 20 % le volume perdu dans des conduites vétustes. Toutefois, il n’y a, en France, ni fatalité, ni crise générale de l’eau. "Sa disponibilité et sa qualité dépendent des conditions géographiques, climatiques et écologiques spécifiques à chaque bassin versant".
  • Quelles pistes d’action. La note propose des leviers opérationnels pour une meilleure gestion de la ressource. D’abord, faire de la sobriété la règle : intégrer des clauses de baisse de consommation dans les contrats d’eau, mobiliser les filières professionnelles et imposer une "clause de sobriété hydrique" dans les marchés publics, comme c’est déjà le cas par exemple avec la métropole de Lille. Ensuite, accélérer la dépollution, via un fonds de capital-risque dédié et des incitations fiscales. La note plaide aussi pour changer d’échelle sur la réutilisation : faire de la REUT (réutilisation des eaux usées traitées) la norme, avec l’objectif d’atteindre 30 % d’ici 2040.
  • Avec quels moyens ? Côté financement, la Coalition Territoires & Transitions suggère un prix plancher du m³, une part fixe pour sécuriser l’investissement et la suppression du plafond mordant, qui prive les agences de l’eau de centaines de millions d’euros chaque année (ce plafond consiste à fixer, dans la loi de finances, un montant maximum de recettes pour les agences de l’eau, au-delà duquel l’État récupère les recettes). Enfin, la note recommande de clarifier la gouvernance, du bassin versant jusqu’aux intercommunalités, et traiter l’eau comme une infrastructure stratégique, y compris via un fléchage de 100 à 200 millions d’euros par an issus des concessions autoroutières pour financer de futures "autoroutes de l’eau".
  • Pourquoi c’est important. "Face aux perturbations climatiques de plus en plus fortes et de leurs conséquences sur la disponibilité de l’eau, source et support de tout le vivant, il est devenu urgent d'adapter les infrastructures d’eau potable et d’assainissement", plaide Olivier Brousse, membre de la Coalition Territoires & Transitions et ancien PDG du groupe Saur et d’Idverde. "Les solutions existent, par contre il faut désormais mobiliser les financements et renforcer les coopérations public-privé pour orienter les investissements et leurs rémunérations non pas seulement vers les volumes d’eau vendus mais vers les nouveaux défis climatiques, notamment la performance et la continuité de la distribution, mais aussi la sobriété des usages."
Cette semaine, dans la rubrique Le Lab