La trahison des clercs >
P our la première fois, Jordan Bardella a trébuché face au Premier ministre à l'occasion d'un débat organisé jeudi dernier. Il a été déstabilisé sur les sujets économiques, internationaux et environnementaux. Mais aussi combatif qu'a pu être Gabriel Attal face au président du Rassemblement national, ce dernier continue de faire la course en tête pour les prochaines élections européennes. Les différents sondages publiés lui donnent un score qui pourrait être deux fois supérieur à celui de Valérie Hayer, la tête de liste Renaissance. Tout cela aura pour conséquence d'envoyer une trentaine de députés européens à Strasbourg. Le problème que pose l'attitude – déjà triomphale – de ce jeune tribun qui se voit en futur Premier ministre d'alternance après 2027,
c'est qu'elle amène trop de Français à se dire : « Pourquoi pas ? » Ou à se résigner en comptant sur l'Euro, l'Europe, et l'État profond pour jouer les garde-fous face à une extrême droite parvenue au pouvoir. Mais notre Constitution n'est pas celle de l'Italie. Et le couple Le Pen-Bardella aura bien plus de pouvoirs que ceux dont dispose Giorgia Meloni. C'est pour cela qu'il est bien triste d'assister à la trahison de nos clercs. D'une part, celle des proches d'Emmanuel Macron qui ont fait la bêtise d'installer un duel Hayer-Bardella aux dépens de la droite de gouvernement. D'autre part, celle des rescapés de cette droite qui, sept ans après la défaite de François Fillon, n'ont toujours pas réussi à reconstruire un projet, une équipe et un élan.