La cathédrale industrielle et ses piliers >
Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Un an avant de quitter l’Élysée d’où il préside la France depuis neuf ans, Emmanuel Macron vient de réaliser que notre outil industriel dépérit, et que les normes empêchent bien souvent de nouvelles usines de voir le jour. Même au bout de cinq ans ou huit ans. Alors qu’en Allemagne il faut moins de deux ans pour passer de la prise de décision à l’ouverture d’un nouveau site de production.
Le Chef de l’État souhaite donc s’inspirer de la méthode retenue pour reconstruire en cinq ans Notre-Dame de Paris, afin de simplifier les procédures, de supprimer les étapes inutiles et de s’attaquer aux lourdeurs administratives. Ses services ont dressé une liste de 150 cathédrales industrielles à rebâtir en priorité. Mais qui ne verront pas le jour avant… 2030 dans le meilleur des cas.
D’ici là les entreprises françaises vont continuer à payer une CVAE (impôt de production qui pénalise l’outil de travail). Elles risquent de voir leur capital fragilisé par les coups de boutoir portés par les socialistes sur le Pacte Dutreil, et leurs marges rognées par les surtaxes qui accablent de manière stupide le "Made in France". Alors que de l’autre côté des Alpes il existe désormais un ministère pour soutenir, faciliter et développer le "Made in Italy".
Ce que propose Emmanuel Macron vise seulement à faciliter l’inventaire du foncier disponible, à alléger les procédures qui favorisent la protection des hannetons plutôt que celle des emplois industriels et à limiter les recours juridiques. C’est un début. Mais pour construire une cathédrale, il faut des tailleurs de pierres, des poutres en chêne, des clés de voûte, des rosaces. C’est-à-dire des Français qui sont prêts à se retrousser les manches, à travailler plus que 35 heures par semaine, à renoncer au télétravail et à trop de congés. Il faut aussi pousser des jeunes vers l’industrie, comme le suggérait il y a quatre ans Nicolas Dufourcq, dans son remarquable livre sur la désindustrialisation de la France.
Il faut enfin des capitaux, et donc un système de retraite par capitalisation qui permet d’orienter l’épargne des ménages vers ces "cathédrales", afin que les Français puissent en toucher les dividendes pour leurs vieux jours. Tout cela, Emmanuel Macron s’est bien gardé d’en parler. Ce n’est pas de la gauche radicale qu’il faut attendre quoi que ce soit sur ce sujet. Ni de l’extrême droite que le patronat "intronise" un peu trop vite. Ni du centre mou d’Edouard Philippe ou du bonapartisme médiocre de Bruno Retailleau…
Peut-être verra-t-on apparaître un homme ou une femme qui sache enfin parler de la France autrement qu’à travers des tableaux Excel ? Car le plus important de nos déficits ne concerne ni les comptes publics, ni la balance commerciale, mais le destin commun d’un pays divisé, fracturé, voire décivilisé.
Emmanuel Macron a pris l’image de Notre-Dame de Paris. Sans connaître une anecdote attribuée à Saint Louis visitant, en 1248, le chantier de la future cathédrale. Face à un premier ouvrier, il lui demanda "Que fais-tu ici ?", avant de s’entendre répondre : "Sire, je taille une pierre". Déçu par la platitude de cette réponse il posa la même question à un autre maçon qui lui répondit : "Sire, je travaille pour faire vivre ma famille". Encore déçu, il s’approcha d’un troisième artisan qui s’exclama avec large sourire : "Sire, je bâtis une cathédrale". Ce qui montre que chacun à sa place peut et doit avoir le sentiment de participer à une œuvre collective de restauration du Pays, en commençant par ses principaux piliers.