Emmanuel Macron enclenche son “année de l’indépendance” >
À partir de ce lundi 20 avril, en Pologne, Emmanuel Macron ouvre une séquence diplomatique d’une densité rare. Avec, au centre, la question de l’indépendance.
- L’agenda du Président. Le chef de l’État se rend ce lundi à Varsovie, dans le prolongement du traité de coopération franco-polonais signé l’an dernier à Nancy, sur fond de guerre en Ukraine et de sécurité européenne. Il participera ensuite, jeudi et vendredi à un sommet à Chypre, où les tensions régionales, autour de l’Iran, seront au cœur des échanges, avant d’enchaîner avec une visite d’État en Grèce vendredi et samedi. À Athènes, des accords de défense qualifiés de “nourris” sont en préparation, avec des retombées attendues pour plusieurs industriels français. Le président de la République se rendra ensuite en Andorre, la semaine prochaine, les 27 et 28 avril, dans le cadre de ses fonctions de coprince, pour une visite institutionnelle. À l’automne dernier le déplacement avait été reporté, sur fond de crise politique marquée par la démission puis la reconduction de Sébastien Lecornu à Matignon. Après un arrêt à Paris, il s’envolera ensuite du 3 au 5 mai en Arménie, pour participer au sommet de la Communauté politique européenne (CPE), avant de se rendre les 11 et 12 mai au Kenya, pour le sommet Afrique-France, consacré aux partenariats entre la France et l’Afrique.
- L’info à retenir. Derrière cet enchaînement inhabituel, l’Élysée cherche à imprimer une ligne claire pour la fin du quinquennat : faire de 2026 une "année de l’indépendance".
Indépendance militaire, dans un contexte de guerre en Ukraine et de recomposition des alliances européennes.
Indépendance énergétique, alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz ravivent les inquiétudes sur les approvisionnements.
Indépendance industrielle, enfin, avec une diplomatie assumée comme levier de débouchés économiques, notamment dans le secteur de la défense. Autrement dit, une tentative de donner une cohérence stratégique à une séquence internationale éclatée. - En coulisses. À l’Élysée, le concept d’"Indépendance year" est théorisé par l’entourage du chef de l’État. "Deux quinquennats percutés par les crises ont fini par imposer ce logiciel", confie un conseiller. Du Covid à la guerre en Ukraine, en passant par les tensions au Moyen-Orient, l’exécutif considère que la question de l’autonomie (sanitaire, militaire et énergétique) s’est progressivement imposée comme un fil conducteur. Cette lecture irrigue désormais l’ensemble de la diplomatie présidentielle, jusqu’au Quai d’Orsay.
- Entre les lignes. Cette séquence traduit un déplacement du centre de gravité du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Sur le front intérieur, le Président évolue sous contrainte : pas de majorité à l’Assemblée, tensions budgétaires et débats sociaux à répétition. À l’inverse, le terrain international reste le dernier espace où il conserve une pleine capacité d’initiative. En investissant massivement ce champ, Emmanuel Macron garde la main là où il peut encore fixer le tempo, au risque d’accentuer le décalage avec une opinion davantage préoccupée par les enjeux de pouvoir d’achat et de fiscalité.
- Ce que cela révèle. Cette "année de l’indépendance" dit moins une rupture qu’une tentative de synthèse. Elle vise à "relire les deux quinquennats à l’aune d’une même grille", analyse un proche du chef de l’État : celle d’un pays confronté à une succession de chocs et contraint d’adapter en permanence ses outils de souveraineté. Reste une inconnue pour le locataire de l’Élysée : la capacité de ce récit à s’imposer, dans un pays où les priorités demeurent, elles, résolument domestiques.