Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Pouvoirs / Éditorial / 30/03/2026

Le risque du chaos

David Guiraud, de La France Insoumise, le soir de son élection à la mairie de Roubaix et Bruno Retailleau, dénonçant entre les deux tours des municipales, les accords entre le PS et LFI (photos François Lo Presti / Julien de Rosa / AFP).

À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, la classe politique française offre un spectacle misérable dont elle a le secret. À peine tournée la page des élections municipales, le ballet des ambitions individuelles a repris de plus belle à droite. Plus il y a de candidats sur cette partie-là de l’échiquier politique moins il y a d’idées. Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, David Lisnard, Jean-François Copé, Michel Barnier ou Valérie Pécresse se regardent en chiens de faïence, incapables de s’entendre sur une méthode de désignation. Edouard Philippe peine à exister en dehors du Havre. Gabriel Attal est devenu transparent à force de s’éloigner d’Emmanuel Macron. Gérald Darmanin ne sait plus où il habite. Quant à Sébastien Lecornu, il a disparu…

Tout cela, Jordan Bardella l’a bien compris. Le Président du Rassemblement national a dénoncé la déconnexion entre les attentes des électeurs de droite et la vacuité des "chefs à plume" des Républicains. Et il tend la main à ceux qui en ont assez de ces "guéguerres" de cour de récréation. Même si les municipales ont montré qu’il existait toujours un solide plafond de verre contre cette tentation extrémiste.

À gauche, la situation n’est pas meilleure. Faute d’avoir fait preuve de clarté dans l’attitude à tenir vis-à-vis du radicalisme de La France Insoumise, le parti socialiste se retrouve affaibli et divisé. Et ce ne sont pas des électrons libres comme Raphaël Glucksmann ou Bernard Cazeneuve qui vont rénover à eux seuls une social-démocratie de bon aloi à l’instar de celle que vivent les Britanniques ou les Espagnols.

Tout cela prépare la route au chaos que serait, au printemps 2027, un affrontement entre les deux extrêmes. Avec comme point commun à ces deux pôles, la même violence rhétorique, le même simplisme idéologique et surtout la même détestation de l’économie de marché et du capitalisme libéral. La France peut-elle se permettre une telle élection ? La réponse est non. Mais pour l’éviter, il faudrait que les ambitions personnelles s’inclinent devant l’intérêt général et que les uns et les autres se mettent enfin à travailler sur des idées neuves plutôt que de ressasser des concepts surannés.

Le compte à rebours a commencé. Et pendant que nos responsables politiques jouent aux apprentis sorciers, les signaux d’alarme se multiplient. Les entrepreneurs regardent ailleurs avec une attention croissante. Les fonds d’investissement intègrent dans leurs modèles un "risque France" qui ne cesse de s’alourdir. Ce n’est pas une menace : c’est une réalité qui se joue maintenant, bien avant le premier tour. Car si l’argent ne vote pas, il part. Vite. Très vite. Et il est toujours beaucoup plus long et douloureux de le faire revenir.

Précédents éditoriaux