Émeutes en Nouvelle-Calédonie : anatomie d'une (sortie de) crise >
C'est par 351 voix contre 153 que l'Assemblée nationale a adopté, mercredi 15 mai peu après minuit, la proposition de loi constitutionnelle destinée à étendre aux résidents depuis plus de dix ans le corps électoral des élections provinciales et au Congrès en Nouvelle-Calédonie. Un vote dont la perspective avait, sur place, provoqué émeutes et pillages, la nuit précédente. Voté dans les mêmes termes qu'au Sénat le 2 avril, le texte pouvait être aussitôt proposé par Emmanuel Macron au Congrès pour adoption définitive. Ce dernier avait toutefois annoncé dès dimanche 12 mai qu'il ne convoquerait pas ce Congrès « dans la foulée ». Et demandé que l'ensemble des parties prenantes soient invitées à Paris pour rencontrer le gouvernement. Mais une fois le texte voté, il a indiqué par courrier aux leaders des partis calédoniens qu'il s'agissait de trouver un accord global. Et a précisé qu'en l'absence de cet accord le Congrès se réunirait avant la fin juin.
Reste qu'un accord global, même conclu dans plusieurs mois, peut encore changer la donne : modifié par le Sénat, l'article 2 du projet de loi prévoit en effet que le « dégel » s'applique dès le 1er juillet 2024... mais qu'il devient « caduc » si « un accord portant sur l'évolution politique et institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie » est conclu au plus tard dix jours avant les élections. « Objet constitutionnel non identifié », qualifié de « baroque » et de « surréaliste » par des orateurs du débat, ce « dégel » obtenu par les « loyalistes » sans contrepartie pour les indépendantistes, assorti d'un ultimatum et « en même temps » d'une clause de sortie hypothétique, s'est éloigné de l'« esprit » des accords de Paris et Nouméa.
Dans Nouvelle-Calédonie. La tragédie, enquête approfondie publiée ce 23 mai aux éditions du Cerf, Patrick Roger, ancien journaliste au Monde décrit un processus de Nouméa aux résultats contrastés, et observe que les trois référendums ont renforcé l'antagonisme entre les deux « camps ». Ce qui rend très ardue la tâche de qui prétend les asseoir tous à la même table. Tentative à laquelle se sont employés vendredi soir Gabriel Attal, les présidents de l'Assemblée et du Sénat Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, et les élus des groupes de liaison des deux chambres. La date proposée par Matignon aux dirigeants de toutes les formations calédoniennes pour les recevoir à Paris pourrait être le 27 mai. Jour espéré de fin de l'état d'urgence.