La France n'en finit pas de marcher en crabe
Parmi les « passions tristes » de nos compatriotes qui désolent tant Emmanuel Macron il y a cette incapacité à regarder la réalité en face. C'est ainsi qu'il avait un jour qualifié les Français de « gaulois réfractaires au changement ». Ce déni de réalité très hexagonal oblige de fait les politiques à biaiser et à avancer en crabe.
C'est la méthode qu'a choisie Élisabeth Borne avec son projet de réforme des retraites qui devrait entraîner, dès ce jeudi, une paralysie de la France, du métro aux carburants en passant par toute la fonction publique. Qu'on en juge. Pour parvenir à générer 10,3 milliards d'euros d'économies en 2027, puis 17,7 milliards d'euros en 2030, la Première ministre a été contrainte d'annoncer des « zakouskis » dont le coût portera sur 2,8 milliards d'euros dans cinq ans, puis 4,8 milliards d'euros dans sept ans. Et les régimes spéciaux vont continuer à perdurer pendant plusieurs décennies, même si les nouveaux entrants n'en profiteront pas.
Albert Camus pensait que l'on pouvait « imaginer Sisyphe heureux ». Car en ayant conscience d'accomplir toujours la même tâche, il peut choisir de mépriser sa propre tragédie. Celle de ne pas pouvoir transformer une France paralysée par un conservatisme insupportable et un refus de s'adapter aux changements du monde qui nous entoure. Le problème c'est que, jeudi prochain, les milliers de manifestants ne marcheront pas en crabe, eux, convaincus que le pays les soutient.