Le drame de la sobriété subie >
>Les pouvoirs publics n'ont plus que le mot « sobriété » à la bouche sans que l'on sache s'il s'agit d'une conversion subite à la décroissance, prônée par certains écologistes, ou à une tentative d'adaptation à la crise énergétique et à cette « fin de l'abondance » annoncée sur un ton lugubre par le président de la République.
Mais sans attendre que l'État annonce son vaste plan « incitatif » de sobriété, de très nombreuses entreprises ont opté, nolens volens, pour une sobriété radicale en arrêtant complètement leurs fours. C'est ce qui explique la chute de 30 % des livraisons de gaz aux industriels européens. Ce chiffre – livré par Jean-Pierre Clamadieu, le président d'Engie – est terrible. Car lorsqu'une cimen-terie, une verrerie ou une aciérie décide d'arrêter ses fours, elle met des centaines de salariés en chômage partiel et plonge dans la torpeur tout un territoire.
Tout cela explique les très mauvais chiffres dévoilés par l'Insee concernant l'activité manufacturière, mais aussi l'acquis de croissance pour 2023. Des chiffres qui donnent raison aux sages du Haut Conseil des finances publiques qui jugeaient fantaisistes la prévision de croissance de 1 % retenue par Bercy pour le projet de loi de finances. La Banque de France, elle, n'a pas exclu que nous nous rapprochions de la récession. Avec la sobriété voulue, choisie ou subie, nous nous y précipitons à grands pas.