On ne soigne pas un pays avec des pansements ! >
La bureaucratie française et européenne a l’art de produire des rapports en pagaille, que personne – ou presque – ne lit. La prestigieuse Direction du Trésor a ainsi publié, il y a quelques jours le Rapport d’Avancement Annuel plus connu par les énarques de Bercy sous l’acronyme de RAA. Il s’agit d’un document que nous devons produire chaque année à destination de Bruxelles, depuis que la France a été placée en juillet 2024 sous la procédure de déficit excessif.
Ce document doit donc expliquer au Conseil de l’Union européenne les progrès que nous nous sommes engagés à accomplir en matière de réformes et d’investissements afin de retrouver d’ici à 2029 un niveau de déficit acceptable. Il s’agit un peu du compte rendu de la manière dont nous nous acquittons des punitions qui nous ont été attribuées en raison de l’impéritie successive des premiers ministres et des ministres de l’économie nommés par Emmanuel Macron.
Peut-être est-ce mieux que ce rapport ne soit pas trop lu, faute de quoi la consommation d’antidépresseurs connaîtrait une forte envolée… Une courageuse sénatrice, membre de la commission des finances de la Haute Assemblée a lu ce rapport. Il faut dire qu’elle a travaillé par le passé à la Cour des comptes. Surtout, elle a été vice-championne de France de triathlon, une discipline de rigueur et d’endurance. Il s’agit de Christine Lavarde, une élue du département des Hauts-de-Seine.
En lisant ce rapport elle a découvert que la pièce maîtresse de notre crédibilité budgétaire pour revenir dans les clous imposés par Bruxelles, c’est que sur les 650 milliards d’euros de dépenses de sécurité sociale, le gouvernement a réussi à identifier 381 millions d’euros d’économies. Soit 0,06 % de l’argent dépensé pour maintenir notre fameux modèle social. L’une des réussites majeures de nos grands argentiers est d’avoir fait économiser 20 millions d’euros en limitant à la fois la durée de prescription et la taille des conditionnements de pansements…
Ces 381 millions d’euros économies réalisées cette année ne pèsent pas très lourd face à l’accroissement de 20 milliards d’euros de la charge de la dette. Ce n’est même pas une goutte d’eau par rapport à l’engagement officiel que nous avons pris l’an passé de réaliser 100 milliards d’euros d’économies d’ici 2029. Si cette gestion de l’argent public n’était pas aussi médiocre, on pourrait presque en rire…
Mais comme François Villeroy de Galhau, le Gouverneur de la Banque de France l’a rappelé, "nos arbitrages collectifs ont été jusqu’à présent effectués en faveur des seniors". Les dépenses de retraite et de santé, mais aussi le recours au déficit, ont progressivement privilégié les générations les plus âgées. Avant d’avertir qu’à force de faire "de tels choix gérontocratiques", la France ne pourra pas bien préparer l’avenir. Résultat : la démographie se dégrade, puisque les jeunes perdent espoir ; la productivité décroche car nous travaillons beaucoup moins que nos voisins ; et si le déficit baisse très légèrement, c’est uniquement parce que les impôts augmentent.
Ce RAA que personne ne lira hélas, ni à droite, ni à gauche et encore moins aux deux extrêmes de l’échiquier politique, montre finalement que l’État ne sait plus et ne peut plus ni penser ses missions, ni redéfinir ses structures, ni effectuer des choix. Tout ce qu’il peut faire c’est de rogner la taille des pansements. Et si ces derniers suffisent à cacher des plaies, ils ne permettent pas de guérir. Le pays de Molière n’est plus aujourd’hui un "malade imaginaire". Il souffre d’une maladie qui ne figure pas dans le Larousse médical : le manque de courage.