Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Business / Technologie / 14/09/2026

Mistral vend désormais davantage du calcul que de l’intelligence artificielle

Mistral lève 3 milliards d’euros et vaut désormais 21 milliards. Derrière le record européen, un laboratoire devenu hébergeur, et des parrains historiques qui n’ont pas remis un euro au pot.

Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, arrivant à l'Élysée, pour le dîner d'État en l'honneur du président Sud Coréen Lee Jae myung, le 8 septembre 2026 (photo Ludovic Marin/AFP).
  • Ce qu’il faut retenir. Trois milliards d’euros en equity, une valorisation de 21 milliards et le titre de plus grosse levée de fonds jamais bouclée par une société technologique européenne : Mistral AI a annoncé mardi dernier une série D record. Samsung Electronics mène le tour, dans le sillage de la visite du président sud-coréen Lee Jae-myung à Paris. Déjà entré en série B, le coréen prend cette fois une part significative. À ses côtés, deux co-leads : le tout jeune Scaleup Europe Fund, géré par EQT, et PSG Equity, arrivé un an plus tôt. Trois entrants : Advent, des fonds gérés par BlackRock et le Grand-Duché de Luxembourg (pour 10 millions d’euros seulement). Orrick conseillait Mistral, comme toujours, sous la conduite de Benjamin Cichostepski. L’argent ira au calcul avec des data centers en France et en Suède, un gigawatt visé d’ici à 2030. La société revendique plus de 1 000 salariés et vise un milliard d’euros de revenus récurrents fin 2026.
  • Pourquoi l’évolution de Mistral questionne. Mistral avait promis à l’Europe un laboratoire de premier plan, et Mistral 7B puis Mixtral avaient tenu la promesse. Large 3, sorti en décembre 2025, l’a écornée avec une architecture qui reprenait celle du chinois DeepSeek. Depuis le mois d’août, la plateforme met en avant GLM, le modèle du laboratoire chinois Z. ai, servi tel quel, sans le moindre réentraînement. Le directeur technique, Timothée Lacroix, l’a justifié sans détour : le modèle est excellent, ouvert, et rien ne justifiait de s’en priver. Mais est-ce vraiment ce que l’on attendait d’un laboratoire français de l’IA ? Interrogé par Les Échos, Arthur Mensch n’oppose qu’un argument aux sceptiques : l’Europe détient plus des deux tiers du capital et les fondateurs contrôlent le conseil. Soit la souveraineté du bâtiment, non celle de ce qu’il abrite.
  • Entre les lignes. À l’occasion de cette levée de fonds la liste des absents est plus éloquente que celle des présents. Xavier Niel, Rodolphe Saadé et Exor Ventures, tous trois au tour d’amorçage de juin 2023, ne figurent pas dans cette série D. Ni Sofina, ni JCDecaux Holding, ni Motier Ventures, ni Mubadala, entré en série C. Le cas Saadé est le plus parlant : CMA CGM a signé un contrat de 100 millions d’euros sur cinq ans avec Mistral, mais ne remet pas un euro au capital. Or ni Niel ni Exor, ni la famille Saadé ne manquent de capital, encore moins d’appétit pour l’IA. Ces investisseurs avaient souscrit à un pari de recherche. On leur propose aujourd’hui un fournisseur d’infrastructure valorisé vingt et une fois ses revenus attendus. Arthur Mensch prévient que ce ne sera "certainement pas" sa dernière levée. La question n’est plus de savoir ce que sera sa prochaine "equity story".
Cette semaine, dans la rubrique Business
Mais aussi