Ces trois dossiers qui attendent une décision de Bercy >
Maintenant que le président de la République est installé dans ses fonctions pour un nouveau mandat, après une large victoire électorale, il lui reste à former un gouvernement qui lui permettra de mener les réformes qu'il a annoncées. Mais aussi, dans un premier temps pour conduire la bataille des élections législatives. Dans la mesure où l'usage de nos institutions veut que le Premier ministre soit le chef de la majorité parlementaire.
Pour l'heure Bruno Le Maire espère bien succéder à lui-même. Ce qui lui permettrait de rejoindre Valéry Giscard d'Estaing au palmarès des ministres de l'Économie qui ont occupé ce poste aus-si longtemps. Selon nos informations, l'actuel locataire de Bercy voudrait briguer dans deux ans la présidence du FMI occupée actuellement par la Bulgare Kristalina Georgieva. C'est un poste qui a été souvent « réservé » à des Français (Jacques de Larosière, Michel Camdessus, Dominique Strauss-Kahn, Christine Lagarde). Il a surtout la particularité d'être très bien rémunéré avec une indemnité de fonction (non imposable) d'un peu plus de 550 000 dollars. Soit cinq fois plus que ce que perçoit un ministre en exercice. En attendant cette échéance, le ministre de l'Économie va devoir régler quelques dossiers industriels d'importance.
EDF, Renault, Air France : ces trois grandes entreprises font face à des problèmes financiers et sont dans l'obligation de redéfinir tantôt leurs alliances, tantôt leur gouvernance. Le tout sous l'œil vigilant de l'État français, très attentif aux évolutions de ces trois fleurons de l'économie hexagonale.
1. EDF et les tarifs électriquesEn raison d'un plafonnement des tarifs de l'électricité revendue par EDF aux opérateurs alternatifs, l'électricien français va voir les résultats de son exercice en cours plonger de 26 milliards d'euros au moins. Ce qui signifie que le groupe dirigé de main de maître par Jean-Ber-nard Lévy aura des comptes dans le rouge cette année. Autre raison de ces mauvais résultats : l'indisponibilité d'une partie trop importante de son parc de réacteurs nucléaires. Il semble que beaucoup d'entre eux rencontrent des problèmes de corrosion. Néanmoins, l'électricité d'origine nucléaire présente deux gros avantages : c'est la moins chère et elle est entièrement décarbonée. Ce qui a amené le chef de l'État à promettre la mise en chantier de six nouveaux réacteurs.
En plus de la question des tarifs plafonnés (en raison de l'envolée du prix spot de l'électricité, aligné sur celui du gaz) se pose aussi la celle de la restructuration capitalistique d'EDF. Ce projet, qui a eu pour nom projet Hercule, puis projet H, est au point mort. Notamment du fait de Bruxelles qui ne voit pas d'un bon œil une éventuelle renationalisation d'EDF avec une sanctuarisation de la « rente nucléaire » et des « provisions pour démantèlements futurs ». Malgré tout, avenue de Wagram, au siège de l'électricien, on espère aboutir enfin à une solution pérenne tant sur la question des tarifs que de l'organisation du groupe.
2. Renault et la cotation des activités électriquesAlors que le marché automobile ne cesse de dégringoler, affectant les comptes de Renault, la firme au losange doit mener deux batailles à la fois. D'une part, préparer la sortie du thermique (imposée par Bruxelles à 2035 au plus tard) et donc la montée en puissance de sa capacité de production de véhicules électriques. D'autre part, re-considérer la nature de son alliance capitalistique et industrielle avec Nissan. Depuis l'affaire Carlos Ghosn qui a créé une crise de confiance entre les deux partenaires, l'Alliance Renault-Nissan est « virtuelle ». Il ne s'y passe plus rien. Et les 43 % du capital de Nissan que possède Renault représentent une immobilisation d'argent de 7 milliards d'eu-ros. Soit autant que la valeur totale de Renault en Bourse. Bercy et sans doute l'Élysée doivent donc trancher sur deux sujets cruciaux : d'un côté, l'éventuel abaissement de cette participation qui procurerait du cash destiné à être investi dans l'électrique ; de l'autre, la cotation des activités électriques de Renault (qui seront fortement « pricées » par le marché). Une opération qui, si elle était acceptée, verrait le jour fin 2023. Peut-être que sur ces deux sujets Jean-Dominique Senard, le président de Renault, et Luca de Meo, le directeur général, pourront en dire plus en septembre à l'occasion d'un « investor day ».
3. Air France et une nécessaire recapitalisationL'avionneur français qui peine à se remettre de la crise sanitaire et qui est de surcroît affecté par la guerre en Ukraine doit impérativement procéder à une recapitalisation, si possible avant fin juin, pour respecter les engagements pris devant la Commission européenne. L'État néerlandais, Delta Air Lines et China Eastern devraient participer à cette augmentation de capital d'un montant compris entre 4 et 4,54 milliards d'euros. Les banquiers de l'avionneur travaillent sur la combinaison d'une augmentation de capital et d'une émission d'obligations perpétuelles convertibles, considérées comme des quasi-fonds propres. À cela devrait s'ajouter des cessions d'actifs, pour un montant pouvant atteindre 500 millions d'euros. Rappelons qu'à ce jour la valeur boursière de la compagnie est de 2,5 milliards d'euros.
Par ailleurs, Emmanuel Macron doit procéder à la nomination d'un nouveau président non exécutif d'Air France-KLM, car le mandat d'Anne-Marie Couderc (qui a déjà été prolongé) arrive à échéance. Le candidat naturel est Bernard Spitz (patron des Gracques) et déjà administrateur d'Air France. Mais Florence Parly, qui a dirigé Air France Cargo convoite aussi le poste si elle n'est pas reconduite au ministère des Armées. Or son mari Martin Vial, patron de l'APE, est déjà administrateur d'Air France-KLM. Ce qui pose d'emblée un problème de népotisme, même s'il démissionne pour lui laisser la place.