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Pouvoirs / Éditorial / 13/04/2026

Travailler moins et coûter plus : le vrai mal français

Document Cerfa de déclaration d’arrêt de travail (photo Jean-Michel Delage/Hans Lucas via AFP).

Depuis 2018, le coût d’indemnisation des arrêts de travail (hors Covid) a augmenté de plus 51 %. En valeur absolue, cela représente une dépense supplémentaire de 6 milliards d’euros pour la collectivité. Sur le plan strictement comptable, cette trajectoire explosive n’est pas soutenable, comme l’a souligné David Amiel, le ministre délégué aux comptes publics.

D’autant qu’à ces heures et ces jours perdus il faut ajouter le coût d’arrêt des fonctionnaires, estimé à 15 milliards d’euros (en 2022, car bizarrement il n’y a pas de chiffre plus récent). Et puis surtout, il y a le coût de tout le travail qui n’est pas réalisé à cause de ces arrêts et de toutes les richesses qui ne sont pas produites. Tout cela dans un pays où on ne compte que 666 heures travaillées par habitant et par an, soit le chiffre le plus bas de tous les pays de l’OCDE.

Alors, bien sûr, il existe des quantités de sociologues ou de psychologues du travail pour expliquer que tout cela est normal. Bien sûr, on nous affirme que le relèvement de l’âge de la retraite fragilise des seniors au travail. On nous culpabilise avec la perte de sens qui existerait dans le monde du travail, illustrée par la forte augmentation des burn-out. Enfin, et c’est peut-être là, la cause la plus crédible : dans un pays où le travail d’un tiers des Français ne paie pas assez pour vivre, pourquoi donc se rendre au bureau ou à l’usine, alors que pousser la porte de certains médecins suffit à décrocher le sésame d’un arrêt de travail.

Dans un pays perclus de dettes, où le montant des charges financières constitue le premier poste budgétaire, la réponse des pouvoirs publics à ce dérapage risque d’être à la fois comptable et punitive. Tant pour ceux qui bénéficient d’arrêts de travail de complaisance que pour les médecins qui en délivrent.

Le problème c’est que ce sujet des arrêts de travail, comme celui de l’impossibilité de faire travailler des apprentis boulangers ou fleuristes le 1er mai, revêt une dimension symbolique, quasi sacrée, dans notre pays où depuis un quart de siècle existe cet absurde concept de réduction du temps de travail, où le travail est considéré comme une aliénation. Alors qu’il peut être une forme d’épanouissement. Comme disait Ronald Reagan "il ne s’agit pas simplement d’une question de bon sens économique ; mais d’une question de dignité humaine".

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