CMA-CGM et l’Adit, bientôt actionnaires des Rencontres d’Aix
Coup de théâtre au sommet du "Davos français" : Jean-Hervé Lorenzi prépare l’ouverture de 40 % du capital des Rencontres d’Aix-en-Provence à CMA-CGM, l’Adit et Bpifrance.
- Ce qu’il faut retenir. C’est une opération discrète mais lourde de sens qui va rebattre les cartes du plus prestigieux forum économique français. Les Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, société présidée par Jean-Hervé Lorenzi, s’apprêtent à accueillir, en septembre prochain, trois nouveaux actionnaires au terme d’une augmentation de capital réservée. À l’issue de l’opération, ce trio détiendra ensemble 40 % de la structure organisatrice. Dans le détail : CMA-CGM - de l’armateur marseillais Rodolphe Saadé - entrera à hauteur de 15 %. À ses côtés, le groupe Adit, spécialiste de l’intelligence économique et partenaire de longue date de CMA-CGM dans ce domaine, prendra lui aussi 15 %. Bpifrance, déjà présente dans l’écosystème d’Aix comme organisatrice du "Village start-up", complétera le tour de table avec 10 %. Interrogées par nos soins, les trois parties ont confirmé le schéma de l’opération. Mais la réalisation de celle-ci reste sujette à l'approbation du Cercle des Economistes et de ses membres, issus du monde académique, ainsi que le précise Jean-Hervé Lorenzi.
- Pourquoi c’est important. Parce que cette transaction pourrait faire entrer au capital un acteur intimement lié à la région et porteur d’une ambition assumée : faire grandir ce "Davos français" né en 2001. L’entrée de CMA-CGM n’a rien d’un placement passif. L’armateur, dont le siège marseillais domine la Méditerranée, voit dans les Rencontres un formidable amplificateur d’influence, ou comme l'on dit un outil de "soft power". L’objectif affiché : doper l’événement aixois, peut-être en élargir le format et pourquoi pas lancer d’autres rendez-vous estampillés Cercle des économistes.
Surtout, l’opération s’inscrit dans la stratégie au long cours de CMA-CGM pour transformer l’axe Aix-Marseille en nœud de diplomatie économique et de géopolitique méditerranéenne. Entre le port, la logistique et désormais les médias et les think tanks, le groupe Saadé tisse méthodiquement une toile où l’économie réelle et la production d’idées se renforcent mutuellement. Aix devient une pièce maîtresse de cet échiquier. - En coulisses. Les Rencontres d’Aix aiguisaient les appétits. Plusieurs grands noms de la communication ont tenté de mettre la main sur ce joyau de l’influence. Havas figurait parmi les prétendants les plus sérieux. Mais ses liens avec la galaxie Bolloré sont devenus, pour beaucoup, rédhibitoires. Publicis a lui aussi manœuvré dans les coulisses. Jean-Hervé Lorenzi a préféré une solution plus subtile. En répartissant une minorité du capital entre trois actionnaires il divise pour continuer à régner. Le "Davos français" change de visage, mais pas encore de patron.