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Business / Infrastructures / 31/08/2026

Le grand écart de Meridiam entre Ankara et Athènes

Le fonds français préparerait une offre sur les deux ponts mythiques d’Istanbul après avoir pris le contrôle du câble électrique Grèce-Chypre que la marine turque avait bloqué en Méditerranée.

Le pont Fatih Sultan Mehmet, suspendu au-dessus du Bosphore, dont Meridiam espère décrocher la concession (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut savoir de ce projet. Meridiam préparerait, en tandem avec le constructeur turc Makyol, une offre pour les droits d’exploitation des deux ponts du Bosphore, joyaux du programme de privatisation qu’Ankara s’apprête à lancer. Le pont des Martyrs du 15-Juillet (1973) et le pont Fatih Sultan Mehmet (1988), seuls liens routiers entre l’Europe et l’Asie au cœur d’Istanbul, ont absorbé respectivement 185 301 et 239 217 passages de véhicules par jour en 2025. Le second, maillon du réseau transeuropéen, est le premier corridor de fret entre les deux continents. Avec les neuf autoroutes à péage adossées à l’opération, le réseau a enregistré 585,9 millions de transits l’an dernier, pour 1,9 milliard de livres turques de recettes de péage. L’appel d’offres, piloté par EY, mandaté en février, serait découpé en quatre lots. L’enjeu est vital pour la Turquie, qui vise 185 milliards de livres de recettes de privatisation en 2026 pour contenir un déficit public menaçant d’atteindre 4 % du PIB. 
  • Pourquoi c’est important. Cette marque d’intérêt n’a rien d’anodin. Avec 25 milliards d’euros d’actifs sous gestion et plus de 130 projets, du tunnel du port de Miami à l’autoroute A5 allemande, le fonds fondé par Thierry Déau en 2005 jouerait là un ticket d’entrée dans le club très fermé des méga concessions. Meridiam connaît le terrain : il a développé cinq hôpitaux géants en Turquie, dont ceux d’Adana et Gaziantep, avec Rönesans Holding. Son allié Makyol, actionnaire via Otoyol de l’exploitant de l’autoroute Gebze-Izmir et du pont d’Osmangazi, lui apporte l’ancrage local indispensable dans un pays où rien ne se signe sans partenaire domestique. La concurrence s’organise déjà : le portugais Brisa discute avec Ankara depuis avril, et plusieurs constructeurs turcs courtisent des investisseurs étrangers pour monter leurs propres consortiums.
  • Entre les lignes. Le paradoxe est ailleurs. Début août, Meridiam a créé la surprise en rachetant 66 % du Great Sea Interconnector (GSI), câble sous-marin de 1 300 kilomètres devant relier la Grèce à Chypre, chantier à 1,9 milliard d’euros de Nexans enlisé depuis deux ans. En cause : l’irruption, en juillet 2024, de cinq navires de guerre turcs, qui avaient chassé le navire d’exploration du câblier, Ankara revendiquant une partie du plateau continental traversé par le tracé. Meridiam se retrouverait ainsi dans une position d’équilibriste inédite : courtiser Erdogan pour ses ponts tout en défiant sa marine en Méditerranée orientale.
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