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Pouvoirs / Éditorial / 23/03/2026

Le sabre, la cuirasse et les drones

Un appartement de Ramat Aviv, en Israël, dévasté après une attaque de drones iraniens et l'envoi de missiles balistiques, le 19 mars 2026 (photo Erik Marmor/Getty Images/AFP).

Pendant des siècles les peuples se sont affrontés sur base d’un principe simple. Celui qui attaquait agitait son sabre. Et celui qui le repoussait s’abritait derrière sa cuirasse. Et si malgré tous ces conflits qui nous ont conduits jusqu’à l’ère atomique, la civilisation a progressé, les nations se sont renforcées, et même les arts se sont développés, c’est parce qu’il y avait un équilibre subtil entre le coût qu’il fallait dépenser pour fabriquer des milliers de sabres et celui qu’il fallait acquitter pour s’équiper de milliers de cuirasses.

Ce n’est pas l’arme nucléaire - qui est faite pour ne pas avoir à s’en servir - mais des drones bricolés, ici et là, à la chaîne et qui font autant de dégâts qu’un missile Tomahauk dont le coût est mille fois plus important. Ce sont ces "armes du pauvre" qui épuisent la Russie depuis plus de quatre ans en Ukraine. Ce sont elles que les Iraniens envoient dans les buildings de Dubaï, qui traversent le dôme de fer d’Israël, et qui ont tué l’un de nos plus brillants sous-officiers.

Le maître des horloges

Quand vous pouvez faire beaucoup de mal - et de morts - avec une arme dotée d’un simple moteur électrique face à des porte-avions, des F35 ou des sous-marins nucléaires, vous n’êtes pas forcément le plus puissant, mais vous pouvez vous défendre longtemps (comme à Kiev) et c’est vous qui devenez le maître des horloges (comme à Téhéran).

C’est dire s’il faut s’attendre à voir les États-Unis s’enliser dans un conflit long - très long - qui va distiller le poison de l’incertitude, du pétrole cher, et d’une chute des flux commerciaux. Par arrogance, par méconnaissance de l’antique Perse et par un isolement rare (80 % des habitants de la planète se placent du côté de l’Iran).

C’est un fait d’avoir onze porte-avions (dont trois seulement sont en état de marche). C’en est une autre d’empêcher le départ d’un nuage de drones. Et ce ne sont pas quelques milliers de commandos qui pourront - hélas - inverser ce rapport de force dans un pays grand comme trois fois la France.

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